Une nouvelle étude publiée dans Nature Communications, impliquant notamment plusieurs chercheuses et chercheurs de l’Université Savoie Mont Blanc (USMB)[1] et du CNRS, révèle comment des siècles d’occupation et d’exploitation des sols peuvent déstabiliser les pentes deltaïques des grands lacs et favoriser la survenue de tsunamis destructeurs lors de séismes. De tels événements se sont déjà produits, avec des vagues… de 50 m de haut !
Publiée dans Nature Communications, cette étude résulte d’un projet interdisciplinaire qui réunit des chercheurs en sciences de la Terre, en mathématiques appliquées et en histoire de plusieurs institutions française, suisse, italienne et émirati.
Les chercheurs mettent en évidence un mécanisme reliant les activités humaines à l’augmentation du risque de tsunami dans les grands lacs à travers le monde. L’agriculture, l’élevage, l’urbanisation, la déforestation et les pratiques de culture sur brûlis accélèrent l’érosion des sols, augmentant ainsi la quantité de sédiments transportés par les rivières vers les lacs.
Au fil des siècles, ces sédiments s’accumulent au niveau des deltas lacustres, entraînant progressivement une surcharge de leurs pentes sous-lacustres. Lorsqu’un séisme survient, ces pentes peuvent s’effondrer, déplaçant d’énormes volumes d’eau et générant des tsunamis destructeurs.
Les chercheurs ont étudié le lac d’Iseo, dans le nord de l’Italie, le quatrième plus grand lac situé sur la bordure sud des Alpes. Des siècles d’activités humaines ont contribué à plusieurs effondrements catastrophiques de ses pentes deltaïques.
En combinant les archives géologiques, des simulations numériques avancées ainsi que des données historiques et archéologiques, les chercheurs ont reconstitué deux tsunamis dévastateurs déclenchés par des séismes survenus en 1117 et 1222 de notre ère.
En 1117, un tsunami de 50 m atteint les rives d’Iseo en seulement une minute
Les simulations numériques indiquent que le tsunami de 1117 a généré, à proximité de la rive nord du lac, des vagues dont la hauteur a dépassé 50 mètres, avec une submersion s’étendant jusqu’à 2 km à l’intérieur des terres et atteignant les communautés riveraines en seulement une minute. Un récit médiéval conservé à la bibliothèque du Vatican, associé à des indices archéologiques, vient conforter la reconstitution de cet événement catastrophique et de son impact destructeur. Les témoignages historiques relatifs à l’événement de 1117 rapportent notamment que : « le lac (d’Iseo) déborda à tel point que très peu d’habitants des villages voisins échappèrent à ce danger. De nombreux châteaux et forteresses s’effondrèrent également de manière désastreuse, entraînant la mort de leurs habitants. »
Les archives géologiques montrent que le danger n’a pas disparu. Depuis le dernier effondrement majeur, en 1222, huit siècles d’érosion accélérée liée aux activités humaines ont progressivement surchargé le delta, rendant à nouveau ses pentes sous-lacustres vulnérables à un effondrement lors de futurs séismes.
Un mécanisme qui pourrait concerner de nombreux lacs dans le monde
Ces résultats dépassent le seul cas du lac d’Iseo. La présence d’épais dépôts associés à des événements catastrophiques dans les bassins des lacs voisins de Garde et de Côme suggère que l’augmentation des apports sédimentaires par les rivières a également contribué à des effondrements des pentes deltaïques dans ces lacs au cours de la période médiévale. Les archives historiques confirment également l’existence d’une activité tsunamigène catastrophique dans les lacs de la région lors de ces événements.
Aujourd’hui, les lacs de Garde, de Côme et d’Iseo comptent parmi les rives lacustres les plus densément aménagées d’Europe. Ils accueillent plus de 400 000 habitants permanents et attirent chaque année plus de 5 millions de visiteurs. De futurs séismes pourraient provoquer des effondrements similaires des pentes deltaïques, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour les populations riveraines.
Des glissements de terrain générant des tsunamis, documentés dans des lacs de Suisse, d’Alaska et de Nouvelle-Zélande, soulignent la portée mondiale de ce mécanisme.
Mieux comprendre et prévenir le risque de tsunami dans les lacs
Cette étude montre comment les activités humaines peuvent laisser une empreinte géologique durable pendant des siècles, transformant certains grands lacs en zones potentiellement propices à la génération de tsunamis.
Ces résultats soulignent la nécessité de réévaluer les risques de tsunami dans les lacs du monde entier, en prenant en compte les effets à long terme de l’occupation des sols, de l’accumulation des sédiments et de l’instabilité des pentes deltaïques dans la prévention des catastrophes et l’aménagement des territoires riverains.
[1] Les laboratoires de l’USMB concernés sont : Environnements, Dynamiques et Territoires de Montagne (Edytem | CNRS, USMB), Laboratoire de Mathématiques (Lama | CNRS, USMB) et Laboratoire Langages, Littératures, Sociétés, Etudes Transfrontalières et Internationales (LLSETI | USMB)
En savoir plus
Référence : Muhammad Naveed Zafar, Pierre Sabatier, Denys Dutykh, William Rapuc, Raphael Paris, Andréa Piccin, Pascal Vuillemin, Flavio Anselmetti. (2026). Human-Enhanced Tsunami Hazard in Large Lakes, Nature Communication in press. https://www.nature.com/articles/s41467-026-78272-8
Source : ce texte est issu d’un communiqué de l’USMB et du CNRS.








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