Lors de son assemblée générale, l’UIMM de l’Ain a lancé son projet Accel 4.0, véritable outil de recherche pour les compétences de l’industrie future.
« Les dix-huit derniers mois ont été hors du commun et ont montré la capacité de notre industrie régionale à s’adapter », a lancé François Perrier, son président, lors de l’assemblée générale de l’UIMM de l’Ain, La Fabrique de l’Industrie, le 28 octobre. Mais, l’industrie aindinoise est bien loin de se contenter de cet acquis. François Perrier a profité de cette AG pour mettre sur les rails le projet Accel 4.0 porté par un consortium créé entre l’UIMM de l’Ain, le pôle Grenoble INP, le centre de formation AFPMA et le lycée Carriat. Pour soutenir leur démarche, l’État, la Région, la Banque des territoires et Bpifrance (Banque publique d’investissement) sont devenus co-financeurs du dispositif.
Ce programme vise à accompagner l’industrie dans son évolution par le biais d’une démarche collective d’accompagnement et de formation qui associe notamment la recherche, l’enseignement mais aussi le développement des compétences tout au long de la vie. « Face aux défis de demain, nous, dirigeants, avons la responsabilité de conduire le changement et de faire évoluer nos équipes. Aussi, il y a plusieurs années, nous avons engagé un travail avec Grenoble INP (Institut d’enseignement supérieur d’ingénierie et de management) et nous nous sommes associés à la chaire industrielle transformation en 4.0 des processus manufacturiers. À la suite de ces recherches, le projet Accel, pour accélération, 4.0 a été lancé. »
Quatre thématiques
Quatre thématiques devraient être approfondies pendant les recherches : les produits et services intelligents, la fabrication additive, l’intelligence artificielle et l’éco-industrie. « Sur chacun de ces axes, le but est de développer des démonstrateurs de faisabilité, ainsi que de produire des connaissances nouvelles et directement applicables dans les entreprises, via la formation et les outils », a ajouté François Perrier. D’une durée de trois ans, le dispositif vise notamment à accélérer la transition numérique, à mutualiser les compétences techniques et pédagogiques, mais aussi augmenter le nombre d’entreprises qui se dirigent vers l’industrie du futur. « Concernant l’aspect numérique, les recherches porteront “as a business” et “in the business”, c’est-à-dire sur l’évolution de l’offre numérique lié au produit dans le premier cas, sur la digitalisation du processus industriel dans le deuxième cas, a développé Marie-Anne Le Dain, enseignante-chercheuse à Grenoble INP. Pour la partie fabrication additive, cela concernera surtout la refabrication, qu’il faut penser dès la conception du produit. »
L’axe de l’intelligence artificielle sera, lui, appliqué au processus industriel de production. « Nous voulons nous questionner sur ses possibilités d’utilisation et voir comment l’analyse intelligente des données peut aider la prise de décisions », a-t-elle ajouté. Enfin, le dernier axe visera à accompagner les entreprises dans une transition écoresponsable. Un projet qui devrait repenser en profondeur l’industrie.
L’Éco-industrie, critère d’attractivité
Plus qu’un moyen de séduire le consommateur, la décarbonation pourrait attirer les jeunes talents.
Dans son renouvellement, l’industrie s’intéresse de plus en plus à l’écologie et donc aux perspectives de l’éco-industrie. C’est dans ce cadre qu’est intervenu Daniel Brissaud, enseignant chercheur et directeur de Grenoble INP génie industriel – UGA, à l’assemblée générale de l’UIMM. « Nous entendons beaucoup parler décarbonation. Un terme très parlant, puisqu’il incite à penser au carbone, aux gaz à effet de serre et au changement climatique. Attention toutefois, les problèmes environnementaux dépassent le carbone, y compris dans les entreprises et dans l’industrie. »
Pour lui, la décarbonation ou l’éco-industrie est devenue obligatoire. « Personne ne reprocherait à une entreprise d’agir pour le climat. Nous formons des jeunes, futurs ingénieurs, qui ont déjà effectué des études scientifiques et qui n’ont donc pas peur de la science ni de l’industrie. Pourtant, ils hésitent à s’y orienter, justement car le positionnement de l’industrie sur l’environnement n’est pas clair. Les jeunes d’aujourd’hui attendent fortement de vous, une action en décarbonation, explique-t-il. Ils n’iront pas dans des entreprises qui n’auront pas mis en avant ces valeurs-là. »
L’éco-industrie se présente donc comme un atout pour les entreprises en recherche de talents, mais également pour celles qui souhaitent les conserver. Pour agir, il faut bien sûr s’intéresser à sa consommation d’énergie. « Il faut instrumenter pour savoir ce qu’il se passe, avoir des outils d’analyse pour décider comment agir. Tant que l’on n’a pas franchi ce pas-là, nous ne sommes pas dans une action concrète. » L’autre axe porte sur l’économie circulaire. Et celle-ci se pense dès la conception du produit, de sorte à pouvoir réutiliser la matière ultérieurement. « Les stratégies portent sur le recyclage, la réparation, la refabrication. Il faut aussi envisager la fabrication du produit de la génération suivante à partir du produit actuel. » Un concept parfaitement démontré avec le Fairphone, un smartphone dont chaque module est modifiable par l’utilisateur, à mesure de l’évolution des technologies.
Bientôt un campus d’éco-industrie dans l’Ain ?
« Nous serions les clients de ce campus. Car il est là pour amener du personnel et car nous avons tous une grosse problématique de recrutement », a appuyé Sébastien Catherin, président de Mecabourg. En 2020, le contrat Territoire d’industrie signé par le Grand Bourg-en-Bresse, la CC de La Veyle, la Région et l’État, prévoyait la création d’un campus des métiers et qualifications. Une étude d’opportunité a été lancée, dont les résultats sont sans appel : « Un campus orienté éco-industrie serait un vecteur important d’attractivité vers l’industrie et s’imbriquerait avec d’autres initiatives engagées », a commenté Marie-Hélène Lebranchu, déléguée générale UIMM de l’Ain. L’intégralité de l’étude et sa synthèse sont disponibles sur le site de l’observatoire de la métallurgie. Une présentation de l’étude est prévue le 25 novembre, en visioconférence.
Joséphine Jossermoz












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