Édito | Après le 8 septembre

par | 3 Sep 2025

Plutôt que de courir le risque d’un nouveau psychodrame comme celui qui avait vu choir le gouvernement Barnier, l’an dernier, François Bayrou a préféré en provoquer un tout de suite, en sollicitant un vote de confiance à l’Assemblée, le 8 septembre.

Selon différents analystes, le Premier ministre met ainsi le pays en situation de voter un budget, soit qu’il est prolongé dans ses fonctions – hypothèse considérée comme la plus improbable vu qu’aucun parti en dehors du centre ne semble vouloir lui accorder ses suffrages, soit qu’un nouveau gouvernement est nommé. Par ailleurs, sa décision coupe l’herbe sous le pied du mouvement social Bloquons Tout, annoncé pour le 10 septembre, dont on ne sait pas s’il va se dégonfler comme une baudruche ou représenter un nouvel avatar de la crise des gilets jaunes.

La question est donc moins de savoir si ce gouvernement survivra au vote de confiance que de ce qu’il adviendra ensuite. À l’image du Rassemblement National, plusieurs partis rêvent d’une dissolution, à laquelle ils sont désormais préparés. La France Insoumise, elle, entend engager une procédure de destitution contre Emmanuel Macron, tandis que d’autres imaginent le Président démissionner. Tel qu’on le connaît, ce serait étonnant, surtout à moins de deux ans de la présidentielle. Il l’a d’ailleurs exclu.

Une dissolution est plus probable, mais le temps d’organiser de nouvelles législatives, elle repousserait le vote d’un budget au début de l’année prochaine, au moins. Elle entre donc en contradiction avec les motivations du Premier ministre à solliciter un vote de confiance telles qu’évoquées ci-dessus. L’annonce de François Bayrou a, certes, pris tout le monde de court, mais elle tombe d’une certaine façon à point nommé.

Les différents partis ont tenu ou tiennent ces jours-ci, leurs universités d’été. Chacun peut ainsi justifier ses choix, faire ses contre-propositions de budget et fourbir ses armes dans la perspective de nouvelles élections. Le Parti Socialiste, notamment, se verrait bien à la tête d’un gouvernement qui, associé au groupe central à l’Assemblée, serait susceptible d’avoir une courte majorité. Pour Emmanuel Macron, qui s’est toujours prétendu « ni de droite ni de gauche », ce serait effectivement une porte de sortie. Ce serait sans doute plus intéressant que de tenter de recruter un nouveau Premier ministre du centre ou de droite, comme de renommer l’actuel.

Car cela s’apparenterait à reculer pour mieux sauter, une nouvelle fois. On se souvient que le Président avait refusé de se voir imposer Lucie Castets, l’année dernière. Mais peut-être pourrait- il se laisser séduire à présent que le PS joue sa partition sans LFI ? C’est en tout cas assez habile de la part du parti à la rose. En apportant une solution, il montre qu’il n’est pas du côté du chaos, même s’il ne votera pas la confiance.

Ce scénario n’est pas celui qui tient le plus la corde, mais ne serait pas le plus mauvais. Il serait en effet susceptible d’éviter de longues semaines d’incertitude et d’immobilisme… Tout ce que l’économie déteste. La meilleure démonstration en est la chute des valeurs française en bourse, notamment des banques, après l’annonce par François Bayrou, de son sacrifice.


Sébastien Jacquart
Crédit photo : François Bayrou à l’Assemblée nationale, à Paris, pendant les débats sur la motion de censure, le 16 janvier 2025. Benoît Tessier/REUTERS


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