Sans attendre la sortie, mardi 13 janvier, du bilan démographique 2025 de l’Insee, l’information avait déjà fuité : la chute de la natalité française se confirme. Et cette situation se répercutera bien vite sur l’économie, avec une baisse attendue de 7 % de la population en âge de travailler à l’horizon 2050.
De quoi tendre encore un peu plus le marché du travail, en particulier sur un territoire comme l’Ain, déjà pratiquement au plein-emploi. De fait, si la robotisation et l’intelligence artificielle peuvent compenser peu ou prou cette pénurie annoncée de main-d’oeuvre, les seniors seront sans doute appelés à travailler davantage. C’est pourtant le moment qu’a choisi l’État pour durcir les conditions du cumul emploi-retraite, par le truchement de la Loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Il devient interdit pour tous ceux qui feraient valoir leurs droits avant l’âge légal, soit 64 ans.
Il devient ensuite possible, sans délai de carence, même en cas de reprise chez le même employeur, mais… il sera plafonné (autour de 7 000 euros, dit-on, le décret restant à paraître). Un plafond au-delà duquel les revenus du retraité se verront écrêtés de 50 %. C’est seulement au-delà de l’âge du taux plein automatique, soit 67 ans, que salaire et pension pourront s’additionner complètement, ouvrant même la possibilité de droits supplémentaires.
Ce durcissement est largement inspiré par un rapport de mai 2025 de la Cour des comptes. Pour elle, les conditions du cumul, jusqu’alors peu contraignantes, « induis[ai]ent une concurrence problématique avec la surcote, qui vise à augmenter les montants perçus par les assurés prolongeant leur vie active sans liquider leur pension ». Elle observe que « plus d’un quart des retraités en cumul sont partis à la retraite avant l’âge minimal ou sans justifier de la durée d’assurance requise » et que « la majorité d’entre eux bénéficie de pensions sensiblement plus élevées que la moyenne ».
La réforme vise évidemment à obliger les salariés à rester dans l’entreprise jusqu’à l’âge légal. Et en cela, elle semble répondre aux enjeux posés par la démographie. Mais, une nouvelle fois, cette approche – comptable par nature – omet les effets de bord.
En posant une interdiction avant un âge donné et en rendant les conditions moins intéressantes pour trois ans supplémentaires, l’État va surtout rendre le dispositif dissuasif. Y compris pour des gens qui ne sont pas concernés et auxquels on vient d’envoyer un très mauvais signal.
Les retraités en emploi seront donc mécaniquement moins nombreux, à un moment où non seulement les entreprises en ont besoin, mais apprécient de plus en plus les seniors pour leurs compétences et leur expérience. Quand il s’agit d’automatiser des tâches avec l’intelligence artificielle, notamment, il faut une certaine expertise pour repérer les erreurs et approximations.
Ainsi, ce n’est pas une, mais deux des réponses aux difficultés posées par le vieillissement de la population que cette décision met à mal.
Sébastien Jacquart
Photo à la une : INSEE (https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824?sommaire=8721209)










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