L’un des mérites de la guerre commerciale que Donald Trump a déclaré au monde entier est de mettre en avant nos faiblesses, comme la crise sanitaire et la crise énergétique avant lui. Ainsi, une étude du cabinet d’études économiques Asterès pour le Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises) estime à quelque 264 milliards d’euros par an, le coût pour les entreprises européennes de leur dépendance aux services numériques américains.

Cette somme, évaluée sur le fait que 80 % du total des dépenses liées aux logiciels et services cloud à usage professionnel viennent d’Outre-Atlantique, représente de quoi financer près de deux millions d’emplois aux États-Unis. Quand on pense que le président américain accuse l’Europe d’être injuste avec son pays ! Rien que pour la France, la douloureuse s’élève à 54 milliards.
« La facture numérique de l’Europe est d’un montant comparable à sa facture énergétique », conclut l’étude. Il ne manquerait pourtant pas grand chose pour rééquilibrer la situation.
Asterès a imaginé plusieurs scénarios. Réorienter 5 % des achats de services de cloud-logiciel des entreprises du continent vers des fournisseurs européens générerait 178 000 emplois et 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10 % 331 000 emplois et 50 milliards, 15 % 463 000 emplois et 75 milliards. Reste à franchir le pas. Au positif, un sondage Ipsos réalisé pour l’entreprise Yousign révèle que 78 % des décideurs reconnaissent l’importance des solutions locales… Mais, ils ne sont que 32 % à les prioriser dans leurs décisions d’investissement.
Entre autres freins, 28 % d’entre eux avancent un coût trop élevé et 20 % doutent de leur fiabilité. Pourtant, ce n’est pas parce que c’est américain que c’est meilleur. J’ai testé différents modèles de langage, Chat GPT, Copilot… Pour autant que j’ai pu en juger, le Chat, la solution de Mistral AI, entreprise française, n’a rien à envier aux autres. D’après certains analystes, elle serait même dix fois plus rapide que certaines de ses concurrentes.
Du côté de l’État, on semble pour une fois avoir pris la mesure du problème. Mi-avril, le gouvernement a décidé de relancer le chantier du « cloud souverain », en lançant un appel à projets dans le cadre du plan d’investissement France 2030, en confiant au Conseil général de l’Économie une mission de préfiguration d’un Observatoire de la souveraineté numérique et en mobilisant le Comité stratégique de filière (CSF) Logiciels et Solutions Numériques de confiance, pour développer le recours aux solutions françaises et européennes.
Et le 7 mai, les ministres de l’Action publique, Laurent Marcangeli, des Comptes Publics, Amélie de Montchalin, et du Numérique, Clara Chappaz, ont signé un document exigeant des ministères de s’assurer « impérativement » de la conformité aux exigences de protection contre « tout accès non autorisé par des autorités publiques d’états tiers » des hébergements et applications utilisées pour le traitement des données sensibles. Un enjeu qui va bien au-delà des considérations économiques.
Sébastien Jacquart
Photo à la une de Christian Lue et Rodion Kutsaiev sur Unsplash









Bonjour,
Les ministres pourraient montrer l’exemple, que ce soit dans l’utilisation des logiciels libres dans le cadre de leur fonction ou dans leur pratiques personnelles.
Par curiosité, j’ai navigué sur le site du ministère de l’économie et plus précisément, chez la Ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz. Vous constaterez que les documents (.pdf) sont réalisés avec Word (visible quand les propriétés du fichier ont été renseignées). Quant à son portefeuille en actions, il doit donner le sourire à Bill Gates ! Vous avez dit « souveraineté industrielle et numérique » ???
Cordialement
Lecture de https://groupe-ecomedia.com/edito-europe-le-prix-de-la-dependance-numerique/