Parmi les nombreux plans sociaux annoncés ces derniers temps et qui constituent autant de nuages accumulés sur l’économie, tous n’ont pas la même signification.

De l’avis de nombreux observateurs, les difficultés du groupe Auchan sont liées à un changement d’usage. Depuis la crise sanitaire, les consommateurs, en demande de plus de proximité, boudent les hypermarchés, se tournant vers des surfaces plus modestes, où la tentation est moindre d’acheter du superflu, quand bien même les prix sont un peu plus élevés. On économise en essence, ce que l’on a perdu à la caisse. La crise énergétique et l’inflation consécutives à la guerre en Ukraine n’ont fait que renforcer ce mouvement. Auchan va devoir repenser son modèle s’il ne veut pas disparaître comme Kodak s’est fait laminer par l’avènement de la photo numérique.
Les cas de Michelin ou de Valéo, fournisseurs de l’automobile, sont très différents. Il ne s’agit pas ici d’un changement d’usage, sinon celui que l’on cherche à nous imposer à force de réglementations.
La dernière en date ? La norme GSR2 impose depuis le 7 juillet 2024 aux constructeurs d’intégrer dans les véhicules neufs, un système de reconnaissance automatisé des panneaux indicateurs des limitations de vitesse qui n’est pas au point du tout.
La limite ne s’adresse qu’aux camions ou concerne une voie différente de celle que vous empruntez ? La machine ne fait pas la différence et déclenche des alertes sonores pour vous rappeler à l’ordre. Vous pouvez bien sûr désactiver le système. Mais, il vous faudra le refaire à chaque démarrage.
Qu’il s’agisse du dogme écologique ou du dogme sécuritaire, on ne compte plus les mesures de ce type : la vente forcée de véhicules électriques dont personne ne veut, avec à la clé des amendes pour les constructeurs qui ne rempliraient pas les quotas ; les interdictions de circuler dans certaines villes selon des “Crit’Air” qui ne tiennent aucun compte des émissions et de la consommation des moteurs, mais seulement de la norme à laquelle ils correspondent ; le malus carbone ; le malus masse…
Et nos dirigeants n’ont même pas été assez malins pour avoir pensé à en exonérer les services de l’État. Ainsi, l’on apprenait ces jours-ci que la gendarmerie ne peut plus renouveler ses flottes de véhicules, à cause des surcoûts imposés par les différents malus. Comme si pour partir en intervention, les forces de l’ordre pouvaient attendre que le fourgon électrique charge !
Toutes ces décisions ont pour conséquence l’effondrement prévisible du marché automobile. Nos décideurs sont en train de tuer les constructeurs, comme ils ont failli tuer la filière nucléaire avant un revirement complet, à la faveur de la crise énergétique.
Le nucléaire, mais aussi le Concorde ou le TGV, voilà de bons exemples de ce que l’État ou l’Europe auraient pu faire s’ils voulaient développer une filière de véhicules électriques : investir massivement dans la recherche et développement à travers des entreprises publiques. Mais cette approche va elle aussi à l’encontre d’un dogme, celui du libre-échange européen. Pourtant, c’eut été un moyen beaucoup plus efficace d’imposer une nouvelle technologie.
Sébastien Jacquart
Photo à la une : ev sur Unsplash









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