Industrie : métaux sous tension, la filière anticipe

par | 4 mars 2026 à 11H32

Dans la vallée de l’Arve, les variations des cours redessinent les stratégies d’approvisionnement. pour les décolleteurs, la proximité et la fiabilité des fournisseurs deviennent un enjeu industriel majeur.

Les cours des métaux destinés à l’industrie mécanique ont connu en 2025 des trajectoires très disparates selon leurs places de cotation et les dynamiques de marché. Sur le cuivre, métal de base essentiel pour les applications électriques et mécaniques, la tendance a été nettement haussière : les contrats à terme ont grimpé d’environ 8 700 € la tonne début 2025 à plus de 13 000 € la tonne en janvier 2026, ce qui représente une envolée d’environ 52 % sur un an sur les marchés à terme tels que ceux suivis par Investing.com.

Cette progression reflète à la fois des perturbations de l’offre, notamment des interruptions de production sur plusieurs grands gisements, et une forte activité spéculative alimentée par la constitution de stocks, en particulier aux États-Unis, dans un contexte de tensions commerciales et de perspectives d’imposition de droits de douane.

Ces facteurs ont propulsé le cuivre vers des niveaux historiques, bien au-dessus des moyennes antérieures, même si certains analystes soulignent que ces niveaux pourraient être amplifiés par des flux financiers plus que par des fondamentaux strictement physiques. Pour les aciers, la situation sur le marché européen a été moins spectaculaire mais tout aussi significative pour l’industrie mécanique.

Après une longue période de baisse des prix amorcée dès 2022, les cours des produits sidérurgiques en Europe ont montré des signes d’un plancher autour de 640 € la tonne au troisième trimestre 2025, traduisant un ralentissement de la correction et une certaine stabilisation des prix dans un contexte de demande encore atone et de surcapacités mondiales.

Cette accalmie, tout en restant à un niveau inférieur à celui des pics observés au début de la décennie, suggère que le marché de l’acier pourrait avoir trouvé un point d’équilibre provisoire après des années de surproduction et de pression concurrentielle, notamment asiatique.

La progression du prix des métaux reflète à la fois des perturbations de l’offre, notamment des interruptions de production sur plusieurs grands gisements, et une forte activité spéculative alimentée par la constitution de stocks, en particulier aux États-Unis, dans un contexte de tensions commerciales et de perspectives d’imposition de droits de douane.

Ralentissement automobile

« Il y a eu une grosse envolée des prix, liée notamment à la crainte de pénuries et à l’explosion des coûts de l’énergie », rappelle Jérémie Lelièvre, directeur commercial chez Dépéry Dufour à Scionzier. Les marchés ont fortement anticipé le risque, mais aujourd’hui la situation est jugée relativement saine. Les clients ont diversifié leurs sources via d’autres réseaux, distributeurs ou producteurs homologués, et « les choses sont stabilisées à ce niveau-là », ajoute-t-il.

Le conflit en Ukraine a été perçu comme « la goutte d’eau qui fait déborder le vase » dans une industrie métallurgique déjà fragilisée. En Allemagne, mais pas seulement, la métallurgie souffre fortement, avec des producteurs qui enregistrent des pertes importantes et, pour certains, ferment des unités de production. Toutefois, l’origine principale de ces difficultés n’est pas l’Ukraine, mais le marché automobile, aujourd’hui en fort retrait.

Sur les approvisionnements, la situation s’est globalement stabilisée, mais la gestion a évolué. Le risque est aujourd’hui transféré vers les fournisseurs, car les clients manquent de visibilité à moyen terme. La force des décolleteurs reste leur réactivité, mais celle-ci suppose d’avoir du stock disponible. Ainsi, Dépéry Dufour accepte parfois de « travailler à l’aveugle », en anticipant et en prenant des positions de stock avec une rotation plus faible. Ce choix fait partie de la volonté d’accompagner les clients dans les périodes difficiles.

« Nous essayons de nous démarquer, pas que par le prix. » Le service passe aussi par la mise en stock, y compris de produits spécifiques à forte valeur ajoutée et à forte mobilisation financière. « Cela implique une écoute permanente du marché et une présence constante auprès des clients, par des échanges quotidiens et des visites. Nous nous assurons également de la provenance matière afin qu’elle soit de conforme aux directives européennes les plus strictes. »

Diversifications et valorisation

Dépéry Dufour se diversifie, enrichit son catalogue, noue des partenariats avec de grands producteurs de non-ferreux, notamment le laiton. « Le laiton est aujourd’hui une matière assez vertueuse, produite à plus de 90 % à partir de tournures recyclées », constate Jérémie Lelièvre, directeur commercial chez Dépéry Dufour à Scionzier. Les cours du cuivre, très élevés, devraient le rester au moins jusqu’en 2026, sous l’effet de la demande liée aux panneaux solaires, aux véhicules électriques, aux connectiques et aux data centers.

« Pour nous, c’est un relais de croissance », estime-t-il. Le cuivre reste par ailleurs une valeur refuge, très sensible à la spéculation. « L’industrie n’aime pas ça », car cela crée de l’instabilité des prix et complique les négociations face à la concurrence internationale. Si une grande partie du cuivre et du laiton provient du recyclage.

Le risque identifié est géopolitique : voir des groupes chinois prendre le contrôle d’acteurs européens du recyclage et, à terme, « assécher le marché européen » ou piloter les cours. Enfin, il rappelle que le développement de nouvelles mines prend du temps, entre cinq à dix ans.


Sandra Molloy
Sources : Observatoire du prix des métaux (Rexecode et UIMM) et Investing.com
Image à la une : https://fr.tradingview.com/chart/?symbol=CAPITALCOM%3ACOPPER


Ce classement est issu de notre hors-série « Panorama économique de l’industrie 2026 », disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.


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