Patrimoine : la chartreuse d’Aillon entame sa métamorphose

par | 29 Juil 2025

L’homme d’affaires lyonnais Jérôme Salord ambitionne de transformer la chartreuse d’Aillon, érigée au coeur des Bauges, en un site touristique, botanique et culturel, dans le respect du patrimoine existant.

Après onze mois de fermeture, la chartreuse d’Aillon a rouvert ses portes, le 5 juillet. C’est en apprenant par hasard que le Parc naturel du Massif des Bauges n’avait plus les moyens d’exploiter cette belle bâtisse du XVIIe siècle (mais le site date du XIIe), classée aux Monuments historiques et dédiée à la découverte du patrimoine local, que Jérôme Salord a décidé de prendre son bâton de pèlerin. Il contacte Thierry Repentin, président de Grand Chambéry, propriétaire de la chartreuse, pour évoquer le devenir de ce joyau du patrimoine et remporte l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en février 2025. « Notre projet, très complet, répondait aux attentes de Grand Chambéry », se félicite l’homme d’affaires, à la tête de la SAS D’Aillons et d’ailleurs. La convention officielle d’occupation temporaire, elle, a été signée le 10 juillet, pour une durée de quinze ans, suivie de la création de l’association La Chartreuse d’Aillon.

Signature de la convention d’occupation, le 10 juillet. De gauche à droite : Maryse Fabre, maire de Saint-François-de-Sales ; Cécile Trahand, vice-présidente de Grand Chambéry en charge du tourisme et Thierry Repentin, président de Grand Chambéry. Au premier plan, Serge Tichkiewitch, maire d’Aillon-le-Jeune et Jérôme Salord, président de la SAS d’Aillon et d’Ailleurs – crédit Rodolphe Savereux

Un projet ambitieux

Le projet présenté par Jérôme Salord – au demeurant déjà très investi dans la station d’Aillon-le-Jeune – vise à redynamiser la chartreuse en en faisant un pôle culturel et touristique dynamique, sur fond de valeurs patrimoniales et d’innovation.

« Ce lieu mérite de redevenir un cœur battant du territoire, ouvert à tous », confie‑t-il.

Trois axes seront développés : le patrimonial, tout d’abord, en permettant à cette chartreuse de ne pas tomber dans l’oubli, « dans une logique de transmission », souligne le nouveau gestionnaire.

La culture sera également mise en valeur. Le musée, qui est à l’identique depuis dix-sept ans, va être repensé.

« Il abritait jusqu’alors une exposition permanente, consacrée à l’histoire des Bauges, qui a montré ses limites. Nous souhaitons faire évoluer la muséographie et accueillir, à l’avenir, des expositions d’art moderne », déroule Jérôme Salord.

Des spectacles et des concerts complètent déjà le programme. Le premier opus, une version racontée et chantée de Carmen, l’opéra star de Georges Bizet, a ouvert le bal le 25 juillet.

Le dernier volet du triptyque porte sur la botanique. En partenariat avec le Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA) de Charly, près de Lyon, l’association veut recréer les jardins des moines chartreux composés d’herbes médicinales et comestibles. « Le CRBA a travaillé avant cela avec trois chartreuses en France et va nous aider à planter les bonnes plantes au bon endroit », explique l’investisseur passionné. S’y ajouteront aussi des pommiers et poiriers, afin de constituer un jardin-verger conservatoire sur trois hectares. Les travaux ont déjà démarré et les plantations se feront au printemps 2026.

« Nous réfléchissons encore à la finalité. Nous lancerons-nous dans la production ou ce jardin restera-t-il au stade de démonstration ? », s’interroge Jérôme Salord. Selon lui, « il faut faire en sorte qu’il se passe toujours quelque chose pour donner envie aux touristes, mais aussi aux locaux, de s’approprier le lieu plusieurs fois dans l’année. »

Parvenir à l’équilibre financier

L’exploitant, via sa SAS D’Aillon et d’ailleurs (1,8 M€, 29 salariés), prévoyait d’investir « a minima 150 000 €, mais ce sera beaucoup plus au final ». Avec le but affiché d’atteindre l’équilibre.

« Nous visons 40 000 visiteurs et un chiffre d’affaires de 250 000 € d’ici trois ans (contre 5 000 visiteurs et 30 000 € de CA en 2023). Notre volonté n’est pas de gagner de l’argent mais pas d’en perdre non plus, pour pouvoir continuer cette activité indéfiniment », assure l’entrepreneur, qui emploie à la chartreuse une salariée chargée des visites et en recrutera deux autres en septembre.

Pour l’heure, il veut prendre le temps de plonger dans cet univers culturel qu’il connaît peu, tout en menant de front ses affaires à Aillon-le-Jeune, à savoir l’hôtel-restaurant 4* L’Auberge d’Aillon et d’ailleurs, un restaurant traditionnel et huit gîtes. De quoi « redynamiser » la station savoyarde – son leitmotiv – et, plus largement, les Bauges. Et ça marche : depuis 2021, son chiffre d’affaires affiche une croissance de 20 à 25 % par an.


Patricia Rey

Photo Une : crédit La Chartreuse d’Aillon


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