Les deuxièmes assises de la forêt organisées par le Département ont dévoilé les mesures imaginées pour répondre aux enjeux posés, six mois plus tôt, lors de la première édition.
En octobre, les premières Assises du bois et de la forêt de l’Ain avaient posé un certain nombre d’enjeux pour la filière. Six mois, neuf réunions et 2 680 heures de concertation mobilisant 149 personnes plus tard, place au plan d’actions décliné par Jean Deguerry, président du Conseil départemental, lors des deuxièmes assises, vendredi 6 mai. C’est 800 000 euros par an (soit +50 %) qui viendront compléter le livre blanc de la filière, établi pour la période 2020-2023. Sur le volet préservation de la ressource, « la mesure principale concerne l’aide au foncier forestier, le remembrement des parcelles dans les domaines publics et privés, avec des subsides à hauteur de 20 000 euros par an pour compenser les frais notariés et administratifs », a annoncé Jean Deguerry. « Cela intéresse y compris les entreprises de travaux forestiers, pour qui ces regroupements impliquent un volume de travaux plus important et une meilleure rentabilité par parcelle. »
Un mètre cube de bois séquestre une tonne de carbone. Fort de cet argument, le Conseil départemental a décidé d’adhérer à Sylv’Acctes, association d’intérêt général à laquelle sont associées la Région et plusieurs banques, afin de conseiller les propriétaires forestiers pour planter les bonnes essences au bon endroit. Il est question également de renforcer les fonds locaux de replantation à hauteur de 17 000 euros par an ou encore, d’agir en prévention des incendies, dont le risque augmente avec les sécheresses. « Là aussi, nous avons une mesure bénéfique pour les propriétaires publics et privés, et les entreprises de travaux forestiers », a commenté l’élu.
Sur le volet économique, 110 000 euros viendront en aide aux entreprises, pour la modernisation de leurs outils et l’amélioration des conditions de travail. Le Département entend également soutenir l’innovation dans la filière bois-énergie par le financement de projets pilotes. Par ailleurs, 150 000 euros seront dédiés à la valorisation des bois scolytés. « Ces bois ont une valeur. S’ils ne sont pas achetés à un prix normal, ils resteront en forêt. Or, il est de l’intérêt de tous que de les en sortir », a insisté Jean Deguerry. Et celui-ci d’annoncer ensuite, la création d’un observatoire de la forêt à partir de 2024 car « pour améliorer la gestion de la ressource, il est nécessaire de la connaître ». Doté de 49 000 euros par an, celui-ci sera piloté par l’ONF, en parfaite cohérence avec les conclusions des Assises du bois et de la forêt nationales (lire ci-dessous).
Un dernier volet vise à ouvrir des espaces de dialogue autour de la forêt. Au programme : organisation de débats publics, récompense des entreprises vertueuses et mise en valeur des outils innovants imaginés par la filière. Et Jean Deguerry de conclure : « Ces propositions ne constituent pas une liste exhaustive, mais un premier plan d’actions qu’il faudra alimenter, amender, compléter et surtout, mettre en place le plus rapidement possible. »
31 %
La forêt occupe 240 000 ha, soit 31 % du département.
5 500
La filière forêt-bois du département emploie 5 500 personnes dans quelque 1 350 entreprises.
À l’échelon local comme à celui de l’État
La préfète de l’Ain n’a pas manqué de souligner les points communs entre les assises départementales et nationales.

À l’échelon national, les Assises de la forêt et du bois ont été lancées en octobre 2021 pour se clôturer le 16 mars 2022. Un timing quasi identique à celui des assises aindinoises, pour le plus grand bonheur de la représentante de l’État dans l’Ain, la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer. « Les enjeux soulignés localement font écho à ceux qui ont été évoqués au national. Ce qui signifie que vous êtes dans le vrai ou encore, que les problématiques sont bien identifiées, a-t-elle relevé. Dans ce département, nous avons affaire à une filière forte, dynamique, avec une attention portée de façon remarquable à la formation et à l’innovation. Les métiers des entreprises de travaux forestiers, de la première et de la deuxième transformation n’ont plus rien à voir aujourd’hui, avec ce qu’ils étaient hier. »
Et la préfète de revenir sur les conclusions des assises nationales : quatre axes et plusieurs actions concrètes pour une feuille de route multisectorielle. « Le premier défi, celui de la connaissance, nous le retrouvons ici. Il se traduit par le lancement, dès 2023, d’un observatoire de la forêt, d’un inventaire forestier associé à un appel à projets pour trouver des solutions contre le changement climatique. »
Le deuxième axe concerne le renouvellement forestier, avec déjà 165 ha replantés dans l’Ain, avec France Relance. « Dans le cadre de France 2030, 1,1 à 1,4 milliard d’euros seront consacrés au renouvellement », annonce Cécile Bigot-Dekeyzer qui évoque également le développement d’un label bas carbone.
Dans le cadre du troisième volet, 400 M€ sont fléchés vers l’innovation. Quant au dernier, il vise un renforcement du dialogue entre les acteurs de la filière, mais aussi avec les autres utilisateurs de la forêt. Une contractualisation plus importante entre propriétaires et scieurs apparaît notamment comme un moyen d’éviter le départ des grumes à l’export. Par ailleurs, France Agrimer va être chargé de suivre les flux réels du marché du bois. « Autant d’outils dont vous devriez pouvoir tirer profit », a conclu la préfète.
Des sites représentatifs
En octobre, les premières Assises du bois de l’Ain s’étaient tenues à Nantua, au cœur du massif du Bugey, territoire boisé à 70 %. Vendredi 6 mai, les deuxièmes étaient organisées en plaine, à Péronnas. Une commune couverte à 30 % (506 ha) par la forêt domaniale de Seillon, l’une des plus grandes forêts de chênes de la région avec des arbres vieux de 180 à 250 ans pour les plus anciens. Ici, les bois sont gérés durablement, certifiés PEFC. Et de nombreuses espèces d’oiseaux, dont certaines menacées de disparition, y ont été recensées. Bref, comme l’a noté madame le maire, Hélène Cedileau, conseillère départementale du canton de Bourg 2, « c’est un bien précieux qu’il convient de préserver ». D’autant que les beaux chênes attisent les convoitises. « Au national en 2021, c’est 600 000 m3 de grumes qui sont partis en Chine sans la moindre transformation », a rappelé en vidéo, Patrice Janody, dirigeant de la scierie LBSA, à Viriat.
Sébastien Jacquart








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