Des clés pour réussir sa start-up

par | 27 mars 2017 à 8H49

L’expérience d’AboutGoodsCompagny met en perspective les étapes à franchir pour faire grandir une jeune pousse : un projet disruptif, un important financement et une équipe agile.

«Il y a un gros travail d’évangélisation à faire pour accompagner les start-up. Ceux qui sont en charge des dossiers propres à l’innovation et au numérique doivent comprendre que ce ne sont pas des PME comme les autres», explique René Le Caignec, fondateur d’AboutGoods Company. Créée il y a bientôt cinq ans, la jeune entreprise innovante (JEI) a pour activité la récupération de données de consommation via des applis mobiles, transformées en panels de consommateurs, et vendues à des marques, des distributeurs ou des sociétés d’études de marché. Elle a surmonté les difficultés propres aux start-up et se définit même comme un cas d’école en la matière.

92 % C’est le nombre d’embauchés en CDI dans les start-up. 25 % des start-up ont des fonds de capital-risque à leur capital. 94 % C’est la proportion de dirigeants qui ont au moins un niveau d’études bac + 5. 51 % des dirigeants de start-up se définissent comme des “serial entrepreneurs”.

L’équipe de AboutGoods Company.

Comme une fusée

Par essence, une start-up lance ce qui n’existe pas sur le marché, utilise toutes les technologies du numérique, et est soumise à une compétition mondiale face à des concurrents qui vont vite, avec beaucoup de moyens. «Si je devais décrire son décollage, je dirais qu’elle monte tout de suite comme une fusée, la pente est plus raide que celle d’une PME classique», image René Le Caignec.

Une start-up devra trouver un important financement pour démarrer son projet, c’est-à-dire les capitaux pour construire sa fusée alors même que les banques ne sont culturellement pas toutes habituées à ce raisonnement. Il lui faudra aussi recruter une équipe, constituée de personnalités qui ont l’agilité, la souplesse d’adaptation et sont capables de travailler dans l’incertitude, en plus d’être bien formées. «Ce monde demande d’avoir une bonne capacité d’auto-apprentissage, car dans le digital, tout va très vite». C’est dans ce contexte d’incertitude et d’absence de visibilité, mais aussi de technologies et de ressources humaines pointues qu’évolue une start-up.

SUIVEZ LE GUIDE Dans son ouvrage intitulé Lean Start-up, Éric Ries applique les grands principes du lean management au développement de nouveaux produits. Il développe une méthode qui change radicalement la donne pour lancer un nouveau projet. Objectif : adapter en permanence son offre et son entreprise aux évolutions du marché, en suivant le principe de l’innovation continue. Guide pratique pour améliorer ses chances de succès, c’est aussi un mode d’emploi du travail collaboratif et du management créatif.D’où l’enjeu que représente la création d’incubateurs, qui doivent disposer d’expertises réelles en matière d’accompagnement des jeunes pousses. «Il y a un problème de taille critique de l’écosystème : à Annecy, c’est plus compliqué qu’à Paris, Lyon ou Grenoble.» La French Tech est cependant en train d’identifier des compétences dans ce domaine.

En termes de financement, réunir 40 000 à 50 000 euros pour démarrer reste accessible. En revanche, la donne est bien différente pour lever 200 000 à 300 000 euros : les start-up se heurtent alors au millefeuille administratif à la française. «Il faudrait sans doute une forme de guichet unique pour aider à trouver un financement et des coachs.» Le temps leur est en effet compté : la clé, c’est d’aller vite vers le marché pour tester l’innovation au contact des futurs utilisateurs, en prenant le parti de simplifier le projet à l’extrême. «On procède par itérations, et on répète la boucle aussi souvent que nécessaire».

Constituer son noyau agile

Pour sa part, AboutGoods Company est allée chercher des élèves ingénieurs et des étudiants en stage ou en alternance, recrutés dans l’écosystème local à Polytech, l’IAE et l’IUT d’Annecy. Elle a ainsi constitué son noyau agile, début 2013. Devenue jeune entreprise innovante en avril 2014, tout a changé pour elle. Elle a notamment profité du dispositif ISF-JEI proposé aux investisseurs qui veulent réduire leur imposition. Une première levée de fonds de 100 000euros a été opérée, abondée par une avance remboursable d’un même montant consentie par Bpifrance. La société s’est aussi impliquée dans un projet européen de recyclage de textile, Resyntex.

À l’équilibre depuis fin 2014, AboutGoods Company a procédé en 2015 à une deuxième levée de fonds de 100 000 euros et racheté Ontologos, spécialiste de web sémantique. «Avec le temps, les banques ont changé de position. Nous avons obtenu des concours bancaires sans caution.» Aujourd’hui, l’entreprise franchit une nouvelle étape devenant, aux dires de son créateur, une “scale-up”. Afin d’accélérer sa croissance, elle prévoit une troisième levée de fonds pour début 2018, avec l’objectif de lever entre 1 et 2 millions d’euros. AboutGoods Company affiche un chiffre d’affaires de 240 000 euros en 2016, en hausse de 80 % en un an, et table sur un doublement pour 2017, puis chacune des années suivantes. Employant déjà 12 collaborateurs, dont 6 ingénieurs et 3 chercheurs, elle compte réaliser trois nouveaux recrutements, a priori des alternants de la région.

WEBMECANIK EST À L’ÉCOUTE Fondée en 2012 par Stéphane Couleaud, Webmecanik (Annecy) propose une solution de marketing automation qui permet d’automatiser les chaînes relationnelles en B to B ou B to C. Positionnée sur un marché mondial de 3 milliards de dollars qui progresse de 70 % par an, la société enregistre une croissance de 30 % par trimestre. Ses atouts : une solution 4 à 10 fois moins chère que celle de ses concurrents, et une data basée en Europe (So a Antipolis et Lausanne). Les clés de sa réussite : être à l’écoute grâce au réseau de partenaires qu’elle a constitué et faire preuve d’agilité. Elle vise un chiffre d’affaires supérieur au million d’euros en 2017.

Constituer une « dream team »

Pour réussir son décollage, OPS Horizon a besoin de recruter les talents qui lui manquent. La réussite d’une start-up dépend de sa capacité à constituer une équipe qui lui permettra de lancer son produit sur le marché mondial. C’est pourquoi Pascal Meyer, créateur d’OPS Horizon (Chindrieux) en 2009 et par ailleurs ingénieur et pilote d’avion, s’est rapproché en 2015 d’Olivier Pochard – via le réseau de la French Tech –, afin de faire passer un nouveau cap à sa jeune pousse spécialisée dans la commercialisation de logiciels destinés à l’assistance au sol de l’aviation d’affaires.

Dès lors, OPS Horizon réfléchit à une restructuration : le capital passe à 50 000 euros avec recherche d’un effet de levier grâce à une subvention aliZé de la CCI de Savoie, et au dispositif Inovizi porté par BpiFrance. En parallèle, la société contracte un emprunt remboursable auprès de la division start-up du Crédit Agricole des Savoie. Début 2016, la recapitalisation atteint 175 000 euros. Dans le même temps, la gouvernance est revue : un conseil stratégique est créé autour de Pascal Meyer, d’Olivier Pochard et d’un expert, fort d’une longue expérience dans l’aviation civile.

Dès 2010, un prototype a été proposé aux aéroports locaux de Chambéry et Annecy. Depuis, OPS Horizon a élargi ses interventions, en France et en Europe. Elle travaille aujourd’hui avec 30 aéroports.

Il est temps pour OPS Horizon de constituer son équipe projet. Mi- 2016, une directrice technique arrive pour assurer la réinternalisation du logiciel et la migration des composants sur un nouvel hébergement. Un plan de recrutement est lancé pour embaucher un développeur, un spécialiste support et un business développeur. «Il a fallu mettre en oeuvre beaucoup d’énergie pour trouver des compétences métier sur un marché de niche et se fournir sur le marché ultra-concurrentiel du développement des logiciels.»

La société, qui vise un chiffre d’affaires de 275 000 euros en 2017 et 600 000 euros en 2018, a besoin d’étoffer son équipe pour atteindre dix collaborateurs cette année. «Nous sommes prêts à créer un bureau à Aix-les- Bains. Outre le potentiel d’une belle aventure humaine, nous proposons de bons salaires et des stockoptions », précise Olivier Pochard. OPS Horizon entend se positionner sur de nouveaux créneaux, notamment pour l’aviation de tourisme.


Par Françoise Lafuma

Crédit photo : Wendy Cope.

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