À partir des années 1930, une ville dédiée à la lutte contre la tuberculose pousse au plateau d’Assy. Construits en moins de 20 ans par des précurseurs, ses 12 grands sanatoriums à l’architecture novatrice ont des allures de paquebots qui ont été ancrés dans les anciens alpages avant de sombrer dans la décrépitude.
Une page de l’histoire médicale, sociale, architecturale et culturelle s’est écrite au plateau d’Assy à Passy. Ce musée à ciel ouvert abrite une douzaine d’anciens grands sanatoriums sortis de terre entre les deux premières guerres mondiales. Ces gigantesques paquebots aux façades vieillissantes ont accueilli jusqu’à 2000 malades dont le séjour pouvait durer des mois. « Cet ensemble exceptionnel est issu de la collaboration entre médecins, hygiénistes et architectes pionniers. Se promener sur le plateau livre une lecture architecturale, artistique, urbanistique de cette histoire médicale qui a eu des retombées internationales », souligne Delphine Chatrian, adjointe au maire chargée de la culture à Passy.
Première station de cure
Pour lutter contre le fléau de la tuberculose qui cause 90 000 décès par an en France, la loi Honnorat impose en 1919 la création de sanatoriums sur le modèle de ceux existants dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Suisse ou les États-Unis. En 1922, l’Association des villages sanatoriums de haute altitude (AVSHA) est créée tandis que la Mission Rockefeller achète les terrains du haut plateau d’Assy pour y implanter la première station climatique de cure du pays. Le site qui s’étire sur 12 km au pied des falaises des Fiz présente toutes les caractéristiques requises : son altitude oscille entre 1 000 et 1 300 m, au-dessus du brouillard, il est ensoleillé, protégé des vents, à l’écart des grandes agglomérations mais tout de même pas trop loin d’une gare ferroviaire. S’ajoutent d’autres considérations comme la beauté du panorama, favorable au bon rétablissement des patients ou encore la présence d’eau, garantissant l’autonomie des futurs établissements.
Praz-Coutant
Portée par des médecins et philanthropes, l’AVSHA lance la construction de son premier sanatorium, Praz-Coutant, en 1924, alors que le plateau n’est pas encore desservi par la route. L’acheminement des matériaux nécessaires au chantier est effectué avec un téléphérique qui assure la liaison entre le hameau de Chedde, en bas de vallée, avec le site. Cette liaison longue de 1 760 m pour un dénivelé de 560 m qui permet au chantier de gagner en efficacité est l’une des premières de France. Un deuxième téléphérique financé avec les dommages de guerre reçus par Passy est mis en service en 1930 entre Chedde et le plateau de Plaine-Joux. Équipé de cabines, il est destiné à transporter les matériaux et les malades du futur sanatorium de luxe Plaine-Joux-Mont-Blanc. Lancée au printemps 1930, la construction de Plaine-Joux-Mont Blanc est vite stoppée faute de moyens. Le téléphérique ainsi que les vestiges – une dalle et les piliers de béton armé sur lesquels elle repose – sont détruits dans les années 1980.
Évolutions architecturales
Implanté dans une clairière, à l’ouest du plateau, Praz-Coutant est pensé comme un village sanatorium. Issus de la classe moyenne, les malades sont logés dans des chalets construits en pierres apparentes et dotés de toitures à deux pans. Au centre, deux grands bâtiments centralisent les services généraux. « Ce modèle pavillonnaire d’inspiration néorégionale a été vite abandonné car il s’est révélé peu adapté, notamment en hiver lorsque les patients devaient traverser le parc pour rejoindre les bâtiments centraux », raconte Catherine Soole, guide du patrimoine à Passy. Mandatés pour reconstruire l’aile droite du bâtiment, détruite en 1930 par un incendie, les architectes Henry Jacques Le Même et Pol Abraham optent pour une architecture moderne avec une toiture plate et une ossature béton.
Le grand Hôtel Mont Blanc
Ouvert à l’automne 1929, le grand Hôtel du Mont Blanc est le deuxième sanatorium réalisé sur le plateau. S’il comprend encore des éléments d’inspiration néorégionale comme sa toiture à pans multiples afin de rendre les combles habitables, il est conçu selon un plan compact avec un seul édifice rassemblant toutes les fonctions. La clientèle aisée qu’il accueille dans ses chambres et appartements dispose de boutiques, salons de lecture, de musique, coiffeur, d’un garage chauffé… Doté d’une structure en béton armé et d’un toit terrasse solarium, le sanatorium de Sancellemoz qui s’élève sur 7 étages accueille ses premiers malades en 1931. Il est suivi du Roc des Fiz (inauguré en 1932 et détruit par une avalanche en 1970), puis de Guébriant (1933).
Martel de Janville
L’AVSHA ouvre en 1937 son dernier grand sanatorium, Martel de Janville, considéré comme le plus abouti et le plus emblématique. Réalisé grâce à un don de la comtesse Martel de Janville, à qui il doit son nom, l’établissement aux façades colorées s’étire sur 120 m de long. En forme de T, il dispose d’une aile ouest de 10 étages qui accueillait les officiers, d’une aile est de 7 étages pour les sous-officiers de l’armée. Les services centraux sont rassemblés dans une aile nord, implantée à la perpendiculaire du bâtiment principal. « Les architectes qui sont intervenus au plateau d’Assy étaient des précurseurs qui ont mis en œuvre de nouveaux matériaux, des techniques inédites pour créer des formes épurées », rappelle Catherine Soole.
Réforme hospitalière
Autour des sanatoriums poussent des maisons de santé, hôtels, restaurants, commerces… Au total, plus de 1 000 emplois sont créés sur ces anciens alpages. La disparition de la tuberculose conduit à une première reconversion, assez réussie, en cliniques spécialisées autour de diverses orientations (rééducation physique et fonctionnelle, cancérologie, soins palliatifs, addictologie…). La réforme hospitalière se traduit, dans les années 2000 par la fermeture des petits établissements de santé et le regroupement des activités dans des lieux plutôt urbains. Depuis qu’il a fermé ses portes en 2013, le Mont Blanc est squatté et se délabre inéluctablement.
Difficile reconversion
L’activité de Sancellemoz où est morte Marie Curie en 1934 sera transférée à Thyez à la rentrée 2021 tandis que celle de Parassy se développera dans un nouveau bâtiment à Passy. Labellisé patrimoine du XXe siècle, Praz-Coutant a déménagé à l’automne 2020 à Sallanches. Son devenir reste incertain. Les deux autres établissements labellisés ont déjà été reconvertis. Il s’agit de Guebriant, racheté en 1971 par le Conseil départemental du Val-de-Marne et transformé en centre de vacances. Et de Martel de Janville, inscrit depuis 2008 au titre des Monuments historiques et transformé en copropriété, au terme d’une cure de travaux de 13 millions d’euros engagée en 2010?
Devoir de mémoire
L’ancien sanatorium Martel de Janville a conservé une chambre de cure témoin qui peut être visitée avec les guides du patrimoine. Conçu par les Ateliers Jean Prouvé, le mobilier (chaise longue pour le balcon, bureau, liseuse, chaise, lit avec table de chevet intégrée) est réalisé en tôle d’acier pliée afin d’en faciliter le nettoyage. La chapelle aménagée au sommet de l’aile nord a aussi été préservée. Son plafond en gradins est soutenu par trois arbalétriers triangulaires en béton. Le peintre mexicain Angel Zarraga est l’auteur des peintures qui ornent le plafond et l’autel de l’édifice baigné par la lumière naturelle grâce à une succession de fenêtres installées sur trois niveaux. D’autres vestiges subsistent comme les anciennes galeries de liaison extérieure, œil-de-bœuf, halls, escaliers ou encore les sols en grès cérame. Pour Delphine Chatrian, la reconversion est assez réussie mais l’élue se désole de l’abandon d’autres sanatoriums : « la commune n’est pas propriétaire, elle a peu d’informations sur le devenir des établissements qui ont fermé et malheureusement peu de moyens d’action ». Pour garder une trace de cette histoire, en particulier dans la mémoire de ses habitants, Passy planche sur la création d’un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine.
Sources : Plateau d’Assy, Passy Architectures d’une station par le CAUE 74, novembre 2015.
Patrimoine des vallées du Mont Blanc, Carnet d’un voyageur attentif par Patrick Ollivier-Elliott. Aux éditions Edisud.
Créha (Centre de recherche et d’étude sur l’histoire d’Assy)
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Une ode à l’art et aux artistes
Le ballet des autocars déversant des flots de passagers rappelle que Notre-Dame-de-Toute-Grâce est le joyau artistique du plateau d’Assy. L’église a été construite à partir de 1938 pour accompagner l’essor du site, classé depuis 1930 première station climatique de cure de France. Dessinée par l’architecte haut-savoyard Maurice Novarina qui s’inspire de l’architecture des chalets, elle se distingue par son toit à 2 pans, ses façades en pierre du pays et surtout les œuvres qu’elle abrite. Une mosaïque colorée de 152 m² signée Fernand Léger orne la façade tandis que le chœur est habillé d’une tapisserie de laine de Jean Lurçat. Henri Matisse, Georges Braque, Pierre Bonnard, Marc Chagall… Les artistes modernes les plus reconnus de toutes confessions et de toutes idéologies contribuent au projet faisant de l’église un manifeste du renouveau de l’art sacré au XXe siècle.
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La route de la sculpture contemporaine
La route de la sculpture contemporaine s’inscrit dans la même veine et réaffirme la vocation culturelle du site. Lancée en 1973 alors que la station de cure connaît sa première phase de reconversion, elle se matérialise avec l’installation d’une vingtaine d’œuvres sur l’ensemble du territoire communal. Le stabile de Calder est ainsi installé dans un virage en épingle, sur la route qui mène du chef-lieu de Passy au plateau d’Assy. En octobre 2020, une autre sculpture « la grande échelle » de Charles Semser a été inaugurée après restauration. Les 125 pièces assemblées sur la structure métallique s’étaient profondément altérées sous l’effet des intempéries et des années. La restauration de l’ensemble a mobilisé un budget de 63 000 euros financés avec l’aide de l’État, du Département et une souscription publique.

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Sur les traces des sanatoriums de Plateau-d’Hauteville
Plateau-d’Hauteville fut précurseur, en son temps, avec l’ouverture du premier sanatorium populaire de France, en août 1900. Cette initiative du Dr Frédéric Desmaret avait trouvé le soutien de l’industriel Félix Mangini qui avait perdu sa fille de suites de la turberculose. Des œuvres lyonnaises assurent son financement, des religieuses son intendance et les soins. D’autres établissements destinés à une clientèle plus fortunés se construiront rapidement, dans les années suivantes. De quoi façonner durablement un paysage local dans lequel les établissements de soin représentent encore une part importante de l’emploi. Des découvertes sont organisées cet été par les associations Le Dreffia et Sanas pour marcher sur les traces de cette histoire, mais aussi du passé résistant du plateau.
S.J

Les thermes nationaux d’Aix-les-Bains
À Aix-les-Bains, les anciens thermes nationaux font face à la mairie et à l’arc de campanus, à deux pas du parc floral. Inscrits aux Monuments historiques et labellisés Patrimoine du XXe siècle, ils ont été inaugurés en 1783. L’essor du thermalisme se traduit par une succession d’extensions avec, notamment, la réalisation des bâtiments Pelligrini, Revel, Lecoeur Pétriaux, Mabileau… Le grand hall qui a conservé son décor art déco d’origine s’organise autour d’un puits central donnant sur le premier sous-sol et surplombant une fontaine constituée d’une sphère recouverte de mosaïque. Une visite virtuelle de l’ensemble des anciens thermes nationaux est proposé sur le site web de la ville d’Aix-les-Bains.

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L’hôtel Dieu à Chambéry
Implanté sur la colline de Montjay à Chambéry, à quelques pas du nouvel hôpital, l’hôtel Dieu constitue un témoignage à ciel ouvert de la prise en charge des malades. Sa construction s’engage en 1898 dans une ville où la situation sanitaire est déplorable et s’achève en 1901 selon un modèle pavillonnaire, très en vogue à l’époque. Son architecture néoclassique est également typique des bâtiments publics du XIXe siècle. Après la Seconde Guerre Mondiale, la tendance est aux hôpitaux monoblocs, plus économiques et plus hygiéniques. Suite à l’inauguration du bâtiment Jacques Dorstter, démoli en 2018, l’hôtel Dieu devient un hospice puis un établissement d’hébergement pour personnes âgées._
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Le Centre hospitalier spécialisé de Bassens
En 1992, le centre hospitalier spécialisé de Bassens a officiellement fait tomber le mur d’enceinte qui encerclait ses bâtiments. Le symbole d’une volonté d’ouverture sans cesser réaffirmée, au point que l’établissement édite une plaquette destinée aux visiteurs souhaitant découvrir son patrimoine. Spécialement pensé pour l’accueil des « aliénés », l’établissement a ouvert ses portes en 1858. L’un de ses trois sites est séparé des deux autres par la route qui mène au chef-lieu de Bassens. Fondée sur des considérations humanistes, thérapeutiques, artistique, son architecture s’organise autour d’un bâtiment central et de pavillons reliés par des galeries couvertes. Inspirés par les maisons de village, les pavillons qui sont dotés de toitures à deux pans s’ouvrent sur une cour avec un préau couvert d’ardoise. La cour centrale et le château acheté en 1877 sont classés monuments historiques.









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