Ce système d’inspection en temps réel sera expérimenté sur trois ans et constitue une première.
Il enjambe le Rhône et fait la jonction entre Ain et Nord Isère au sud de Lagnieu. Propriété des deux Départements, ce pont ancien, d’une longueur de 160 m, bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale et remaçonné sur les piles existantes, a fait l’objet, entre le 24 et le 26 novembre, de préparatifs à la mise en place d’un système d’inspection original. « Suivant la catastrophe de Gênes (l’effondrement d’un pont autoroutier en Italie en août 2018, NDLR),l’État avait lancé un appel à projets à travers le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Céréma) pour la surveillance des ouvrages. Lauréats du concours, nous allons procéder sur ce pont, en lieu et place de l’habituelle inspection visuelle, à la pose de capteurs qui vont permettre de lire en temps réel, ses réactions aux vibrations », explique Bernard Perazio, vice-président en charge des routes au Conseil Départemental de l’Isère, maître d’ouvrage du chantier. Un chantier conduit par l’Apave, un groupe international (12 400 personnes, 950 M€ de CA) spécialiste de la maîtrise des risques et de la protection de l’environnement pour les collectivités et les entreprises.

« Parfaitement synchronisés, les capteurs vont nous faire remonter les caractéristiques dynamiques réelles de l’ouvrage, mesurer en permanence comment il réagit aux différentes vibrations, qu’elles soient issues du trafic routier, du vent ou des crues. Ils vont nous permettre non seulement de suivre plus finement son évolution, mais encore de valider nos modèles numériques. Ils nous donneront une vision bien plus précise que celle que nous pouvons obtenir par calcul. Et ils ouvrent la possibilité d’une maintenance prédictive, de repérer des dommages non visibles et de procéder à leur réparation avant que la dégradation soit plus importante. On pourrait ainsi éviter d’avoir à couper la circulation pour travaux, précise Maxime Fontan, responsable technique instrumentation et diagnostic des ouvrages de l’Apave. C’est le premier test grandeur nature que nous conduisons. L’expérimentation démarrera en janvier et s’étalera sur trois ans. » Mais avant de procéder à cette dernière, il fallait déterminer combien de capteurs devront être posés et où, pour fournir les données les plus pertinentes. C’est ce qui a été réalisé fin novembre. Quelque 200 points de mesure ont été évalués, à l’aide d’une dizaine de capteurs.
Les enjeux d’une innovation
« Pour l’Ain, c’est un ouvrage stratégique. Et il est important de savoir comment il vieillit, commente Charles de la Verpillière, conseiller départemental du canton de Lagnieu. Cela permettra de répondre à deux enjeux : la continuité de la véloroute du Léman d’une part, la circulation des poids lourds et convois exceptionnels d’autre part. Aujourd’hui, le pont ne permet pas de circuler à vélo en sécurité et la question de son aménagement se pose. Il est par ailleurs limité à 40 t. S’il était possible de passer à 44 t, on pourrait soulager la circulation sur le pont de Loyette qui débouche en pleine agglomération, même s’il faudra sans doute envisager la construction d’un troisième ouvrage. Cette expérimentation est donc tout à fait bienvenue. Et nous suivrons ses résultats très attentivement. »
Du côté isérois, on voit dans cette innovation, un premier pas vers la route connectée, grâce à laquelle on disposera d’une lecture directe et permanente du réseau. L’opération a en plus l’avantage d’être financièrement neutre pour le Département. Elle est en effet prise en charge par l’État via le Céréma, ainsi que par l’Apave et son partenaire, Sercel, qui se définit comme « leader technologique de l’industrie sismique ». Les entreprises, elles, imaginent des applications dans d’autres domaines, comme le ferroviaire.

Sébastien Jacquart








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