Cinq passionnées de la laine ont monté une association pour revaloriser la toison des moutons Thônes et Marthod.
Ce n’est pas vraiment un mouton à cinq pattes, mais l’association Défrise ton Mouton a bien quelque chose d’exceptionnel. Les cinq femmes qui l’ont créée début 2021 ont en effet pour ambition de revaloriser la laine des moutons Thônes et Marthod, alors que celle-ci ne trouve plus preneur et s’accumule dans les bergeries.

« Cette laine ne vaut plus rien, l’Asie ne la prend plus ni aucun autre acheteur, constate Sandrine Chandevault, qui fut à l’initiative de la création de Défrise ton mouton. Les éleveurs se trouvent coincés avec des paquets de laine alors qu’elle est magnifique et qu’on peut tout faire avec ! » Pire, les propriétaires de moutons doivent payer, deux fois par an, la tonte de leurs animaux pour, finalement, voir gâcher ce qui jadis constituait un trésor. « Notre idée est de redonner de la valeur à leur travail, en favorisant les circuits courts, et en faisant redécouvrir les savoir-faire d’autrefois. »
Des savoir-faire qu’elles ont dû, pour certaines d’entre elles, apprendre pas à pas, à l’image de Sandrine, assistante des ventes dans la vie professionnelle. « Je me souviens avoir lavé ma première laine dans un ruisseau pendant des dimanches entiers ! Je ne l’avais pas prétriée, elle était pleine de suint, de brindilles, de saletés… »
Aujourd’hui, les cinq bénévoles (dont deux sont éleveuses de Thônes et Marthod et une autre feutrière), sont rodées et ont pour premier principe la récupération d’une laine la plus propre possible. « Pour cela, nous préférons la tonte de l’automne, quand les animaux descendent tout juste de l’alpage. » Pour l’instant, seuls quatre éleveurs des deux Savoie leur donnent leur production. « Nous espérons en avoir plus et aimerions nouer un partenariat avec l’Union des éleveurs de Thônes et Marthod, sur la base d’un cahier des charges précis pour avoir de la qualité. C’est la seule façon de bien valoriser cette laine. »
Le jour de la tonte, les voilà campées autour du tondeur, prêtes à effectuer un premier tri. Les parties nobles dans un curon propre (gros sac de toile de forme cubique pouvant contenir plus de 100 kg), les autres dans un curon sale. « On ne récupère que le premier, qu’on emmène dans une filature de Niaux, en Ariège, équipée d’une cardeuse », explique Sandrine.
Rustique, longue, épaisse et contenant du jarre (fibre grossière qui protège l’animal des intempéries), la laine des Thônes et Marthod est en effet plus adaptée à ce traitement. Lavée puis cardée (sorte de peigne), elle ressort en nappes de 1 kg. « En 2021, on a eu 52 kg de laine cardée, dont 28 kg ont été vendus à des feutrières partout en France, qui l’apprécient beaucoup. » A dix euros le kilo le lavage et le cardage payés à la filature auxquels s’ajoutent les frais de transport, les bénévoles doivent pour l’instant sortir de l’argent de leur poche. « Mais c’est une expérience magnifique ! », s’enthousiasme-t-elle.

Laver, trier, écharpiller, carder, filer, créer des objets ou des vêtements… c’est tout cela que l’équipe veut désormais partager avec le plus grand nombre en montant des formations. La prochaine, au mois de mars, portera sur le feutrage, mais d’autres devraient voir le jour pour apprendre à trier autour du tondeur. « Nous aimerions avoir plusieurs équipes pour intervenir rapidement quand c’est nécessaire », indique Sandrine Chandevault.
D’autres projets sont dans les curons pour redonner à ce matériau toute sa noblesse. L’incubateur ID Cube (Saint-Pierre-enFaucigny) va ainsi les aider à se structurer pendant un an.
Des relations ont aussi été tissées avec Jean-Paul Pallud, arrière-petit-fils du créateur (en 1872) de la filature Pallud de Meythet. Installée au bord du Thiou, celle-ci a fonctionné jusqu’en 1987 et abrite encore sa vingtaine de machines, toutes en état de marche. Un patrimoine inestimable et rare que l’association de la Filature Pallud – qui œuvre pour la sauvegarde des lieux – et Défrise ton mouton rêveraient entendre ronronner à nouveau.
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Une race qui a failli disparaître

Rustique, montagnarde, calme, bonne mère et bonne marcheuse, la race ovine locale Thônes et Marthod a pourtant bien failli disparaître au début des années soixante-dix, alors qu’on en comptait quelque 32 000 dans nos vallées au début des années trente, date de sa reconnaissance officielle.
Facilement identifiable avec ses cornes, du noir au bout de son museau, autour de ses yeux, sur ses oreilles et à l’extrémité de ses membres, elle est habillée d’un manteau laineux à longues mèches rêches. Autrefois prisée pour ses capacités d’adaptation, notamment en alpage jusqu’à 2000 mètres d’altitude, elle servait également à maintenir une certaine hygrométrie dans les caves à reblochon en hiver.
En 1975, face au risque de disparition de la race, une poignée de passionnés se mobilise pour la sauvegarder. En 1992, l’Union des éleveurs de la race Thônes et Marthod est créée. Elle compte aujourd’hui une soixantaine d’éleveurs et 7000 brebis environ, appréciées autant pour leur lait que pour leur viande. Elles produisent aussi une vingtaine de tonnes de laine par an.








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