Installée en décembre 2021, la nouvelle assemblée générale régionale de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) vient de dévoiler son plan de mandature 2021-2026, le 22 novembre. L’occasion de faire le point sur le fonctionnement et les orientations stratégiques de la chambre, avec son président, Vincent Gaud.
Après l’installation, en décembre 2021, de la nouvelle assemblée générale régionale de la chambre des métiers et de l’artisanat (CMA), présidée par Vincent Gaud, les 96 élus ont planché sur les orientations stratégiques. Ce plan de mandature 2021-2026 a été dévoilé le 22 novembre dernier.
Le plan de mandature de la CMA Aura a nécessité un an de réflexion… « En termes de réactivité, c’est le premier plan de mandature présenté parmi les treize CMA régionales de France », précise Vincent Gaud. Les élus sont au nombre de huit par département, sachant que, depuis 2020, la loi PACTE a régionalisé les CMA. Il n’y a plus qu’une seule entité publique régionale pour les réunir toutes, avec un représentant légal unique, son président. Les anciennes CMA départementales font office de satellites.
« En 2021, la liste Fier d’être artisan a obtenu la majorité face à l’U2P. Pendant un mois ou deux, cela a été un peu compliqué mais aujourd’hui, la hache de guerre est enterrée. Preuve en est : à la dernière assemblée générale du mardi 6 décembre, tous les points ont été votés à l’unanimité. Je pense avoir réussi à rassembler tout le monde au sein d’une même ambition : faire progresser l’artisanat en Aura. Il n’y a plus de voix partisane. On est tous élus et on travaille dans cet esprit. »
Le chiffre d’affaires de la CMA Aura s’élève à 60M€ pour 700 salariés. En 2022, le nombre d’entreprises artisanales a augmenté de 17%. La Haute-Savoie compte 25 000 entreprises artisanales pour un chiffre d’affaires de 4 Mds€ ; 19 000 entreprises dans l’Ain génèrent 3,9 Mds € et 16 000 artisans en Savoie pour 3Mds€ de CA. « La dynamique Haute-Savoie et Ain est plus importante que la dynamique de la Savoie : ils sont poussés par la Suisse. Le rôle de la CMA Aura, c’est d’utiliser la compétence des locomotives pour que les autres en bénéficient. La Haute-Savoie, l’Ain, l’Isère et le Rhône sont d’énormes locomotives », précise Vincent Gaud. Par ailleurs, 65% des entreprises industrielles en Aura sont artisanales.
« Créer une entreprise, ce n’est pas comme passer commande sur laredoute.fr »
Le gouvernement a mis en place un guichet unique sur internet (procedures.inpi.fr) pour l’immatriculation des entreprises : l’INPI est devenue la porte d’entrée universelle depuis le 1er novembre 2022 au détriment des CMA. L’incidence de cette réforme sur le fonctionnement et les finances des chambres des métiers n’est pas neutre, comme en témoigne Vincent Gaud : « En nous enlevant cette mission, l’Etat nous enlève aussi des moyens, sauf que nous avions du personnel dédié à cette mission : il va falloir trouver des solutions. La conséquence c’est que nous allons facturer notre accompagnement. » Les CMA gardent la gestion de la qualification des entreprises. « Aujourd’hui, le gros changement, c’est que nous allons être surtout dans l’assistance : plus de sept dossiers sur dix sont incomplets ou faux en termes de régime fiscal à adopter. »
« Il y a des choses que je ne comprends pas, s’insurge Vincent Gaud. Déjà, du temps de Bruno Lemaire, le gouvernement a rendu facultatif le stage préalable à l’installation (SPI), sous prétexte de simplifier la vie du créateur. Enorme erreur parce qu’aujourd’hui, on constate une baisse de la qualité des dossiers de création. Et maintenant, ils envoient tous les créateurs d’entreprise vers une plateforme internet. Pour moi ils font fausse route. A vouloir trop simplifier, on se retrouve avec des entreprises fragiles. Créer une entreprise, ce n’est pas comme passer une commande sur laredoute.fr ou Amazon… »

Rendre visible l’artisanat dans les villes
La taxe versée par les artisans pour leurs frais de CMA dans le cadre de leur CFE (contribution foncière des entreprises) est en constante diminution malgré l’augmentation des cotisants. Cette taxe étant collectée par l’Etat, il en restitue la majeure partie aux CMA tout en prélevant sa dîme au passage. Jusqu’en 2021, la collecte nationale s’élevait à 227M€. L’Etat en conservait 24M€ et répartissait les 203M€ restants aux CMA. « Depuis le projet de loi de finance, qui est passé en force avec le 49.3, une diminution de cette taxe de 60M€ a été votée pour participer à la dette de l’Etat », relève Vincent Gaud. Pour autant, le plan de mandat 2021-2026 se veut ambitieux : « On s’engage sur des chiffres », annonce le président régional. « Chacune de nos mesures bénéficiera d’un suivi comptable, que ce soit en nombre d’apprentis accueillis dans nos entreprises, en neutralité carbone, en réduction de la fracture numérique ou en termes d’ouverture à l’international des artisans. »
Autre axe majeur : le lancement des maisons de l’artisanat et de l’entreprenariat. En 2023, la CMA Aura va investir plus de 2M€ dans ses sites d’accueil. « Nos vingt-sept antennes vont bénéficier d’un relooking marketing. Je veux que l’on réinvestisse les centres-villes et surtout, je souhaite que ces maisons soient ouvertes à tous les entrepreneurs : les professions libérales, les commerçants, les autoentrepreneurs… On va s’ouvrir à toute cette clientèle. Les sites en périphérie des villes n’existeront plus. »
Vincent Gaud est élu président de la CMA Auvergne Rhône-Alpes à l’âge de 47 ans. Il est artisan dans l’Ain, à la tête de trois entreprises en plomberie-chauffage dont le chiffre d’affaires cumulé se monte à 1,8 M€ pour 12 salariés. Vincent Gaud a été président de la CMA Ain de 2016 à 2021. Il s’engage pour une raison bien précise : « Je pense que si on n’était pas là, nos gouvernants ne penseraient qu’aux grandes entreprises. C’est déjà trop le cas. »








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