Désireux de hisser et maintenir le club oyonnaxien au plus haut niveau, son nouveau président dévoile sa stratégie financière, commerciale et partenariale.
Dougal Bendjaballah, vous avez pris à l’issue de l’assemblée générale du 6 décembre, la présidence d’Oyonnax Rugby. Vous succédez à Thierry Emin, qui passe vice-président. Pourquoi ce changement ?
Si l’on veut emmener et maintenir ce club au top niveau, un nouveau coup de braquet est nécessaire, un nouvel investissement comme celui que j’ai déjà fait, il y a dix ans. Mais pour conduire un tel projet, il faut pouvoir l’assumer, y compris financièrement. Et ça, c’est le rôle du président.
Quels sont vos liens avec le club ?
En 2011, je vends au groupe Stryker, une entreprise du médical que j’avais créée dix ans plus tôt, Memometal, spécialisée dans les prothèses pour la main et le pied [lire l’encadré Bio express, NDLR]. Je commence alors à envisager d’investir dans le rugby, un sport que j’ai pratiqué à la fac, puis en club, à Paris et à Aix-en-Provence, et qui constitue une vraie passion pour moi. Mon cousin, Olivier Perret, boulanger bien connu localement, me suggère le club d’Oyonnax. C’est ainsi que j’ai fait mon entrée au capital de manière assez forte. J’accompagne d’abord le président Jean-Marc Manducher, puis son successeur Thierry Emin. Je suis rentré au directoire, il y a sept ans. À l’époque de mon arrivée, tout était à faire. Notre centre d’entraînement, l’Oyomen Factory, n’existait pas. C’est moi qui l’ai financé, avant de le céder à la ville, en contrepartie d’un engagement à réinvestir dans le club.
Pourquoi jugez-vous indispensable de réinvestir, aujourd’hui ?
Dans cette période post-covid, j’ai fait le point sur la situation du club par rapport à ses ambitions et ses concurrents. Et l’état des lieux est assez choquant. Nous sommes passés en quatre ans, du premier budget de Pro D2 au sixième, alors même qu’il est resté stable, avec 10,50 M€ pour la saison 2022-2023. Cela signifie que les autres ont grandi. Aix-en-Provence, par exemple, naviguait entre Pro D2 et National. Il affiche aujourd’hui l’un des plus gros budgets de la division. Il s’est donné les moyens financiers, humains et structurels de monter en Top 14. Idem pour Vannes, qui évoluait en Fédérale 1 six ans en arrière et dispose aujourd’hui d’un stade de 12 000 places et d’un centre d’entraînement flambant neuf.
Le partenariat historique d’Oyonnax Rugby avec l’industrie et les structures privées locales représente une part importante de notre budget, avec 4 M€. Mais cette richesse s’est amenuisée. Beaucoup de partenaires ont réduit la voilure. Certains sont partis. Au-delà des phénomènes conjoncturels, peut-être se sont-ils lassés ? Peut-être n’avons-nous pas suffisamment affiché nos ambitions ? Sans même parler de notoriété, Oyonnax Rugby génère pratiquement 20 M€ de retombées pour la ville, entre les familles des joueurs qui vivent et consomment sur place, et nos événements qui font appel à des prestataires locaux. Nous générons une forme d’économie circulaire. Nos partenaires potentiels ne semblent pas se rendre compte que ce n’est pas éternel. Faute de moyens, le risque est fort de décrocher en l’espace de cinq ou six ans et de se retrouver à simplement se battre pour rester dans le milieu professionnel.
Quand on se compare, on voit des clubs de même strate qui ont réussi à fédérer tous les acteurs économiques de leur région. Pas nous.
On sait bien que la force et la faiblesse d’Oyonnax Rugby, c’est le nombre important de PME partenaires. Combien en comptez-vous aujourd’hui ?
Nous rassemblons 350 partenaires. Et c’est déjà un exploit, puisque nous avons le plus petit bassin de population du rugby professionnel. Effectivement, nous ne trouverons jamais un mécène susceptible de nous apporter 10 ou 20 M€ par an. Notre modèle est à construire. Il devra être en phase avec nos ambitions et nos réalités économiques. Il pourrait s’inspirer de La Rochelle qui a réussi à réunir jusqu’à 5 000 partenaires autour de ses événements. Aujourd’hui, toute la Bretagne est derrière le club. Monter en Top 14 et y rester nécessite, a minima, un budget de 17 à 18 M€
Comment comptez-vous y parvenir ?
Nous allons jouer sur plusieurs tableaux. Déjà, nous devons mobiliser tous les acteurs économiques locaux pour qu’ils participent davantage ou participent tout court au développement du club. Ensuite, nous allons investir commercialement les territoires limitrophes où nous ne sommes pas présents, la Haute-Savoie, la Savoie, le Jura, la Plaine de l’Ain… À cette fin, les équipes ont été réorganisées autour de Guillaume Jeannin, responsable du pôle commercial.
À moyen terme, nous allons nous appuyer sur le socle créé par la partie associative d’Oyonnax Rugby : l’Oyo’Sphère. Nous avons un partenariat éducatif avec différents clubs, de Strasbourg à Aubenas, qui nous permet d’identifier les jeunes susceptibles d’évoluer au plus haut niveau. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons être identifiés comme le club du grand est. Dans ce cadre, nous avons commencé à nouer des projets d’accord pour redistribuer aux clubs de la sphère, une partie des partenariats que nous pourrions obtenir grâce à eux. Cela pourrait constituer un vivier important.
Nous allons également profiter de notre visibilité nationale pour aller chercher des partenaires qui n’ont pas besoin d’être locaux. Pour cela, il fallait identifier un mot-clé qui nous différencie. Ce sera l’authenticité, Oyonnax pratiquant un rugby authentique. C’est un moyen d’obtenir des budgets pluriannuels plus importants.
Et pour orchestrer tout cela, un directeur général a été nommé l’an dernier, en la personne de Gregory Di Marco. Nous avons par ailleurs décidé d’une augmentation de capital importante, de 1,20 M€, pour cette saison. Avec les 450 000 euros déjà injectés l’an dernier, cela portera le total à 4 M€.
Nous avons établi la feuille de route. Tout le club doit être fédéré autour de cette stratégie de croissance. Y compris, nous souhaitons mobiliser les pouvoirs publics, qu’ils soient eux aussi des ambassadeurs.
Oyonnax Rugby
Oyonnax Rugby, c’est 33 contrats sportifs et un staff de 15 personnes, 10,5 M€ de budget pour la saison 2022-2023, dont 4 M€ sont apportés par quelque 350 partenaires. Après 450 000 euros la saison dernière, le club s’apprête à une nouvelle augmentation de capital de 1,2 M€, qui portera le total à 4 M€.
Bio express
- 5 novembre 1967 : Naissance à Saint-Claude (Jura)
- 1991-1995 : Après un MBA à Harvard, aux États-Unis, Dougal Bendjaballah démarre une carrière dans la finance chez American Express.
- 1995-2001 : Il crée une première entreprise dans le négoce pour le médical, avant de la vendre à Johnson & Johnson.
- 2001-2011 : Une deuxième société est créée, Memometal. Spécialisée dans les prothèses pour la main et le pied, elle sera revendue au groupe Stryker.
- 2011 : Il entre au capital d’Oyonnax Rugby.
- 2017 : Création de Keri Médical, entreprise spécialisée dans l’orthopédie de la main et du poignet. À cheval entre Genève et Archamps (74), avec une usine à Besançon (25), elle emploie 100 personnes pour 20 M€ de CA.
- 6 décembre 2022 : Président d’Oyonnax Rugby.
Sébastien Jacquart








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