Banque de France : une croissance révisée à la hausse ?

par | 6 Oct 2023

Les prévisions de la Banque de France en matière de conjoncture économique et financière pour 2023 sont plus optimistes que prévu. Dans ce contexte plutôt favorable, les deux Savoie tirent leur épingle du jeu.

La récente enquête économique et financière de la Banque de France repose sur les données recueillies auprès de 8 500 entreprises françaises (1 150 en région Aura, dont 200 en Savoie Mont-Blanc). Avec une inflation à 5,8 %, la banque centrale réagit en augmentant son taux directeur : « Ce taux était négatif depuis 2016, à moins 50 points de base. En quelques mois, il est passé à 4 % : la dernière hausse date du 14 septembre. Nous faisons une amplitude de 450 points de base », explique la directrice régionale de la Banque de France, Kathie Werquin-Wattebled.

Cette mesure restrictive est un mal nécessaire pour tendre vers un idéal de 2 % d’inflation, selon les prévisions de la Banque de France, entre fin 2024 et début 2025. En Savoie Mont-Blanc, Lionel Brunet, directeur de la Banque de France 74, commente : « Avec l’augmentation du taux directeur, la gestion des liquidités redevient un sujet pour les entreprises. Malgré cela, les dirigeants d’entreprises et les banques reconnaissent que ce n’était pas forcément normal que le taux directeur soit nul ou négatif. Ils considèrent cette majoration comme un retour à la normale. »

« Le taux d’intérêt réel est égal au taux d’intérêt affiché sous déduction du taux d’inflation et des primes de risques. Si, à titre d’exemple, le taux d’intérêt nominal d’un placement est de 3%, et l’inflation de 5%, le taux d’intérêt réel sera de -2%. Les taux d’intérêt réels comportent une incertitude liée à l’évolution de l’inflation. Deux cas de figure sont possibles : si le taux d’inflation dépasse le taux d’intérêt nominal, celui-ci est négatif. Si ce taux d’inflation reste en-deçà du taux d’intérêt nominal, il est positif. »

0,9 % de croissance

Cela étant dit, la Banque de France a aussi révisé à la hausse ses prévisions de croissance. Le 20 septembre dernier, la bonne surprise est tombée : +0,9 % de croissance en France par rapport au mois de juin 2023, «  grâce à l’export qui s’est bien tenu au deuxième trimestre  », analyse la directrice régionale.

« L’année 2023 n’est pas un grand millésime. Toutefois, c’est mieux que ce que nous craignions à cause du reliquat du covid, de la crise ukrainienne et, surtout, à cause de la remontée du taux directeur, qui a toujours pour effet une baisse de la consommation et des investissements. En dépit de cela, il n’y a pas eu de récession et nous constatons même une timide croissance de 0,9 % », commente Kathie Werquin-Wattebled.

Ce résultat inattendu place la Banque de France devant « une sorte de paradoxe » : « Avec seulement 0,9 % de croissance, 319 000 emplois ont été créés en France. Cela entre en contradiction avec la règle qui fixe à 2 % de croissance le seuil de création de nouveaux emplois. En deçà, d’habitude, il y a plutôt une destruction de l’emploi. »

Hausse des salaires

Déjà, une période « un peu plus sereine » se profile grâce à une probable progression des salaires de manière « assez tonique », avec des hausses significatives. « Le niveau d’inflation va être beaucoup plus vertueux grâce à ce gain de pouvoir d’achat et grâce aussi à un taux de chômage historiquement faible, 6,2 % en France, le plus bas depuis quarante ans », rappelle la directrice (5,2 % en Haute-Savoie et 5,1 % en Savoie, au 2e trimestre 2023, selon l’Insee).

Autre facteur encourageant : l’investissement des entreprises reste fort et les banques répondent positivement aux sollicitations. La Banque de France évalue le taux d’investissement actuel à 25 % de la valeur ajoutée, en moyenne, et note qu’une partie des projets est fléchée “décarbonation”.

« Pour tenir nos engagements, nous aurons besoin de 2 à 3 % de points PIB par an d’investissements pour la décarbonation, soit 66 milliards d’euros pour la France et 500 milliards pour l’Union européenne », énonce Kathie Werquin-Wattebled, qui se veut rassurante : « Pas d’inquiétude, 2 à 3 % de PIB, cela semble énorme, mais, à l’échelle de la France et de l’Union européenne, chaque année, nous constatons une croissance de l’épargne de 2 à 3 %. »

La surépargne perdure

De fait, le taux d’épargne des ménages, qui plafonne habituellement à 15,2 % en moyenne sur dix à quinze ans, atteint 17 à 18 % en 2023. Le climat anxiogène, mais aussi la hausse globale du pouvoir d’achat, structurellement, incitent les ménages à épargner davantage.

Quant aux banques, rouages indispensables pour financer les investissements, elles «  se portent très bien  », selon Kathie Werquin-Wattebled : « Les banques sont bien capitalisées, elles sont très rentables et bénéficient d’un coût du risque au plus bas, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises : 13 milliards d’euros de crédits immobiliers, en moyenne, sont injectés chaque mois sur le marché (c’était 11 milliards en août dernier) ».

Croissance : Savoie Mont-Blanc porté par le tourisme et le décolletage

Comment se comportent la Savoie et la Haute-Savoie, en termes de résilience économique  ? Nous avons posé la question à Lionel Brunet, directeur de la Banque de France Haute-Savoie…

Lionel Brunet, directeur Banque de France Haute-Savoie, évoque « une croissance un peu plus active » en Savoie Mont-Blanc qu’ailleurs.

« Les deux départements savoyards sont plutôt au-dessus du panier, notamment en termes de croissance du chiffre d’affaires. Sur l’année 2022 par rapport à 2021, la croissance du chiffre d’affaires en Savoie était de +14,5 % et +11,6 % en Haute-Savoie (+7,9 % dans l’Ain). Les deux départements ont la plus forte progression de la région. Cela s’explique surtout par la nature du tissu économique, avec une forte reprise du tourisme, notamment l’hôtellerie et la restauration, les deux secteurs de référence de la Banque de France. »

Sur 2023, l’embellie touristique se confirme. C’est ce qui fait que la Savoie et la Haute-Savoie ont été avantagées par rapport à d’autres départements de la région. Par ailleurs, les filières industrielles aussi ont bien fonctionné.

L’activité du décolletage « a été assez soutenue » l’année dernière, notamment dans le secteur automobile. « Ce n’était pas gagné d’avance parce que les constructeurs enregistraient beaucoup de retard de fabrication. Or, les débouchés dans l’industrie automobile ont été meilleurs que prévu et ils ont contribué à faire en sorte que la croissance soit un peu plus active en Savoie Mont-Blanc qu’ailleurs. »

Quant à la revalorisation des taux directeurs et son corollaire négatif sur l’activité et l’investissement, Lionel Brunet temporise : « Le but, en augmentant les taux, c’est bien de stopper l’inflation. C’est un peu comme un traitement antibiotique : nous prescrivons le bon médicament et le bon dosage, mais il faut aussi respecter la temporalité, sinon cela ne marche pas. En l’occurrence, nous estimons entre dix-huit et vingt-quatre mois le temps nécessaire pour descendre à 2 % d’inflation. »

Pour autant, l’investissement demeure assez soutenu et les projets continuent d’être financés, notamment l’immobilier. « On note un début de correction à la baisse des prix au mètre carré de l’immobilier. Pour vendre un programme, les taux étant ce qu’ils sont, les acteurs de l’immobilier doivent prendre leur part et accepter de ne pas vendre au tarif auquel ils étaient habitués, lorsque l’argent ne coûtait rien. Ce n’est pas encore visible sur la Haute-Savoie ; certains prétendent même que c’est improbable, à cause de la proximité suisse. Quoi qu’il en soit, à Annecy, les prix arrêtent d’augmenter, à défaut de baisser. »

Evolution des effectifs dans les entreprises : les deux Savoie sont en tête en Aura

Selon la dernière enquête de la Banque de France, présentée en ce début du mois d’octobre, une croissance de 0,9 % a permis la création inattendue et inhabituelle de 319 000 emplois en France. En Savoie Mont-Blanc, aucune statistique ne permet d’identifier les emplois créés mais un marqueur permet de suivre l’évolution des effectifs, ce qui apporte un éclairage sur le dynamisme du marché de l’emploi :

« Une fois par an, nous recevons, en pourcentage, l’évolution des effectifs. Ce n’est pas la même base de valeurs que les créations d’emplois, mais il faut noter qu’en juin 2023 par rapport à juin 2022, les entreprises de Savoie ont enregistré une progression de 3,3 % de leurs effectifs, celles de Haute-Savoie de 3,5 % et celles de l’Ain de 2,2 %. En région Auvergne-Rhône-Alpes, les deux Savoie sont en tête », énonce Lionel Brunet, directeur de la Banque de France Haute-Savoie.

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