La section savoyarde de Domaines skiables de France a financé une étude visant à mieux connaître la nature des alpages dégradés. Le guide issu de ces travaux accompagne les professionnels dans les travaux de restauration.
La réhabilitation des alpages, notamment après des travaux d’aménagement de pistes de ski, n’est pas un sujet nouveau : la terre végétale décapée pour gommer les mouvements de terrain est remise puis réensemencée avec, autant que possible, des espèces locales. Mais les échecs, et l’érosion qui les accompagne, ne sont pas rares.
« Avec la Société d’économie alpestre de la Savoie, qui exploite, l’été, les terrains que nous utilisons l’hiver, nous avons voulu aller un ou deux crans plus loin. L’objectif est de mieux comprendre la constitution du sol, dans son histoire, ses éléments chimiques, son PH, la microbiologie présente dans la première couche mais aussi les suivantes, de manière à avoir les interventions les plus vertueuses possibles », explique David Ponson, le président de la section Savoie de Domaines skiables de France (DSF), qui fédère les 35 sociétés de remontées mécaniques du département.
L’expérimentation menée depuis 2022 dans huit stations pilotes de Savoie (Courchevel, Les Arcs, La Plagne, Aussois, Val-Cenis, Valmeinier, Les Saisies et La Rosière), avec 22 alpagistes exploitant leurs terrains, approfondit les connaissances des sols de montagne pour identifier les facteurs de succès ou d’échec des opérations de réhabilitation. Elle débouche sur la publication d’un guide pratique dont la vocation est d’accompagner au mieux les différents acteurs à chaque étape de la réhabilitation écologique des milieux ouverts de montagne.
« Nous sommes dans de l’innovation environnementale : agir en amont pour limiter au maximum la déstructuration de ces terrains et faire en sorte qu’ils retrouvent le plus vite possible leurs caractéristiques d’avant intervention », complète David Ponson.
Certaines recommandations du guide peuvent contredire les usages. Une fois la terre et les substrats remis en place, l’habitude était par exemple de tasser et compacter le sol, alors qu’il vaut mieux réaliser un griffage perpendiculaire à la pente pour améliorer la rétention d’eau.
La section savoyarde de DSF prévoit une diffusion la plus large possible du guide, notamment en direction des porteurs de projets et des entreprises de travaux publics. Le pôle “formation et certificats”de DSF a par ailleurs développé un module de formation qui sera prêt dès cet automne. L’enjeu est de préserver des milieux fragiles afin d’assurer la pérennité de leurs usages tant en hiver qu’en été.
19 fiches de recommandations pratiques
La réalisation de l’étude a été confiée à un groupement scientifique associant le laboratoire Soltis Environnement (Moirans, 38), la Société d’économie alpestre de Savoie (SEA 73) et le laboratoire Edytem de l’Université Savoie Mont Blanc. Avec le guide, elle représente un investissement total de 138 000 € TTC, financé à 100 % par l’ensemble des 35 sociétés de remontées mécaniques savoyardes.
À partir de la littérature scientifique et technique internationale et d’entretiens avec les gestionnaires des huit stations pilotes et 22 alpagistes, l’étude a démarré avec un état des lieux et évalué l’efficacité des mesures de réhabilitation sur 31 sites. L’analyse des données collectées a permis d’identifier les facteurs contribuant au succès des mesures de réhabilitation des terrains d’alpage dégradés.
La démarche aboutit à dix‑neuf fiches de recommandations pratiques présentées dans le Guide opérationnel de la réhabilitation des terrains d’alpage. Elles balaient l’ensemble du processus, depuis le diagnostic du site jusqu’au suivi de la réhabilitation et aux éventuels travaux correctifs.
Sophie Boutrelle
Photo à la une (crédit DSF) : lors de la présentation de l’étude et du guide, en juin aux Saisies.








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