Quelques éleveurs locaux veulent diversifier leur production grâce à des décapodes asiatiques.
L’histoire débute en 2021, quand des exploitants et techniciens de la Dombes réalisent un stage dans le Gers, où des crevettes Macrobrachium Rosenbergii sont produites. L’objectif est de découvrir cette espèce asiatique et d’en évaluer le potentiel pour une exploitation locale.
Des discussions sont alors engagées avec la DDT (Direction départementale des territoires) pour lancer le projet d’élever des crevettes dans les eaux dombistes. Le programme est long et lourd à mettre en place. Car il ne faudrait pas que l’espèce s’échappe dans le milieu naturel. Finalement, les autorisations ont été obtenues cette année.
« Ce n’est pas dans les étangs, mais dans des bassins annexes aux structures que les crustacés ont été installés. Le projet est né de la recherche d’idées pour s’adapter au changement climatique. Ce n’est pas forcément simple, il faut prendre en compte toute la biodiversité de notre belle zone de la Dombes », explique Émilie Rubat, animatrice de l’Adapra (Association pour le développement de l’aquaculture et de la pêche professionnelle en Auvergne-Rhône-Alpes).
L’organisation accompagne trois élevages dans le programme, le Charpenet, Cyprins et Sunrise Canyon. « Nous diversifions notre activité avec un produit à forte valeur ajoutée. Lors de mauvaises années, cette production pourrait devenir un soutien. Les bonnes années, elle serait un bonus », développe Samuel Convert, technicien aquacole pour la SCEA du Charpenet, implantée au Montellier.
La société espère obtenir 30 kg de décapodes lors de ce test. Si les résultats sont bons et les autorisations renouvelées, elle souhaiterait atteindre 100 kg annuellement. Dans ses bassins, le Charpenet a installé 2 000 crustacés de 0,5 gr. En quelques mois, ces derniers pourraient passer à plus de 20 grammes.
Côté sécurité, plusieurs aspects garantissent la non-propagation au sein de la faune et de la flore locales. Le dessus des bassins est protégé par des filets semblables à des cages. Ces structures, qui redescendent jusqu’au sol, empêchent un éventuel oiseau d’emporter une crevette dans un étang voisin, mais aussi les prédateurs terrestres de s’en approcher.
L’eau des bassins est filtrée et une fois la pêche passée, ils sont traités à la chaux évitant toute survie non désirée. Mais finalement, ce sont les crevettes elles-mêmes qui assurent la plus grande sécurité. « Elles ne peuvent se reproduire qu’en eau saumâtre. De plus, en dessous de 19° leur développement est freiné et elles ne peuvent survivre à moins de 14° », conclut Samuel Convert.
La SCEA du Charpenet attend les premiers résultats pour mi-septembre, lors de la pêche des crustacés.
D’autres modes de diversification
Chaque année, pour réaliser les pêches, les étangs sont vidés. L’eau repart dans la nature. Une perte dommageable en période de sécheresse comme l’an passé. Aussi, l’Adapra cherche à introduire dans la panoplie des pisciculteurs, une solution nouvelle pour agir face au changement climatique : la pêche en pleine eau.
Celle-ci consiste, pour conserver la ressource, à ne pas vider les étangs – ou alors seulement partiellement – et à attraper les poissons à l’aide de filets. Déjà testé sur plusieurs étangs, cette technique présente un bon taux de capture dans des conditions optimales. Par temps chaud, les carpes s’avèrent toutefois bien plus difficiles à capturer.
Le déploiement du filet nécessite également beaucoup de main-d’œuvre. Aussi, cette année, l’Adapra espère pouvoir poursuivre ses essais de pêche en pleine eau à l’aide d’un prototype mécanisé. Selon sa conception, celui-ci pourrait déployer le filet, mais également le tirer et le réenrouler ensuite.
Joséphine Jossermoz









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