Économie circulaire, un concept encore trop méconnu

par | 7 Fév 2025

Les résultats d’une enquête sur les perceptions de l’économie circulaire viennent d’être présentés à l’IAE Savoie Mont-Blanc.

L’économie circulaire est dans l’air du temps. Mais au fait, c’est quoi précisément ? C’est à cette question, et à bien d’autres, que Florian Fizaine, maître de conférences en sciences économiques à l’Université Savoie Mont-Blanc et ses étudiants, ont voulu répondre avec une enquête menée dans le cadre de la chaire CLEE sur l’économie environnementale. Intitulée « Les perceptions de l’économie circulaire », ses résultats étaient présentés dernièrement à un public largement composé d’étudiants, à l’occasion d’une masterclass organisée au sein de l’IAE Savoie Mont-Blanc.

La première constatation des enquêteurs portait sur le terme lui-même dont l’usage explose depuis 2020, éclipsant par exemple la notion de développement durable. Force est de constater cependant que sa définition n’est pas claire pour grand-monde. Une étude de 2023 de l’Institut national de la consommation indique ainsi que 17 % des personnes interrogées savent expliquer ce que c’est, 35 % ne sait pas bien et 28 % en ont « entendu parler ».

Forte de ces premiers éléments, l’équipe de Florian Fizaine a donc établi et distribué ses questionnaires, dont 1 281 se sont avérés exploitables. Parmi eux, l’enseignant relevait une sous-représentation des plus de 60 ans et des ouvriers et professions intermédiaires. 54 % du total des répondants estiment ne pas connaître le concept. Et lorsqu’on leur demande une définition, les personnes pensent en premier lieu recyclage, puis réutilisation et réparation. La réduction et surtout, le refus (de consommer) sont moins largement cités. « 40 % de ceux qui parlent du recyclage, ne parlent que du recyclage », commentait Florian Fizaine.

Lorsqu’une hiérarchisation des leviers de l’économie circulaire est sollicitée, c’est la réutilisation qui arrive en tête, devant le recyclage et la réparation (ex aequo). La notion de réduire vient loin derrière. Quant à celle du refus, elle est rejetée par 80 % des répondants. En conclusion, Florian Fizaine confirmait la méconnaissance du concept par le public, notant que « la croissance est placée devant l’environnement ».

A Annecy, l’association Roule&Co forme les cyclistes à la réparation de leur vélo, avec, parfois, des pièces d’occasion. Copyright : David Malacrida


Exemples d’entreprises : Maped et Citiz

La masterclass se poursuivait par une table-ronde sur le rôle de l’entreprise pour embarquer les consommateurs dans cette économie vertueuse. Deux sociétés témoignaient de leur expérience : Maped et Citiz.

François Aznar, chef de projet recherche chez le fabricant haut-savoyard d’articles scolaires Maped, présentait la démarche d’éco-conception entamée il y a plus de dix ans avec des succès, mais aussi de gros bides. Au chapitre des réussites, il évoquait ses crayons de couleurs sans bois, 100 % mine, qui ont permis de « diviser par trois ou quatre leur impact environnemental ». « Pour y parvenir, poursuivait-il, il faut bousculer toutes ses certitudes. » Mais il arrive que le client ne suive pas… Exemple avec la suppression des blisters en plastique pour présenter les gommes, au profit d’un petit sachet en papier opaque. « Cela nous a occasionné une perte de 60 % de notre chiffre d’affaires sur ce produit, soit plus d’un million d’euros ! » Depuis, un papier transparent a remplacé l’opaque. « Nous ne voulions pas revenir au blister en plastique. » Dominique Kreziak, professeur à l’université en sciences de gestion, rappelait que, si la « caractéristique verte est toujours un plus, on n’est pas les mêmes quand on est assis et qu’on réfléchit à froid que quand on est en train d’acheter. A ce moment-là, quelque chose d’autre se passe ».

Citiz, société coopérative d’intérêt collectif, prône quant à elle l’autopartage dans toute la France. L’objectif de son fondateur, Martin Lesage, a toujours été de contribuer à réduire le nombre de voitures sur la route. « Un véhicule Citiz en remplace 10 et sert à environ 30 personnes », disait-il. Avec 70 000 utilisateurs et 3 000 automobiles sur toute la France (1 000 dans la région), le réseau ne cesse de grandir même s’il ne gagne pas d’argent. « L’utopie a été réalisée », dit-il. Il reste encore du chemin à faire, le plus dur étant sans doute de sortir du « triangle de l’inaction » qui attribue toujours aux autres (consommateurs, entreprises, politiques) la responsabilité d’agir.

GURUXOX – STOCK.ADOBE.COM

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