Conjoncture dans l’Ain : « La croissance va gagner en vigueur en 2026 »

par | 27 Fév 2025

Dans ce climat d’incertitude, après un léger rebond d’activité noté au mois de janvier, l’investissement des entreprises repartirait en 2026-2027.

Lundi 17 février, la Banque de France et la CCI de l’Ain organisaient une conférence-débat au Technopole Alimentec, à Bourg-en-Bresse, en présence de quelque 120 dirigeants d’entreprise et acteurs économiques pour une soirée intitulée « Chefs d’entreprise, acteurs des territoires, dans quel contexte allez-vous évoluer en 2025 ? ». Une 8e édition qui, comme les précédentes, a permis de balayer la conjoncture nationale, européenne et régionale ainsi que les perspectives permettant d’accompagner les décideurs dans leur vision de l’année à venir.

« Au cours de ces huit années, nous avons observé et analysé les évolutions conjoncturelles, a rappelé Patrice Fontenat, président de la CCI de l’Ain. Aujourd’hui, avec des perspectives mitigées, des carnets de commandes en berne, un manque de visibilité et des incertitudes politiques et économiques nationales et mondiales, nos entreprises évoluent dans un contexte flou et instable qui n’incite pas à la prise de risque et à l’investissement. »

Travaillant actuellement sur les prévisions à paraître le 12 mars prochain, Laurent Clerc, directeur général adjoint des statistiques, études économiques et relations internationales pour la Banque de France, fait remarquer « un léger rebond des indicateurs de productions industrielles en janvier, en France comme dans la plupart des pays de la zone Euro ».

La réalité du terrain

Arrêtées la veille du vote de la censure du gouvernement, les dernières prévisions publiées en décembre dernier laissaient entrevoir une reprise relativement modérée de l’activité. Laquelle passerait de 1,1 % en 2024 à 0,9 %, puis à 1,3 % en 2026 et 2027, « avec une inflation qui reviendrait sous la barre des 2 % pour la France, a détaillé Laurent Clerc. Dans les prévisions telles qu’elles étaient inscrites, nous pouvions noter une reprise progressive de la croissance en 2025 avant de gagner en vigueur en 2026 ».

Et de poursuivre : « Notre dernière enquête de conjoncture nous permet de dire que nous avons eu un mois de janvier relativement favorable, et même meilleur que ce que les chefs d’entreprise avaient envisagé. » Dans un environnement fortement marqué par l’incertitude, « on note un pic depuis l’élection de Donald Trump, sur les politiques tarifaires avec, notamment, une hausse des droits de douane qui devraient rentrer en vigueur le 12 mars prochain, sur l’acier et l’aluminium. Quant à son impact, nous n’en savons pas plus puisque nous ne connaissons ni la hausse effective des tarifs, ni la couverture géographique et sectorielle », a détaillé celui-ci.

À noter que les États-Unis, 13e pays client de l’Ain, ne représentent que 1,8 % des exportations du département. Les mesures protectionnistes annoncées par le Président américain se ressentiraient « indirectement sur les chaînes d’approvisionnement, en fonction des réponses des autres États et des modifications de stratégies des entreprises pour y faire face », a indiqué Patrice Fontenat.

Quelques tendances

Stratégiquement positionnée entre Lyon et Genève, au cœur des réseaux de communication européens, l’Ain bénéficie d’une économie diversifiée, attractive et dynamique incluant ses filières industrielles d’excellence, ses filières émergentes, ses filières socles et ses domaines d’expertise.

« L’exercice d’équilibriste du dirigeant est difficile et contraint en période d’incertitude », a expliqué Patrice Fontenat. L’occasion pour Thierry Métayer, directeur départemental de la Banque de France de l’Ain, de donner lecture de graphiques et de tableaux issus d’enquêtes menées auprès de chefs d’entreprise, permettant de décrire la situation conjoncturelle départementale.

Ainsi, on constate un ralentissement de l’économie régionale accentué au second semestre 2024. En ce qui concerne l’industrie, par exemple, « on peut noter une baisse de 1,7 % du chiffre d’affaires sur l’année écoulée alors qu’il est en hausse de 1,7 % dans le secteur marchand », a relevé ce dernier. Quant à Chantal Rovri, responsable de l’Observatoire économique de la CCI de l’Ain, elle souhaitait tout d’abord évoquer l’état d’esprit des dirigeants d’entreprise Aindinois, à savoir que l’indicateur d’optimisme était au plus bas, fin 2024. Un résultat issu de « la grande consultation des entreprises » menée par CCI France.

Il en est de même au niveau de la confiance, « ce qui nous permet de voir que les entreprises traversent une situation difficile », dans un département bénéficiant, malgré tout, d’un environnement extrêmement favorable avec la présence de deux métropoles de part et d’autre. C’est également un territoire qui gagne en population, consommant ainsi des services et des biens du commerce. Il apparaît encore qu’un salarié sur quatre travaille dans l’industrie, contre un sur cinq tant au niveau régional que national. « Cela nous positionne comme le 6e département industriel en France. »

Atouts touristiques

Entre plaines et montagnes, l’Ain est un condensé d’offres touristiques : culturelles, religieuses, gastronomiques, géologiques, scientifiques, sportives, écologiques, de stations été-hiver. À noter qu’en 2024, le Parc des oiseaux, à Villars-les-Dombes, a accueilli près de 280 000 visiteurs avec un pic à 6 445 sur la seule journée du jeudi de l’Ascension. Il a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 7,4 M€, en croissance de 11,2 %.

51 % : Ces douze derniers mois, 51 % des entreprises de l’Ain ont recruté. Aujourd’hui, 23 % sont en cours de recrutement.

Tendances dans le bâtiment et les travaux publics

En Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), malgré le redressement observé en janvier, le secteur du bâtiment se situe toujours à un niveau bas, tant dans le gros œuvre que le second œuvre. Concernant la première activité, les effectifs ont été ajustés, notamment à travers un moindre recours à l’intérim, alors qu’ils se maintiennent dans le second œuvre. Les prix des devis ont continué de baisser et les carnets de commandes se sont à nouveau contractés. Les prévisions des professionnels sont réservées en tablant sur un repli des volumes d’affaires en février.

Du côté des travaux publics, les carnets de commandes se sont étoffés et les entreprises anticipent une nouvelle hausse d’activité au premier trimestre 2025. « Cela fait deux, trois ans que je tire la sonnette d’alarme en disant que cela va mal, rappelle Fabrice Corbioli, vice-président de Pôle Habitat FFB Aura. Et si cela repart un petit peu depuis six mois, il ne faut pas s’enflammer. Les chiffres au plus bas, ils ne pouvaient que remonter. »

13 933 : C’est le nombre d’emplois salariés au 3e trimestre 2024 dans le secteur du BTP.


Carole Muet

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