Verdir le transport de marchandises et la logistique était le sujet récent d’une table-ronde. Un thème abordé sans tabou.
Oui, le transport de marchandises émet du gaz carbonique et des polluants atmosphériques. Tout le monde en est convaincu, à commencer par les transporteurs eux-mêmes. Mais chacun d’entre nous est satisfait de trouver les produits dont il a besoin au bon endroit et au bon moment… Alors quoi ? Existe-t-il des solutions pour verdir cette activité ? C’est à cette question que la table-ronde, organisée le 20 mars au sein des Transports Prabel, à Saint-Pierre-en-Faucigny, a apporté quelques éléments de réponses.
Deux leviers complémentaires se dégagent pour y parvenir : le verdissement de la flotte et la réorganisation du fret. Sachant qu’un camion à 0 émission de gaz à effet de serre (GES) coûte jusqu’à 6 fois plus cher qu’un autre, le surcoût global est estimé, pour les entreprises de transport françaises, à 52,6 milliards d’euros d’ici à 2040. Un surcoût qui ne pourra pas être supporté par les seuls transporteurs dont la capacité d’investissement est limitée. Il devra être partagé par les chargeurs, l’Etat et les consommateurs.
« Il faut que le client soit d’accord pour payer plus ou travailler différemment avec nous », résume Frédéric Megevand, gérant de Megevand frères, à Sillingy. La PME de transport (33 personnes, 5 M€ de CA) travaille par exemple avec Maped (Argonay) pour qui elle gère tous les flux inter-sites. Une remorque est désormais laissée à quai sur chacun d’entre eux pour éviter les attentes des camions. 100% de ces navettes ont été effectuées grâce au biocarburant en 2024. Pour Pfeiffer-Vacuum (Annecy), c’est un poids lourd électrique qui a été choisi depuis avril 2024 pour ces navettes.
« Nous avons pu acheter ce véhicule grâce à un partenariat avec Pfeiffer », indique le transporteur. Chez Fournier (Thônes), les navettes et les transports de moyenne à longue distance s’effectuent au gaz (GNC, gaz naturel comprimé ou bioGNC). « Fournier a même accepté que les camions, au lieu de rouler à vide une fois leur livraison effectuée, reviennent en Haute-Savoie avec de la marchandise pour Auchan Epagny. »
Pionnière en matière de décarbonation des transports, l’entreprise familiale utilise six énergies différentes qu’elle adapte en fonction des distances à parcourir et des activités. Si le diesel est toujours utilisé pour les trajets lointains, il ne représente plus que 30 % des transports. « Nous roulons l’équivalent de 4 mois par an sans pétrole », affirme le dirigeant.

L’autre clé de la décarbonation est donc la mixité des énergies pour faire baisser la part du gasoil. Entre le GNC, le GNV (gaz naturel pour véhicule) et leurs versions bio ; le HVO (huile végétale hydrotraitée) ; et l’électrique, le choix commence à s’étoffer. Les Transports Prabel utilisent le HVO depuis 2024 pour le compte de Somfy ou des Eaux d’Evian. En 2025, Sébastien Prabel, dirigeant, table sur la consommation de 200 000 litres de HVO, soit 20 % de la consommation globale de ses 33 véhicules.
« 10 % sont effectués au gaz naturel et au biogaz et 70 % au diesel, pour les longues distances », détaille-t-il. Les véhicules au gaz sont affectés au trafic local et régional. « Le HVO coûte 25 centimes au litre de plus que le diesel. Il faut que le client suive… » L’année dernière, Promedif (Perrignier), a réalisé 22 % de ses transports en HVO avec Prabel.
Son directeur Arthur Raunicher souligne cependant qu’il est parfois difficile de faire accepter le surcoût aux clients ainsi que les délais d’attente plus longs découlant de l’optimisation des flux. « Avec Amazon, les gens pensent qu’on peut tout avoir tout de suite et gratuitement. Il faut revaloriser le transport. Nos devis incluent la proposition de transport décarboné. » C’est là la troisième clé de la décarbonation : la coopération entre chargeurs et transporteurs pour mutualiser et coconstruire. « La transition coûte cher, conclut Frédéric Megevand, pour la financer, il faut faire moins, mais mieux. » Il faut aussi que les deux parties s’engagent dans la même voie.
Inauguration
Les Transports Prabel (49 salariés, 8 M€ de CA) profitaient de cette journée pour inaugurer la rénovation et l’extension de 900 m2 de leur bâtiment. Un investissement de 1,2 M€ qui permet de proposer un service de stockage de proximité d’une capacité de 800 palettes.










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