Déneigement : une procession d’engins grignote peu à peu le manteau neigeux qui recouvre la route reliant la Tarentaise à la vallée d’Aoste, en Italie.
L’herbe est de retour sur les pistes de ski, au bas de La Rosière. Mais en rejoignant la route du col du Petit-Saint-Bernard, l’ambiance reste hivernale, avec une hauteur de neige de 2,5 m au niveau du pont de la Marquise. Malgré la configuration du site, propice à la conservation du manteau neigeux, et malgré les fortes chutes enregistrées le 17 avril dernier, les volumes sont deux fois moins importants que l’année dernière, particulièrement enneigée.
Les opérations de déneigement sont conduites chaque année entre les deuxièmes quinzaines de mai et de juin. Ce calendrier est ajusté en fonction des conditions nivologiques et météorologiques. « Un mois avant, des repérages sont organisés sur le terrain avec un nivologue afin de procéder à différents tests et mesures portant notamment sur la stabilité du manteau neigeux. En parallèle, nous procédons à une révision complète du matériel nécessaire », rappelle Christina Le Boulh, adjointe au responsable de la maison technique départementale de Tarentaise. Une fois le feu vert donné et, si nécessaire, le déclenchement préventif d’avalanches effectué, les opérations de terrain commencent.
15 : c’est, en millions d’euros, la dépense moyenne du conseil départemental de la Savoie pour assurer la viabilité hivernale de son réseau routier. Elle varie de plus ou moins 40 % selon l’intensité de l’hiver. Matériel et carburant représentent, à eux seuls, 50 % de la dépense. En Haute-Savoie, la viabilité hivernale a coûté 3,6 M€ pour l’hiver 2023-2024.
Ouvrir la voie
Le binôme de sondeurs qui ouvre la voie est muni d’une perche avec laquelle il perce la neige. « Une méthode complètement artisanale et naturelle pour retrouver la limite entre le bitume de la route et les bas-côtés, en amont et en aval », explique Tancrède Carville, agent technique chargé de l’entretien et de l’exploitation des routes. Tous les trente pas, une branche est plantée pour signaler le parcours.
Positionnée une centaine de mètres en aval, la fraise de tête, qui a été délestée de ses pneus au profit de chenillettes plus stables, entre alors en action. Elle vient croquer la première épaisseur de neige avalée par le tonneau, qui la recrache dans la pente voisine. Sa lente avancée est guidée par un système GPS qui a mémorisé le tracé de la route, mais le dévers rend l’exercice délicat. Les deux fraises-balais qui avancent derrière retirent les derniers centimètres de neige. La balayeuse ferme la marche, afin d’ôter les pierres et blocs de glace qui jonchent la chaussée.
Le ballet des engins – qui progressent à une moyenne de 500 m par jour – devrait se terminer le 28 mai à 11 h. Les équipes française et italienne se retrouveront au sommet du col, à 2 200 m d’altitude, pour retirer ensemble le dernier bouchon de neige. Un geste symbolique pour des retrouvailles qui seront, cette année, de courte durée : la circulation sera coupée dès la fin septembre pour permettre la remise en état de la route.
Une cinquantaine d’agents mobilisés
La Savoie compte huit grands cols dont l’altitude varie entre 1 924 m (le Glandon) et 2 770 m (l’Iseran). Ces voies de passage historiques et stratégiques entre deux territoires (vallées, départements, régions, pays) connaissent une forte fréquentation estivale (vélos, motos, voitures). Suite à une expérimentation réussie conduite en 2024, l’utilisation de biodiesel HVO, constitué d’ingrédients 100 % renouvelables, est généralisée cette année pour leur déneigement, qui mobilise une cinquantaine d’agents du Département.
Le Cormet de Roselend (1 968 m d’altitude) et le col du Mont-Cenis (2 081 m) ont rouvert les premiers, le 16 mai après-midi. Le col de l’Iseran fermera la marche, le 13 juin. Pour sa part, la Haute‑Savoie compte neuf cols qui sont fermés à la circulation l’hiver, mais leur altitude, qui varie entre 1 335 m (col des Pitons) et 1 778 m (col de Bassachaux, le terminus de la vallée d’Abondance, à 12 km de Châtel), est bien moindre qu’en Savoie.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Sophie Boutrelle









0 commentaires
Trackbacks/Pingbacks