Le dernier « Demo day » de l’incubateur de Savoie Technolac a mis neuf projets innovants en lumière.
La variété était au rendez-vous jeudi dernier à l’occasion du « Demo day » de l’incubateur de Savoie Technolac dont l’objectif est la présentation des projets accompagnés pendant six mois. La troisième promotion du programme La Traversée a une nouvelle fois permis à ces jeunes – et moins jeunes – créateurs de structurer et mettre en œuvre leur startup.
Dix ateliers leur ont en effet été proposés depuis le mois de janvier pour faire l’apprentissage du métier d’entrepreneur. Mais aussi des rendez-vous individuels, des rencontres avec des experts, un suivi de leur projet, etc. Le Demo day signant la fin du parcours et le début d’une nouvelle aventure : la confrontation avec la réalité du terrain.

Tiahi : la fin de la guerre des transats

Copyright : Chambéry Grand Lac économie
La guerre des transats au bord des piscines des hôtels-clubs, cela vous parle ? Comme de nombreux vacanciers, Philippe Bette, 58 ans, en a fait l’expérience il y a quelques années. Une ruée vers les chaises longues incarnée, dès 6 heures du matin, par le dépôt de serviettes de plage en guise de réservation pour la journée, quitte à ne réellement occuper le fauteuil qu’une demi-heure…
« Et en moyenne, précise ce dessinateur industriel, les hôtels ne disposent que d’un transat pour 4 personnes. » Sa société, Tiahi (« protéger » en tahitien), devrait permettre de retrouver un peu de sérénité au bord de l’eau.
Créée en mars dernier au Bourget-du-Lac, Tiahi propose en effet une solution technologique composée d’un boîtier RFID et de bracelets individuels pour réserver sa place sans débordement. « J’ai mis au point ce boîtier qui se fixe sur les transats sans les abîmer, explique-t-il. Les clients peuvent retenir leur place par simple scan de leur bracelet qui lui, est personnel. » Au bout d’un certain temps, le transat se remet automatiquement en mode « libre », permettant ainsi à quelqu’un d’autre d’y accéder.
Pour cette innovation, Philippe Bette a déjà bénéficié de plusieurs aides, dont celle du programme régional Startup and go, du programme des petites initiatives et de celui de La Traverse. Il va désormais commencer la commercialisation de son produit, en France dans un premier temps, avant de lancer la production qui sera réalisée dans une entreprise aindinoise. 30 000 euros ont déjà été investis dans ce projet par lui-même et ses deux associés (son épouse et un autre membre de sa famille).
AZIMUT Control : la tomographie au service de l’industrie
En septembre 2024, deux ex-collègues d’une entreprise annécienne de fabrication de scanners à rayons X, créent Azimut control. Un laboratoire un peu particulier dont Ludovic Duvert-Gauge et Frédéric Guillet ont eu l’idée en faisant le constat suivant : il n’y a pas, ou peu, de réponses à la demande de contrôle de lots de pièces par tomographie en France et à l’étranger.

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La tomographie est une technique de contrôle non-destructive qui permet de voir à l’intérieur des objets, en trois dimensions et à haute résolution, sans les détruire. « On voit à travers les matières, détaille Ludovic Duvert-Gauge, et on peut ainsi détecter des bulles d’air par exemple, le décollement d’une partie de la pièce, une fissure ou tout autre défaut. On peut également mesurer des éléments très complexes. »
Après avoir acquis une machine, les deux associés l’ont installée dans leurs locaux chambériens et ont commencé leurs premières prestations de vérification de lots de pièces en décembre 2024. Leurs clients officient dans des secteurs très variés, tels que l’horlogerie de luxe, le matériel de sport outdoor, le médical, l’automobile, le décolletage, la plasturgie, etc.
Si la machine a du mal à traverser le métal (pour une question de densité), et est également limitée en taille, elle s’avère en revanche très efficace pour percer le secret des objets en plastique, en composite ou en aluminium.
Les deux jeunes créateurs espèrent convaincre à la fois les services recherche et développement qu’ils pourraient aider à accélérer leurs développements et les services qualité et production désireux d’assurer la conformité des produits, de débloquer un stock ou de trier des lots défectueux.
Depuis le mois de janvier, Azimut control a réalisé un chiffre d’affaires de 50 000 euros. 120 000 euros sont envisagés pour la première année.
Nicolas Dedisse : une serrure plutôt qu’une porte blindée

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« Mécanicien et inventeur » : c’est ainsi que se présente Nicolas Dedisse, omettant de dire qu’il est également ingénieur mécanicien. Alors que d’autres ne penseraient qu’à la retraite à l’âge de 62 ans, cet homme à l’expérience professionnelle variée a mis au point une serrure universelle amovible qui pourrait bien révolutionner le monde de la sécurité temporaire (protection des sites et des biens vacants) en France.
« Les offices de gestion des habitations à loyer modéré ont régulièrement besoin de sécuriser temporairement des appartements vides, explique-t-il. C’est le cas lorsqu’ils doivent les réhabiliter par exemple. Pour éviter qu’ils ne soient alors squattés, la solution qui est mise en œuvre depuis trente ans est la pose d’une porte blindée provisoire. »
Des sociétés de sécurité temporaire dépêchent pour cela deux personnes en moyenne pour installer ce lourd équipement. « Et quand l’appartement est à nouveau louable, il faut les faire revenir pour enlever la porte blindée et remettre la normale. » 70 000 portes blindées sont ainsi installées en France tous les ans, nécessitant deux fois l’intervention d’une équipe de deux.
Nicolas Dedisse, qui connaît bien le marché de la sécurité temporaire pour y avoir travaillé par le passé, a donc eu l’idée de créer une serrure universelle, adaptable à tout type de porte, facile à mettre et à enlever, qui remplacerait avantageusement la porte blindée. Une seule personne suffit pour sa pose et son enlèvement.
Le concept désormais validé, il est en train de terminer le premier prototype qu’il montrera à ses prospects durant l’été. « Une première présérie d’une dizaine d’unités sera ensuite lancée pour être testée à plus grande échelle avec un client », détaille-t-il.
Pour l’heure, Nicolas Dedisse n’a pas encore créé sa société. Il attend les premières commandes pour le faire. Il vise très clairement le marché des sociétés de sécurité temporaire qui travaillent avec les organismes HLM.
R3D Studio : InterArch, un configurateur pour l’immobilier

En 2022, Thomas Mathieux et sa compagne se lancent dans la construction de leur maison. C’est à cette occasion que le jeune homme de 30 ans se rend compte des difficultés que peuvent rencontrer certaines personnes pour se projeter dans leur projet et imaginer le rendu définitif. Il n’en faut pas plus pour lui donner l’idée de mettre au point un outil d’aide : ce sont les prémisses d’InterArch.
Passionné par le dessin assisté par ordinateur, par l’informatique, mais aussi par le design et l’architecture, cet ex-conducteur de travaux crée tout d’abord sa société à Cusy, R3D studio. Elle est spécialisée dans la visualisation haut de gamme pour l’immobilier. « Je réalise des images commerciales, des perspectives, pour les promoteurs, les constructeurs, les architectes et les designers », explique-t-il.
En parallèle, il élabore InterArch, un outil encore plus sophistiqué qu’il s’apprête à commercialiser auprès des promoteurs et des constructeurs. Ce configurateur interactif et immersif, labellisé par la French Tech, permet aux futurs acquéreurs de « visiter » virtuellement un bien qui n’est pas encore sorti de terre, de s’y balader librement et d’y intégrer leurs équipements préférés. De quoi faciliter leur projection dans le logement. « Pour les promoteurs et constructeurs, InterArch permet de se différencier et d’optimiser les rendez-vous commerciaux. C’est par ailleurs un précieux outil d’aide à la décision pour les acquéreurs. »
Pour ses premiers prospects, Thomas Mathieux vise les promoteurs et constructeurs opérant en station et au niveau national. Il table sur un volume d’une dizaine de projets la première année et du double en 2027. Il poursuit par ailleurs son activité d’images en 3D.
Institut ELFF : repenser l’enseignement du français

Pour Karine Paccard, 52 ans, formatrice et enseignante dans le premier degré, l’enseignement du français tel qu’il est pratiqué aujourd’hui n’est pas satisfaisant car les différents domaines abordés (grammaire, orthographe, etc.) sont trop cloisonnés et les textes servant de support ne sont pas assez « ancrés dans la vie quotidienne ».
L’ex-conseillère pédagogique et ex-formatrice à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de Grenoble, travaille donc à la création de son institut pour promouvoir une autre façon de faire, basée, entre autres, sur la littératie et les derniers résultats de la recherche.
« La littératie est l’enseignement du français ancré dans la vie quotidienne, explique-t-elle. On l’aborde aussi bien par la littérature que des mails, des articles, des recettes, des textes documentaires, etc. »
L’institut ELFF (pour l’enseignement de la littératie et du français en francophonie), qu’elle envisage de créer d’ici une bonne année, ciblera les centres de formation existants (pour sensibiliser les éducateurs), ainsi que les parents. Une association, dont le but sera de promouvoir la littératie, sera montée avant l’institut.
Pour l’heure, Karine Paccard veut finir la thèse qu’elle mène au sein du laboratoire Grafe de Genève, axé sur la didactique du français. Un doctorat qui veut justement prouver qu’il est possible d’articuler tous les domaines du français et qui s’appuie pour cela sur la recherche.
20 ans d’existence
Le 16 septembre, l’incubateur de Savoie Technolac célèbrera ses 20 ans d’existence, soit 20 ans d’accompagnement à l’entrepreneuriat innovant dans les filières du numérique, de l’énergie, de la mobilité, du tourisme, de la montagne et de l’économie circulaire. Depuis 2005, le dispositif a soutenu plus de 650 entreprises. Le programme La Traversée est l’un des outils mis à leur disposition.








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