Sur les hauteurs de Verthier, renaît un vignoble abandonné. Bien plus qu’une propriété viticole, le Domaine de Vascoz est un écosystème mêlant culture, agroforesterie et tourisme au service du territoire.
À flanc de coteau, les vignes de Vascoz s’étendent à perte de vue, dominant le lac d’Annecy. C’est en arpentant leur nouveau domaine, entre Glière et Verthier, que Vincent de Crayencour et Antoine Levavasseur, copropriétaires et associés, remarquent des murgers (murs de pierres sèches) qui, autrefois, séparaient les parcelles viticoles. Ils se renseignent et découvrent que le domaine, toujours classé en zone agricole, était recouvert de vignes depuis le XIIe siècle jusqu’en 1960 – de jeunes pousses de vigne sauvage ont d’ailleurs prospéré sous les arbres.
Cela conforte ces deux passionnés d’œnologie dans leur projet de créer un vignoble sur ces terres.

« Nous avons commencé par débroussailler trois hectares sur les 22 que nous possédons en partie en forêt, dont 12 hectares exploitables à ce jour », explique Vincent de Crayencour, gérant de la SCEA Les Vignes de Vascoz, fondée début 2024 après le rachat de pas moins de 176 parcelles.
Un vaste projet agroforestier
Très vite, l’idée d’un projet d’agroforesterie fait son chemin, « ce qui implique la plantation d’arbres fruitiers dans les vignes, au milieu de la forêt », poursuit le gérant. Dans cette perspective, 6 000 pieds de vigne et 500 arbres (six espèces : pommiers, poiriers, pruniers, pêchers de vigne, cerisiers et figuiers) ont été plantés l’hiver dernier. Avec l’objectif d’atteindre 50 000 pieds et 1 500 arbres d’ici trois ans, sur plusieurs sites (20 ha au total).
« Amateurs de vins de Savoie, nous avons opté pour dix cépages (dont altesse, verdesse, en blanc, et persan, en rouge). Et nous intégrerons l’IGP Allobroges dans les prochains mois pour, ensuite, créer avec d’autres vignerons alentours une nouvelle sous-appellation “Rives du lac d’Annecy” », détaillent les propriétaires.
Leur objectif : produire des vins à forte identité transalpine, en y adjoignant des cépages issus de la vallée du Rhône, du Valais (Suisse) et du val d’Aoste (Italie). Deux gammes verront le jour : l’une haut de gamme, signature, et l’autre, Vins du domaine, qui résultera d’assemblages de ces différentes régions. Leur commercialisation – 80 % de blancs (dont 10 % de pétillants), 15 % de rouges et 5 % de rosés – est prévue en 2027. La vente des fruits du verger, elle, débutera dans deux ans, et celle du miel dès septembre.
Lieu de savoir et de culture
Au-delà des vignes, les associés veulent ouvrir le domaine « pour que tout le monde se l’approprie », se réjouit à l’avance Vincent de Crayencour. À des fins pédagogiques tout d’abord, puisqu’ils ont noué un partenariat avec sept écoles autour du lac afin que les scolaires puissent venir sur site, chaque semaine, pour découvrir l’agroforesterie, l’agroécologie, la plantation des vignes et des fruitiers. Des potagers ont également vu le jour dans certaines écoles pour suivre l’évolution des plants de vigne.

Pour aller encore plus loin dans leur démarche, ils prévoient de fonder une école de la nature (Forest School) réservée aux classes du primaire. Un bâtiment devrait accueillir les premiers élèves à la rentrée 2027. Pour compléter ce volet, l’école Agroforesterie Académie dirigée par Alain Canet (une sommité dans le milieu) dispense des formations sur le domaine, qui a l’ambition d’en devenir une vitrine en France.
En parallèle, Vincent de Crayencour et Antoine Levavasseur ont imaginé une résidence d’artistes pour inciter sculpteurs, photographes, peintres, musiciens… à produire une œuvre en lien avec le site. Elles seront exposées au domaine et, par la suite, dans des galeries. Actuellement, trois travaillent au domaine, mais ce chiffre devrait doubler l’an prochain « car les demandes affluent », confirme le gérant, qui fait ériger spécialement trois maisonnettes mixant lieu de vie et atelier.

Autres projets à venir : le développement du maraîchage sur 2 hectares, l’an prochain, et l’ouverture de quatre fermes-restaurants dans les environs d’Annecy (des visites de sites sont en cours) où seront servis uniquement les produits et les vins du domaine. Soutenu par son associé,Vincent de Crayencour entend construire un nouveau tourisme au service de l’économie locale. « Une véritable obsession », sourit-il.
« Pour mener à bien ce projet, nous avons investi 1,2 million d’euros en fonds propres (terrain, chais et matériel inclus), à ce jour », rappelle Vincent de Crayencour. Un montant qui devrait très vite augmenter car d’autres parcelles sont en cours d’acquisition, du côté de Faverges, pour que le domaine atteigne une taille suffisante, à savoir 50 hectares, et soit plus que rentable.
Si, actuellement, le Domaine de Vascoz compte trois salariés, il collabore régulièrement avec douze experts (en viticulture et production agricole) et l’Esat de Faverges, employant ainsi une dizaine de personnes en situation de handicap. Le domaine se développent, d’autres en insertion ou en reconversion rejoindront bientôt les rangs.
Patricia Rey
Photo Une Les Vignes de Vascoz – crédit Vincent de Crayencour








Un très grand bravo à toi vignes arbres fruitiers c’est toute mon enfance en Lorraine