Stephen Martres : « En devenant société à mission, Halpades formalise son cadre d’action »

par | 25 Mar 2026

Sous l’impulsion de son directeur général, Stephen Martres, la SA d’HLM Halpades a intégré sa raison d’être dans ses statuts, mais s’attache aussi, comme il l’explique, à fidéliser ses équipes. Interview.

Quel est votre parcours ?

Je suis né à Nice, mais j’ai grandi en Haute-Savoie. Nous avions des attaches familiales à Cruseilles et en Maurienne. Je connais donc ce territoire depuis longtemps. Très tôt, j’ai voulu être indépendant. J’ai financé mes études d’architecte en travaillant à côté, tout en menant un parcours assez exigeant en judo à haut niveau. Avec le recul, cela m’a structuré : j’ai appris à tenir dans la durée, à encaisser, et à rester engagé, même quand c’est compliqué.

Pourquoi avoir choisi de devenir architecte ?

C’est un métier où l’on rencontre un panel assez large de professionnels, de l’ouvrier qualifié, aux élus en passant par des entrepreneurs. Cette diversité est intéressante. Au-delà du dessin qui représente 20 à 30 % du travail, la dimension sociale de la profession qui anime des projets faits par des hommes pour des hommes est également très riche.

Comment a débuté votre carrière ?

En 2001, j’ai monté mon premier cabinet d’architecte à Villeurbanne, puis ma première agence, plus importante. J’en ai créé deux autres, à Lyon 7e et Saint-Étienne. La crise de 2008 a été un moment assez dur qui m’a confronté à des choix exigeants, mais c’est aussi là qu’on apprend vraiment à piloter une structure. En 2013, je suis revenu en Haute-Savoie pour recréer un cabinet, ASL Architecture. Nous dessinions les programmes qui étaient construits par ISL (Allonzier-la-Caille) dont j’étais directeur de projet et de travaux.

Qu’est-ce qui vous a conduit, en 2020, à rejoindre Halpades ?

Un contexte professionnel et personnel. Pendant les vacances, en bord de plage, une de mes filles m’a dit qu’elle ne me voyait pas suffisamment. J’ai pris ma tablette et vu une annonce d’Halpades qui recherchait son directeur du patrimoine. C’était une création de poste tout à fait classique. Pour la petite histoire, j’avais l’habitude de travailler avec les autres bailleurs du département, comme la SA Mont-Blanc et Haute-Savoie Habitat, mais pas avec Halpades. Et, en creusant, je me suis dit que c’était le bon endroit pour mettre mon expérience au service d’un projet utile, avec un impact direct sur les gens. La période du covid a grandement facilité la transition, qui a été assez naturelle et n’a pas eu de conséquence sociale du côté d’ASL.

En tant qu’architecte, avez-vous un regard particulier sur le patrimoine d’Halpades ?

Bien sûr. Au-delà des aspects techniques et esthétiques, l’architecte a cette capacité à se projeter dans l’usage, à comprendre la manière dont un lieu est vécu. J’essaie d’appliquer ce regard dans mon quotidien, en particulier, à la qualité d’usage, aux espaces, aux ambiances, mais aussi à l’intégration du bâti dans son environnement. L’époque où les bâtiments de logements sociaux se distinguaient des autres est révolue ; l’approche esthétique extérieure est semblable à celle du logement privé, c’est un point essentiel pour favoriser l’appropriation et la qualité de vie des habitants.

Depuis votre nomination à la direction générale, quels ont été les faits marquants ?

Mon prédécesseur, Alain Benoiston, avait engagé un plan 2021-2025 visant à retrouver une vie de village favorisant les échanges et la réalisation de projets en commun. J’ai souhaité prolonger cette trajectoire en renforçant notre cadre d’action. C’est dans ce contexte que nous avons engagé la transformation en société à mission. Les gens m’ont regardé avec de gros yeux en me disant : « en tant que bailleur social, nous sommes déjà une société à mission » d. C’est vrai, fondamentalement, nous nous consacrons à du social. Mais je voulais un cadre qui nous engage davantage, avec des objectifs formalisés et des indicateurs opérationnels.

Comment avez-vous procédé ?

Je tenais à ce que la démarche ne soit pas descendante mais vraiment portée par l’ensemble des salariés. Par choix, elle a été conduite sans l’implication opérationnelle de la gouvernance, mais avec l’accompagnement d’un prestataire spécialisé. Sur la base du volontariat, les collaborateurs ont nourri les réflexions via des rendez-vous, réunions, “cafés à mission”, points d’étape, etc. Notre raison d’être, « Promouvoir un habitat durable, abordable, favorisant la qualité de vie au cœur de nos territoires », est désormais inscrite dans nos statuts. Elle formalise quelque chose qui existait déjà, mais qui méritait d’être clarifié et assumé collectivement. Le statut de société à mission a l’avantage d’encapsuler la raison d’être qui existait déjà au niveau du groupe que nous formons avec Logidia.

De quelle manière cette raison d’être se décline-t-elle au quotidien ?

Elle s’appuie sur quatre objectifs clés : notre vocation sociale (agir pour un cadre de vie de qualité favorisant le vivre ensemble par des logements et services adaptés) ; notre rôle d’acteur territorial (imaginer, avec les acteurs locaux, des réponses aux défis sociétaux de nos territoires) ; un habitat durable (concevoir, bâtir, rénover et gérer dans le respect de la planète et ses équilibres) ; un collectif engagé (construire notre futur en valorisant nos savoir-faire, l’engagement individuel et la force de notre collectif). Chacun de ces objectifs clés se décline au travers de trois ou quatre éléments opérationnels et autant de leviers de performance. Nous avons constitué un comité de mission rassemblant des entrepreneurs, des enseignants-chercheurs, une personne de la finance, un représentant du Centre scientifique et technique du bâtiment et des gens d’Halpades (des salariés, mon responsable RSE et moi-même). Ce comité s’est réuni pour la première fois le 9 mars et le fera trois à quatre fois par an afin d’effectuer un point d’avancement, qui nous permettra de porter un regard indépendant sur notre trajectoire. Il est important de ne pas rester entre soi. Dans deux ans, un organisme tiers extérieur vérifiera le chemin parcouru. Nous voulons avancer pas à pas.

Vous évoquez le groupe Halpades-Logidia. Quels sont les liens tissés avec votre homologue aindinoise ?

Le rapprochement s’est effectué en 2021, dans le cadre de la loi Élan imposant aux bailleurs gérant moins de 12 000 logements de se rapprocher d’un acteur plus important. Avec Logidia, nous avons les mêmes fondamentaux et développons des synergies sur l’informatique, le patrimoine, le développement. Ce type de rapprochement demande du temps, de la confiance et une forme d’équilibre. L’enjeu est de renforcer notre capacité d’action, sans diluer les identités.

Quels sont les autres sujets sur lesquels vous avez mis l’accent ?

Les ressources humaines ont été un sujet prioritaire. Halpades enregistrait un turn­over oscillant entre 19 et 22 %, supérieur à la moyenne nationale. Le travail de fond réalisé pour redonner du sens au travail quotidien (mise en place d’outils, revalorisation salariale, rencontres très fréquentes des équipes au siège et dans les agences…) nous a permis de ramener ce taux à 11,2 %. Nous sommes, par ailleurs, devenus mécène de la chaire O2 portée par la Fondation Université Savoie Mont Blanc et le laboratoire Irege. Les échanges développés par l’ensemble de nos managers avec les enseignants­­-chercheurs impliqués dans la chaire portent, entre autres, sur le vivant, l’IA et le courage managérial. Parce qu’au fond, la qualité du service rendu aux habitants dépend directement de l’engagement des collaborateurs.

Concernant votre patrimoine immobilier, quelle est votre stratégie ?

Avec une moyenne d’âge de 28 ans et demi, notre parc est assez jeune. Cet état de fait s’explique parce que nous avons une politique de développement soutenue et quelques vieux bâtiments que nous avons démolis. Le rythme habituel se situe entre 400 et 500 logements par an, mais nous sommes allés au-delà en 2024 (621) et 2025 (880), car les besoins en locatifs sociaux sont extrêmement forts. Mais le contexte économique (moyens qui se réduisent, coûts en hausse et exigences réglementaires de plus en plus fortes…) ne va pas nous permettre de maintenir ce rythme.

Qu’en est-il de la réhabilitation ?

Quand je suis arrivé, en 2021, à la direction technique et du patrimoine, nous avions prévu de réhabiliter 8 000 logements, soit 50 à 60 M€ d’investissements par an. Nous sommes intervenus sur l’enveloppe, les parties communes et les intérieurs pour redonner une seconde vie aux bâtiments. Aujourd’hui, nos logements G et F se comptent sur les doigts de deux mains : ils sont situés dans des copropriétés où nous sommes présents en diffus. Nous commençons à traiter les bâtiments D qui ne sont pas concernés par la loi “Climat et résilience” (interdisant à la location les logements classés G en 2025, F en 2028 et E en 2034). Après une période où les montants investis par logement ont quasiment été multipliés par deux, nous allons revenir sur des enjeux moins fort, en essayant de changer de vecteurs (par exemple en installant des chaudières hybrides).

Allez-vous rencontrer les nouveaux élus ?

Oui. C’est un enjeu important. Il est essentiel de dialoguer avec les élus, de partager les contraintes mais aussi les leviers d’action. Les bailleurs ne sont pas seulement des opérateurs de logements sociaux mais peuvent aussi être des partenaires utiles pour accompagner les collectivités dans le développement de services qui accompagnent le logement, comme les maisons d’assistantes maternelles, les maisons médicales, les conciergeries… C’est cette logique de partenariat que nous souhaitons continuer à développer.

Propos recueillis par Sophie Boutrelle

Halpades

Président : Luc Blanchet
Directeur général : Stephen Martres
Siège social : Annecy
Effectifs : 214
Chiffre d’affaires 2025 : 123 M€
Parc : 19 475 logements gérés, essentiellement en Haute-Savoie, mais aussi en Savoie et dans l’Ain. Plus de 40 000 résidents hébergés.

Stephen Martres : CV Express

1992-1999
Master of architecture (École nationale supérieure d’architecture de Grenoble)

2001-2014
Dirigeant de Stephen Martres Architecte

2013-2021
Architecte DPLG (ASL Architecture) et directeur de projet chez ISL Promotion

2020-2021
Master en management et administration des entreprises (IAE Savoie Mont-Blanc)

2021-2024
Directeur technique et du patrimoine chez Halpades

Depuis juin 2024
Directeur général d’Halpades

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