Nous avons pour réflexe de scroller pour trouver une information plutôt que de tourner les pages d’un journal. Vivre avec son temps, c’est réussir à s’adapter.

J’ai toujours suivi l’actualité. En tout cas, je le pensais jusqu’à mes premiers mois à l’école de journalisme. Là-bas, j’ai appris le vrai sens de « suivre l’actualité ». Chaque jour, notre profession nous oblige à lire, écouter, regarder et analyser les informations qui font notre société, qu’elles soient nationales, internationales, locales, économiques, politiques… D’un point de vue extérieur, l’exercice peut être effrayant : il existe d’innombrables sujets d’actualités traités d’autant de façons différentes par des millions de journalistes singuliers. Mais c’est bien ça qui me plaît. Être acteur de cet écosystème ancestral qu’est le journalisme et qui répond à ma quête de sens : transmettre.
Mes premiers souvenirs liés à la presse écrite remontent à mes vacances chez mes grands-parents. Fervents lecteurs, ils recevaient le journal L’Alsace tous les matins pendant des dizaines d’années. Par cette habitude, ils se sentaient proches de leurs voisins, du maire et des commerçants du coin, mais surtout, ils se sentaient concernés par le monde qui les entourait. À travers ces pages, je comprenais à quel point la dimension locale était importante pour s’ancrer en tant qu’individu.
Malgré la distance, il m’arrive de leur rendre visite de temps en temps et j’ai pu constater, avec tristesse, que cette habitude avait disparu de leur quotidien. L’information leur parvient maintenant par les proches, la télévision ou Internet. Un constat factuel qui traduit une presse quotidienne en pleine mutation depuis 15 ans. D’après la dernière enquête annuelle du ministère de la Culture, en 2010, on imprimait encore 10,2 millions d’exemplaires par jour. En 2025, c’est 4,8 millions.
Deux causes structurelles se conjuguent pour expliquer cette chute, résumées par le sociologue des médias Jean-Marie Charon sous le terme d’« effet ciseaux » : de moins en moins de personnes sont prêtes à payer pour l’information, tandis que l’autre grande source de revenus, la publicité, est désormais complètement captée par les grandes plateformes numériques. Le chiffre est vertigineux : les médias traditionnels représentaient 50 % du marché publicitaire en 2019 et n’en représenteront plus que 20 % en 2030, selon le patron de l’Arcom, Martin Ajdari.
À cela s’ajoutent la montée des usages numériques, la gratuité de l’information en ligne et l’effondrement du lectorat jeune pour le papier. Je fais partie de cette génération qui a pour réflexe de scroller pour trouver une information plutôt que de tourner les pages d’un journal. Vivre avec son temps, c’est réussir à s’adapter. Je pourrais aussi évoquer l’augmentation des suppressions de postes liés à l’IA, qui représente un défi majeur pour les années à venir. À l’aube de ma carrière de journaliste, les craintes n’ont jamais été aussi présentes sur la pérennité du métier.
Vivre avec son temps, c’est réussir à s’adapter. Et je suis intimement convaincu que ma génération a la capacité de faire face à ces changements. En tout cas, mon passage à Éco de l’Ain m’a renforcé dans l’approche profondément humaine que je veux apporter à ma plume. Alors, merci à vous, nos lecteurs et acteurs du territoire, que j’ai rencontrés, côtoyés et interviewés pendant ces 20 mois et à qui j’adresse un dernier au revoir plein d’espoir.
Thibault JEANPIERRE, journaliste en alternance
t.jeanpierre@groupe-ecomedia.com
Photo à la une de Anna Keibalo sur Unsplash








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