Le chantier de la caserne des pompiers est à l’arrêt sur décision du maire. Une situation qui alarme le SDIS et l’Union départementale des sapeurs-pompiers de Haute-Savoie et jette le doute sur la poursuite du projet.
La reconstruction de la caserne des pompiers au centre de Megève a été interrompue. Depuis un mois, pas âme qui vive sur le chantier. En cause : la municipalité a abrogé la dérogation qui permettait au SDIS 74, commanditaire et maître d’ouvrage, d’effectuer les travaux pendant la saison estivale.
« Nous sommes désabusés et surpris par cette décision de la mairie, que nous ne comprenons pas », s’agace le lieutenant-colonel Franck Hamoneau, président de l’UDSP 74, mouvement associatif qui fédère 4 900 pompiers et personnel adhérents.
« Faut-il rappeler que le maire n’a pas la compétence incendie, à l’inverse du SDIS placé sous l’autorité opérationnelle du préfet et du président du conseil d’administration pour la gestion administrative et financière ? »
Un équipement sur 1 100 m2
Cette nouvelle caserne, qui regroupera les centres de secours de Megève, Combloux et Praz-sur-Arly, s’impose pourtant comme une évidence, après la démolition des anciens locaux, jugés vétustes et inadaptés aux besoins opérationnels. D’autant que le projet avait été validé par la précédente équipe municipale.

« Non seulement le permis a été obtenu le 10 février 2026 après réalisation des études préalables, mais l’architecte a été désigné et les marchés attribués aux entreprises », souligne Franck Hamoneau.
Attendu pour 2028, le bâtiment doit s’étendre sur 1 100 m2 et trois niveaux avec neuf logements pour les sapeurs-pompiers. Le terrain d’environ 2 000 m2 a été cédé gracieusement au SDIS 74 pour cinquante ans par le Sivom du Jaillet, à la condition sine qua non d’y construire une caserne. Un projet chiffré à près de 20 M€, financé à 70 % par le SDIS 74 et à 30 % à parts égales par les quatre communes concernées.
Mais la facture pourrait vite grimper avec les pénalités de retard liées à l’arrêt du chantier, « laquelle devra être réglée par le SDIS et les communes, et a fortiori avec l’argent des contribuables », soulève le lieutenant-colonel Hamoneau. Sans parler de la nécessité, à terme, de réaliser cette caserne « quand la France brûle, conséquence du changement climatique ».
Pour Martial Saddier, président du SDIS 74, cette situation dépasse l’entendement. « Un maire qui débarque sur un chantier pour stopper les travaux d’une caserne, c’est une première en France ! On ne peut pas, en tant qu’élu, casser un projet alors qu’on n’en a pas la compétence et proposer comme substitut un terrain où un centre technique municipal a été construit sur une décharge. Lequel a d’ailleurs été fermé par la mairie car il s’effondrait… »
Et de conclure : « Si on devait arrêter définitivement le chantier, cela reviendrait à jeter 3,5 M€ par les fenêtres. N’oublions pas qu’il a fallu quatre ans pour sortir ce projet ».
Des propositions mais aboutiront-elles ?
De son côté, le maire de Megève, Jean-Noël Picot, assume une position, dont il avait fait une promesse de campagne.
« Le chantier a été interrompu par un arrêté pris le 27 juillet jusqu’au 29 août, au motif du bruit généré par les travaux en pleine saison touristique afin de préserver la tranquillité des résidents secondaires », précise-t-il.
Pour l’édile, également architecte, ce terrain situé au cœur de la station doit être réservé au logement des habitants plutôt qu’à une caserne. La municipalité, « soutenue par les maires des communes voisines », propose trois autres terrains, voire un quatrième de 3 000 m2 déjà urbanisé, où se trouve un bâtiment « qu’il suffirait de rénover ». Une solution qui permettrait, selon Jean-Noël Picot, une livraison avant 2028, comme prévu initialement, pour un coût inférieur à celui du projet actuel, qu’il juge déraisonnable. Il déplore aussi le manque de concertation et la pression exercée par le Département.
Le maire a demandé un rendez-vous au préfet et à Martial Saddier, qui devrait se tenir sous huit jours. Il n’exclut pas, si nécessaire, de recourir à une consultation populaire.








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