Le club bressan de basket organisait, mercredi 8 mars, une série de tables rondes réunissant sportifs et chefs d’entreprise autour des questions de leadership.
« Il faut oser rêver, se fixer un cap et avancer pas à pas, lance Bernard Reybier, PDG de Fermob, fabricant de mobilier métallique à Saint-Didier-sur-Chalaronne. Quand j’ai dit à mes collaborateurs, « nous allons envahir la Chine », c’était un moyen d’affirmer une volonté. Dix-huit mois plus tard, j’étais fier de voir que nous y ouvrions notre première boutique. » Celui-ci a donné le ton, mercredi 8 mars, des rencontres du leadership, une série de trois tables rondes, réunissant sportifs et chefs d’entreprise, organisée par la JL Bourg Basket et son club affaires, BB+. Une soirée conviviale où les opinions étaient généralement partagées.
Ecole des meneurs
Si la JL avait décidé d’organiser des tables rondes autour du leadership, c’est qu’elle possède une école des meneurs. Une école de basket — la seule de France — qui vise à ne plus sélectionner les joueurs sur leur taille, mais sur leur capacité à mener des hommes.
Ainsi, pour Arnaud Leroux, directeur commercial de Coca Cola Euro 2016, c’est l’attitude qui permet à une entreprise de devenir leader. Pour Myriam Maestroni, CEO d’Economie d’Energie SAS & The Blu Effect, c’est une dose de volonté et de courage. « Where there is a will, there is a way, disent les anglo-saxons. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. C’est une expression que j’aime beaucoup, affirme-t-elle. Le tout est de savoir tenir compte du contexte et du changement. Nous ne pourrons pas faire demain, ce que nous faisions hier. Plutôt que d’avoir peur, nous devons créer des ponts entre hier et demain. »
Leader/Challenger
Savoir se remettre en question, continuer de se comporter en challenger sont souvent apparus comme des nécessités au cours des débats. « A l’Equipe, nous avons parfois confondu leadership et monopole. Pour maintenir notre position de leader, nous avons dû nous renouveler, raconte Vincent Duluc, journaliste du premier quotidien de France. Aujourd’hui, les jeunes pensent que l’information est gratuite. Nous, nous nous inscrivons dans un modèle payant. Il a donc fallu repenser le produit, avec moins de résultats sportifs et plus d’analyses. ». Et Arnaud Leroux de confirmer : « On démarre avec une vision, on devient leader, puis on s’endort sur ses lauriers. Et c’est là que l’on dérape. Nous connaissions une progression de 10 à 12 % par an, jusqu’en 2012, quand a été imposée une taxe sur les boissons gazeuses. Le réflexe commun à tous les acteurs du marché a alors été d’augmenter les prix, ce qui a entraîné une chute des ventes. Avec le recul, nos distributeurs attendaient de nous que nous nous mettions autour d’une table. Notre silence est passé pour de l’arrogance. »
Il ne suffit pas d’affirmer sa position de leader, encore faut-il l’incarner, estime Xavier Collot, directeur d’Amundi ESR. « Si nous sommes leader, c’est grâce à nos clients. Il ne faudrait pas l’oublier. » Issue de l’industrie gazière, Myriam Maestroni abonde dans le même sens. « Dans le domaine du pétrole et du gaz, on a passé des années à gérer la décroissance, avec la concurrence de nouvelles sources d’énergie. On ne s’est préoccupé de rien d’autre que de sécuriser la chaîne d’approvisionnement. Mais, ce n’est pas ce que nos clients attendent, mais des prix et des conseils sur le choix de la bonne énergie, ou sur leur emprunte environnementale. Ils ont su impulser des changements importants en peu de temps, en adoptant de nouveaux comportements d’achat. »
Fierté/Humilité
Continuer à se comporter en challenger tout en étant leader n’est pas le seul paradoxe auquel les entreprises tête de pont doivent se conformer. Celle-ci ont débattu de la nécessité d’afficher à la fois de la fierté et de l’humilité. « Ce débat est au cœur du paradoxe qui conditionne le leadership, considère Myriam Maestroni. La différence aujourd’hui ne se fait plus sur la connaissance, facile à acquérir via internet, mais sur les savoir-être et sa capacité à mobiliser des ressources. » Et Vincent Duluc de confirmer : « Quand j’ai débuté, on écrivait au stylo, nous pouvions maîtriser le processus de production de l’information. Aujourd’hui, on écrit en direct sur internet et l’information peut tomber en deux minutes. C’est pourquoi il nous faut être humbles. » Aussi, les chefs d’entreprise unanimes estiment nécessaire de partager les victoires. « Les équipes s’imprègnent des succès et les poursuivent », conclut Arnaud Leroux.
« Les Français, meilleurs du monde »
D’accord sur la nécessité pour les leaders de rester humble, Bernard Reybier, PDG de Fermob, affirme cependant que « les chefs d’entreprise français sont les meilleurs du monde ». « Nous sommes meilleurs que les Japonais, les Américains ou les Chinois, en termes de productivité et de créativité, argue-t-il. L’universalité de la culture et de l’histoire française sont uniques au monde. Notre pays fait rêver dans tous les domaines, ce qui nous vaut une bienveillance auprès de nombreuses nations. Il faut le porter haut et fort. »
S’il se permet d’être aussi affirmatif, c’est qu’il est allé en juger par lui-même. Le fabricant de mobilier métallique était en effet interrogé sur la présence de son entreprise à l’international. « Toutes les entreprises peuvent réussir dans tous les endroits du monde. Pour autant, je suis content d’être implanté dans l’Ain, département à la fois discret et bien situé, avec une facilité de connexion au reste du monde », ajoute-t-il.
De quel bois sont faits les leaders ?
Inspiration, bienveillance, capacité à donner confiance… sont quelques-unes des pistes évoquées par les sportifs et les chefs d’entreprise.

Sportifs et chefs d’entreprises ont débattu de ce qui faisait les qualités d’un meneur.
Qu’est ce qui fait un bon leader ? Les participants à la deuxième table ronde organisée dans le cadre des rencontres du leadership par la JL Bourg et BB+ se sont rapidement mis d’accord sur plusieurs points. Pour Jean-Luc Tissot, ancien joueur et entraîneur de l’équipe burgienne de basket, ses qualités premières sont la bienveillance et la capacité à donner confiance à ses équipes. Un descriptif immédiatement approuvé par Guillaume Gilles, double champion olympique et double champion du monde de handball, et par Stéphane Risacher, joueur international de basket. « Le leader est quelqu’un qui doit inspirer, laisser de la place aux gens pour leur permettre d’exprimer leurs talents de la meilleure manière », note le premier. « Il doit donner des conseils, des clés, tout en laissant les gens trouver leurs propres solutions. » Président de TGL Groupe (Floriot), Thierry Gloriès y ajoute une certaine audace, en le comparant au pilote automobile : « le meilleur est celui qui freine le plus tard et négocie le mieux le virage ». Une prise de risque que seule l’entraînement permet, rappelle Stéphane Risacher.
Mais comment repérer les leaders ? Pour Patrick Begay, directeur de la communication de BPIFrance, celui-ci possède un charisme, un grain de folie, de l’optimisme, mais aussi un cadre, un objectif et des valeurs : la simplicité des actions et la proximité avec les gens. « Les chefs d’entreprise sont des sportifs de haut niveau. Nous les entraînons et nous les équipons, avec des outils pensés avec eux et pour eux. Il leur faut donner du sens, donner envie. Cela nécessite d’avoir un vrai projet entrepreneurial, mais aussi de savoir le transmettre à ses équipes, pour qu’elles s’en emparent. » Et Thierry Gloriès d’abonder : « Il y a neuf ans que j’ai repris Floriot. Sans capacité à partager ma vision, je n’aurais pas pu tripler son chiffre d’affaires. Pour moi, le leader et celui qui porte la stratégie et le changement. » À ne pas confondre avec le manager.
Par Sébastien Jacquart







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