Jean-François Debat : « Les services publics ne se financent pas avec l’air du temps ! »

par | 28 septembre 2017 à 8H00

Le maire de Bourg-en-Bresse, président de la communauté d’agglomération du grand bassin de Bourg et trésorier du parti socialiste a donné sa conférence de presse de rentrée. L’occasion d’aborder les grands sujets nationaux dont les conséquences se déclinent largement au niveau local.

Quel regard portez-vous sur la situation politique nationale ?

Nous avons vécu, il y a quelques mois, une séquence politique particulière avec l’élection d’Emmanuel Macron dans laquelle, à la fois pour des raisons conjoncturelles et structurelles, le parti socialiste s’est trouvé extrêmement affaibli, tout comme la droite. Aujourd’hui, c’est une majorité relativement composite qui est sortie des urnes. Lorsque je vois les orientations de la politique nationale telle qu’elle est menée actuellement, je me dis que ces orientations sont pour l’essentiel libérales. Elles n’apportent que peu de changements dans la manière dont on peut faire de la politique dans notre pays.

Un sondage récent révèle que 53 % des Français considèrent que l’orientation politique du gouvernement est marquée à droite. Je fais partie de ces 53 %. Il existe aujourd’hui une recomposition du paysage politique qui n’est pas achevée, mais qui devra se faire. Les orientations choisies par Emmanuel Macron n’étaient pas obligatoirement aussi marquées dans son projet politique, mais elles le sont dans sa pratique.

Sur ce sujet, je me suis jusque-là finalement assez peu exprimé. Je considère qu’en démocratie, lorsque quelqu’un vient d’être élu – a fortiori avec un score confortable – on attend d’abord de voir ses actions pour juger sur pièces. Or, je trouve que les signaux donnés par le gouvernement et le président de la République ne sont pas bons.

Quelles sont les répercussions sur les collectivités territoriales ?

On demande 13 milliards d’euros d’économies aux collectivités territoriales, dans les trois ans qui viennent. C’est plus que ce qui a déjà été réalisé, toutes collectivités confondues. Ce qui était déjà lourd ! Les collectivités territoriales ont déjà réalisé 11 milliards d’euros d’économies, soit plus de la moitié de l’effort global réclamé, alors qu’elles ne représentent que 20 % de l’ensemble des dépenses. Si l’on poursuit avec ces 13 millions d’euros supplémentaires d’économies, aucune collectivité territoriale ne pourra suivre ses programmes d’investissements tels qu’ils existent aujourd’hui.

Si l’on couple cela avec une baisse de ressources des collectivités, je pense notamment à la chute des dotations et la remise en cause de la taxe d’habitation, cela ne pourra pas rester sans conséquence sur la nature du service public rendu et le rythme des projets d’investissements des collectivités. Le gouvernement a les moyens légaux de diminuer nos recettes… Mais il n’a pas le pouvoir de multiplier les pains ! Il ne peut pas nous retirer des moyens et nous demander de continuer à faire comme avant.

Pour vous donner l’exemple concret de la ville de Bourg, si l’on s’inscrit sur les mêmes bases de répartition que celles que nous avons connues lors des trois dernières années, la ville a déjà perdu 9 millions d’euros, et nous reperdrions encore environ 12 millions d’euros sur les trois budgets qui viennent. Ce serait insupportable ! Et il faut tenir compte des efforts déjà réalisés. Il y a eu pratiquement 50 postes (soit 7 à 8 % des effectifs de la ville) qui ont été réduits par des réorganisations. C’est aussi comme cela que l’on comprend combien les choix politiques actuels sont importants pour nos territoires.

Lorsque l’État veut baisser les impôts, il baisse ceux des collectivités au lieu des siens.

Que vous inspire la politique en matière de logement ?

Les perspectives aujourd’hui envisagées en matière de logement et notamment, sur les APL, sont une politique de gribouille. Pour éviter d’affronter la baisse des allocations des plus modestes, on voudrait accompagner cela d’une baisse des loyers. À qui cela va-t-il profiter ? Pour les locataires, cela devrait être transparent. On baisse leurs allocations de 50 euros, leur loyer également. Soit. Mais cela va coûter aux bailleurs sociaux. J’ai fait le calcul du manque à gagner pour Bourg Habitat : cela pourrait représenter entre 2,5 et 3,5 millions d’euros tous les ans, selon le nombre de locataires. Cette somme de 2,5 M€, c’est autant de fonds retirés, par exemple, des projets de réhabilitation thermique des bâtiments. Ce manque à gagner pourrait impacter la rénovation de logements aux Vennes, ou l’opération de rénovation urbaine du quartier du Pont des chèvres, la rénovation du quartier de l’allée de Challes… Cette politique consiste à faire les poches des organismes HLM pour permettre de satisfaire les objectifs de réductions de dépenses du gouvernement.

En tant qu’édile, où en êtes-vous des grands dossiers concernant Bourg ?

Nous sommes dans le calendrier qui avait été arrêté. La politique de réorganisation du stationnement a été mise en œuvre. Le projet du Carré Amiot se poursuit. Les équipements de quartier que nous souhaitions réaliser ont été livrés (comme le centre de loisirs du Dévorah, le nouveau restaurant scolaire des Dîmes, l’amélioration thermique et la rénovation complète des écoles des Vennes, de Baudin, de Charles Robin). Devant nous, viennent des sujets d’aménagement de centre-ville (la poursuite des travaux du Carré Amiot et la rénovation de l’avenue Alsace-Lorraine) et des sujets de quartier (Pont des chèvres, rénovation du boulevard E. Herriot, des logements de l’allée de Challes…). Sans oublier la rénovation de notre domaine public et de nos voiries.

Et concernant la communauté d’agglomération du grand bassin de Bourg et son opérationnalité ?

Il s’agit d’un projet ambitieux et de long terme. Oui, il induit forcément des perturbations dans la phase de mise en œuvre. Mais, le travail a été engagé par tous malgré la pression, la concurrence pour la présidence. Notre bureau se réunit chaque semaine, les décisions sont prises à un large consensus. Notre seule préoccupation, c‘est de faire avancer notre territoire. Il n’y a pas eu de perturbation dans le service public rendu aux habitants. La communauté est, en outre, un accélérateur de projets qui figuraient dans les programmes des sept intercommunalités précédemment. Aucun projet n’a été interrompu, au contraire.

Jean François ©Serge BuathierLa suppression éventuelle de la taxe d’habitation devrait vous impacter lourdement…

Il s’agit d’une mesure démagogique ! L’État a une habitude : lorsqu’il veut baisser des impôts, il baisse ceux des collectivités au lieu des siens. On l’a bien vu avec Nicolas Sarkozy et la suppression de la taxe professionnelle. Oui, la taxe d’habitation est, pour une majorité de nos concitoyens, un impôt particulièrement lourd. Mais le sujet, c’est que l’État nous fait les poches ! Les conséquences ne pèsent pas sur le budget de l’État. On nous parle de compensations… Pour le moment, on n’a aucun élément, aucune précision. Bercy n’a jamais tenu dans la durée, les engagements pris… Et même si l’on perçoit une compensation, cela ne prend pas en compte l’évolution spontanée de l’impôt. Or, les services publics et les projets ne se financent pas avec l’air du temps !

Comment envisagez-vous l’avenir du parti socialiste ? On voit qu’il veut vendre son siège, rue de Solférino, à Paris…

Entre la politique que nous propose Emmanuel Macron, qui n’a rien de gauche pour moi, qui n’a pas vocation à réduire les inégalités ni à amener une meilleure régulation du marché et un Jean-Luc Mélenchon qui occupe l’espace avec un projet qui s’affirme comme volontariste mais fait de l’Europe la variable d’ajustement… Il y a toute une frange de la gauche qui n’a plus de voix. Quel chemin devons-nous proposer ? Il nous faut un parti socialiste rénové, dont la feuille de route est approuvée en ce 28 septembre par les militants.

Un parti socialiste… Avec vous en chef de file ?

(Rires). Je fais partie de la direction collégiale, je participe à la rénovation du parti au sein d’un collectif. Ce qui est certain, c’est que ce sera forcément un visage nouveau.


Par Myriam Denis

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