Données : l'agriculture (déjà) connectée

par | 2 novembre 2017 à 9H00

À Groissiat, élus et exploitants ont évoqué les enjeux de l’agriculture de demain. Et si la révolution numérique était la clé de la performance ?

Jusqu’à la moitié du XXe siècle, l’agriculture était une des activités principales à Groissiat. « Aujourd’hui, même si nous continuons l’élevage de 150 vaches laitières, la situation n’est pas réellement bucolique », a concédé Jean-Luc Marron, maire de la commune de 1 100 âmes. Faiblesse des revenus et du nombre de paysans, multiplication des normes, hausse des charges, prix de vente en baisse, les vocations agricoles sont en berne. Vendredi 27 octobre, la nouvelle salle polyvalente de Groissiat a accueilli la conférence agricole 2018 organisée par le Département en partenariat avec la chambre d’agriculture de l’Ain et la Confédération générale de l’agriculture. Au programme de la journée de travail, élus et représentants du secteur agricole sont revenus sur la situation fragile du monde agricole en 2017, avant de s’attarder sur les enjeux et mutations en cours et à venir dans le secteur. Premier producteur de porc, 2e producteur de céréales, 5e producteur de lait, 3e producteur de viande bovine, l’Ain se classe parmi les principaux fournisseurs du pays. Dans le département, le business de l’agriculture génère ainsi 15 % des emplois. Un secteur dynamique grâce à une agriculture plurielle (bio, complémentaire, circuits courts et longs), soucieuse de la qualité de ses produits. « L’agriculture doit produire ce qui se consomme dans tous les lieux de restauration », a insisté Gilbert Limandas, président de la chambre d’agriculture de l’Ain.

Le 4.0 en marche

La conférence agricole a justement permis de réfléchir aux moyens de relancer la productivité agricole aussi bien à l’échelle nationale que locale. Pour Michel Joux, président de la Confédération générale de l’agriculture, « l’enjeu des données est au coeur de la performance agricole ». Big data, il semblerait que ce vocable soit familier des exploitants. Et ce, depuis quelques temps. « On place aujourd’hui des capteurs sur les animaux. On utilise la géolocalisation et les données liées à l’environnement et à la météo, sans oublier les sources économiques pour connaître les cours des marchés par exemple », poursuit Michel Joux. Véhicules dotés de GPS, machines pour la récolte équipées de capteurs, tracteurs à l’électronique embarqué, le numérique facilite sans conteste le quotidien des agriculteurs. Même les drones permettent de prendre de la hauteur sur les cultures. Dans les bâtiments d’élevage, il est aussi possible de relever nombre de paramètres tels que la température ou l’hygrométrie, grâce à des capteurs préalablement installés. « Il y a aussi les robots pour traire les vaches. J’en ai un sur mon exploitation depuis quasiment dix ans. Aujourd’hui, il est indispensable de disposer d’une technologie fiable pour remplacer l’oeil de l’éleveur. C’est un enjeu énorme au quotidien pour nous aider dans la gestion de nos exploitations », témoigne Michel Joux. On l’aura compris, l’agriculture est entrée de plain-pied dans l’ère du numérique. En témoigne ces chiffres : dans l’Ain, neuf agriculteurs sur 10 font leur déclaration en ligne et 79 % d’entre eux utilisent internet, bien plus que la moyenne française. En trois ans, les applications sur smartphone dédiées au monde agricole ont doublé, signe que le secteur évolue avec son temps et intègre la révolution numérique dans ses mœurs. Si les capteurs de données sont d’usage, les outils d’aide à la décision s’avèrent utiles dans le traitement des informations. L’intelligence artificielle compare les données pour alerter, prendre en compte, intervenir et tracer. Problème, en matière de connectivité, les milieux ruraux souffrent encore d’un retard d’équipement, à commencer par le très haut débit : seules 18 % des exploitations du territoire sont éligibles à la 4G. Jean Deguerry, président du conseil départemental, s’est voulu rassurant sur le déploiement de la fibre optique : « Nous avons réussi à obtenir les crédits nécessaires. Le Département investira trois millions d’euros pendant dix ans pour la fibre optique, c’est un effort important et un engagement prioritaire ».


Vignoble, agriculture ©Fotolia

Aléas climatiques

Dans l’Ain, l’année 2017 a engendré des dégâts importants pour les exploitants et les habitants : sécheresse dans les étangs de la Dombes, pluviométrie importante en 2016, gel de la vigne et grêle sur la Côtière et la Haute Bresse, canicule cet été. Les difficultés climatiques fragilisent la situation des agriculteurs.


Le Département aux cotés des agriculteurs

Malgré les baisses de dotations de l’Etat Jean Deguerry s’engage à maintenir les financements en 2018. Au-delà du soutien financier aux différentes filières, le Département souhaite travailler en étroite collaboration avec la profession. « Je soutiens l’initiative de la FDSEA (Fédération des syndicats des exploitants agricoles) visant à favoriser l’assurance collective. Il est clair que la résilience des exploitations ayant subi un événement dépend de l’assurance. Son absence met en péril la pérennité et l’économie des exploitations alors qu’elle permet parfois d’amortir des coups durs ». Développement de la plateforme Agrilocal, renouvellement de l’opération « Les saveurs de l’Ain » au Salon de l’agriculture à Paris pour la deuxième année, réflexion autour de la communication des Glorieuses, telle est la feuille de route départementale pour 2018.


Retour sur une semaine de contestation

La question du bien-être animal a cristallisé les passions.

L'entrée du magasin Giraudet de Bourg-en-Bresse

L’entrée du magasin Giraudet de Bourg-en-Bresse

Bras de fer entre Giraudet et L214, manifestation contre le poulailler de Chalamont, le bien-être animal a suscité nombre de réactions ces derniers jours. Mercredi 25 octobre, l’association de protection animale L214 a manifesté devant le magasin Giraudet à Bourg-en-Bresse, pour dissuader le spécialiste régional de la quenelle de faire usage des oeufs en batterie. Du côté de la marque, pas question de céder au harcèlement « d’un mouvement extrémiste végan », pour reprendre les propos du directeur Patrick Battendier. Celui-ci a souligné qu’il n’était pas sourd aux exigences liées au bien-être animal mais que la filière devait bénéficier de temps pour s’organiser. Si L214 espère une pression de la part des consommateurs, Giraudet s’active déjà dans le domaine du bio qui représente 30 % de sa production, choisissant soigneusement ses matières premières. Autre épisode marquant dans le monde agricole la semaine dernière, le débat autour du poulailler industriel prévoyant un élevage de 40 000 volailles sur 1 800 m2 à Chalamont (lieu-dit Les Bourbonnières). Samedi, près de 70 personnes se sont rassemblées devant la mairie pour protester contre les pratiques d’élevage et d’abattage et s’indigner de la maltraitance des animaux pendant leurs 35 jours de vie. « La manifestation s’est bien passée, même si nous avons des subi des pressions de la part des jeunes agriculteurs notamment, pour qu’elle n’ait pas lieu. Mais nous y tenions, alors nous avons pris en charge son organisation avec deux autres citoyennes du territoire. Chacun a pu s’exprimer et faire entendre ses revendications », a expliqué Maurice Jacquet, habitant de Bourg-en-Bresse, et l’un des trois organisateurs de la manifestation le weekend dernier. Ali Benmedjahed, maire de la commune, a tenu à rassurer ses concitoyens : le poulailler de Chalamont qui travaillera pour le groupe agroalimentaire LDC (Le Gaulois, Maître coq, Loué) « ne pose pas de problème ». Reste à savoir ce que décidera la préfecture qui examine actuellement le dossier.


Les chiffres

8150, c’est le nombre d’emplois agricoles dans l’Ain. Le département totalise 4494 exploitations.

5 millions, c’est le montant du budget de l’agriculture dans l’Ain en 2017.

1,2 milliard, c’est la perte estimée de la balance agroalimentaire entre 2015 et 2016.


Par Sarah N’tsia

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