Devant les difficultés de recrutement, les organisations associatives du secteur réclament une revalorisation des métiers.
« Vous ne pourrez bientôt plus choisir de rester à domicile », voilà le cri d’alarme lancé au niveau national par l’Adedom, l’ADMR, la FNAAFP/CSF et l’Una. Les quatre organisations spécialisées dans l’aide à domicile, qui ont déjà l’habitude de travailler de concert et gèrent ensemble la convention collective du secteur, ont lancé une vaste campagne de communication fin janvier pour tenter d’interpeller les Français et les élus sur la situation préoccupante du secteur.
Des salaires trop bas
« Le problème se situe autour de l’attractivité des métiers du secteur. Il est bien connu depuis environ cinq ans, avec les différents rapports de Dominique Libault et Myriam El Khomri. Un autre récemment au conseil économique et social refait le point autour de la question. Tout le monde est d’accord, les salaires sont trop bas, déplore Marc Dupont, président de l’Adapa de l’Ain, mais également président de l’Una Aura et vice-président de l’Una France. Actuellement, il n’y a pas loin de 200 euros de différence entre le salaire d’une aide soignante de notre convention collective et de la fonction hospitalière. Or, depuis plusieurs mois, on tergiverse, ceux qui doivent signer l’avenant qui permettrait de rehausser les salaires hésitent et ça traîne en longueur. Dominique Libault avait trouvé un début de solution avec le financement par la CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale). Ce remboursement devait arriver à échéance en 2024 et quelques milliards d’euros être disponibles dès 2025. Mais nous n’y sommes pas encore et la revalorisation, nécessaire tout de suite, représente un coût de 600 millions d’euros. »
La convention collective prévoit bien un salaire minimum, mais celui-ci est inférieur au Smic. La rémunération moyenne des intervenants à domicile ne s’élève qu’à 970 euros. Une somme qui descend à 890 euros pour la catégorie des aides à domicile. « Cela crée de vraies difficultés de recrutement. Dans l’Ain, nous en avions toujours eu, notamment dans le Pays de Gex, et du côté de la région Lyonnaise. Désormais, on en retrouve partout. Nous sommes obligés de refuser des prises en charge faute de personnel. La profession d’aide-soignante, depuis le Ségur de la santé en 2020, vit une fuite quotidienne », déplore Marc Dupont. Au niveau régional, l’Una Aura le constate, aucun département n’est épargné.
Pourtant, avec le vieillissement de la population, le besoin d’aide à domicile se fait de plus en plus sentir. Actuellement, près de 80 % des Français souhaitent pouvoir vieillir à domicile. Chaque jour en France, près de 1,6 million de personnes, toutes catégories confondues, sont accompagnées.
Un coût de fonctionnement trop élevé
Actuellement, le coût de fonctionnement des associations est pris en charge à environ 65 % par les départements. Mais chaque territoire est loti différemment. Dans l’Ain, le pourcentage des plus de 75 ans est seulement de 8,3 %. À titre de comparaison, ils sont 13,8 % dans l’Allier, 14,1 % dans le Cantal ou encore, 7,9 % en Haute-Savoie. Des besoins qui amènent aussi des financements différents. « Dans l’Ain, les dépenses réelles de fonctionnement sont de 59 %. Dans l’Allier, elles sont déjà à 67,9 % », explique Marc Dupont.
Les organisations le clament, si les financements octroyés par les pouvoirs publics continuent de ne pas couvrir les coûts de fonctionnement, elles ne pourront tenir indéfiniment. D’autant plus que les besoins évoluent. « Il y a cinquante ans, nous ignorions l’existence de nombreuses maladies. Aujourd’hui, celles-ci nécessitent une prise en charge spécifique et augmentent les coûts. Tout comme l’apparition de la domotique qui demande des formations supplémentaires », commente Grégory Mariller, directeur de l’ADMR.
« Nous essayons aussi de mettre en place des véhicules de services pour les employés. Actuellement, l’indemnité kilométrique est seulement de 35 centimes le kilomètre. Avec leur faible salaire et les nombreux trajets, nos aides à domicile peinent à entretenir leur véhicule, souvent vieillissant », ajoute Jean-Pierre Lamétairie Laissu, président de l’ADMR et membre du conseil d’administration de l’union nationale ADMR.

Ascenseur émotionnel avec le crédit d’impôt
Le Conseil d’État a jugé, le 30 novembre 2020, que les prestations de service à la personne réalisées hors domicile étaient inéligibles au crédit d’impôt. Cette décision devait concerner près de 22 activités différentes, dont l’accompagnement de la personne lors des transports, la livraison de courses ou encore, le portage de repas. Un casse-tête et une difficulté supplémentaire pour les personnes ayant besoin de ces services. Toutefois, dans un communiqué de presse du 15 février, le secrétariat d’État chargé des Personnes Handicapées a déclaré que « le crédit d’impôt en faveur des services à la personne continuera à pouvoir concerner les activités hors du domicile ». Un maintien sous réserve que ces services hors domicile soient réalisés dans le cadre d’une offre globale.
Profession féminine
Les quelque 225 000 salariés dans l’aide à domicile sont à 96,5 % des femmes. La part de CDI s’élève quant à elle à 86 %.
1,6 million
C’est le nombre de personnes accompagnées chaque jour en France.
5 000
C’est la quantité de structures associatives regroupées au sein de quatre fédérations.
Une loi grand âge qui se fait attendre
Le personnel accompagnant à domicile, en première ligne pendant la crise, a le sentiment d’avoir été oublié et réclame une loi grand âge.
« On nous a dit que la loi grand âge était une des priorités du quinquennat, puis finalement des derniers mois du mandat. Mais actuellement, aucun projet de loi, ni quoi que ce soit, n’est en circulation, s’agace Marc Dupont, président de l’Adapa de l’Ain, de l’Una Aura et vice-président de l’Una France. On a l’impression de se faire balader. La seule petite évolution concerne l’environnement institutionnel avec la transformation de la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie en cinquième risque de la sécurité sociale, consacré à la dépendance. »
Réclamée à cor et à cri, la loi grand âge est la première des revendications de la campagne de communication lancée par les quatre associations. Ces dernières se sont senties délaissées après le premier confinement. « Si nous n’avions pas eu le maillage de l’aide à domicile lors de cette crise sanitaire, les conséquences auraient été dix fois plus dramatiques », relève Grégory Mariller, directeur de l’ADMR de l’Ain. Mais passé le temps des annonces, rien ne semble avoir été fait. Pourtant, la solution pourrait exister dans l’avenant 43 déjà rédigé.
L’avenant 43
« Le déclencheur de tout ça, c’est le fait que la profession ne soit ni suffisamment reconnue, ni mise en valeur. Un gros travail a été réalisé au niveau national par toutes les fédérations, les commissions paritaires, les syndicats. Celui-ci porte sur la modification des statuts, les conditions de travail des salariés, etc. Et cela s’est concrétisé par l’avenant 43. Il permettrait de revaloriser les salaires de la branche de 16 à 18 %. Mais apporterait également des évolutions très intéressantes et motivantes pour nos salariés », précise Jean-Pierre Lamétairie Laissu, président de l’ADMR et membre du conseil d’administration de l’Union nationale ADMR. Malheureusement, la commission d’agrément a rejeté l’avenant de revalorisation, amenant les négociations à reprendre pour une durée indéterminée.
Par Joséphine Jossermoz








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