La coopérative Bresse Val de Saône a fêté, le 26 juillet, l’anniversaire de la marque qui « a sauvé nos exploitations ».
En organisant les 10 ans de la marque C’est qui le patron ? !, le 26 juillet au Gaec de Verney, à Reyssouze, la coopérative Bresse Val de Saône ne s’attendait pas à un tel succès. Quelque 1 500 à 2 000 personnes sont venues visiter la ferme laitière. Pour preuve, les 700 repas prévus pour midi n’ont pas suffi à contenter tout le monde.
« L’aventure a commencé ici, en 2016. À l’époque, notre lait partait en Italie à 22 centimes le litre, alors que le prix de revient s’établissait entre 30 et 33 centimes. Nous perdions environ 120 euros par personne et par jour. La marque C’est qui le patron ? ! a sauvé nos exploitations. À ce moment-là, notre coopérative comptait 80 familles et 51 points de collecte pour 26 000 tonnes de lait. Aujourd’hui, nous sommes toujours 80, nous produisons toujours le même tonnage, mais nous n’avons plus que 36 points de collecte. Cela signifie que des jeunes ont repris des exploitations ou intégré des Gaec déjà existants », retrace Wilfried Paccaud, son président.
« L’idée, à la création de cette marque, était d’améliorer la valeur ajoutée du litre de lait. D’une rémunération établie à 39 centimes au départ, nous sommes passés à 54 centimes. Mais cette hausse accompagne une évolution du cahier des charges vers 95 % d’alimentation française pour nos 8 500 vaches. Les 5 % restants correspondent à des apports minéraux (magnésium, le calcium, le phosphore…) que l’on ne sait pas produire chez nous. Ce que nous voulions éviter, ce sont les graines importées qui sont triturées à l’hexane pour l’extraction de l’huile et la production de tourteaux. En plus, nous avons la chance d’avoir à Bagé-Dommartin, une usine de trituration de dernière génération qui recourt uniquement à des procédés mécaniques. »
Le principe imaginé en 2016 était de rendre les consommateurs acteurs. Ainsi, quand la guerre en Ukraine a provoqué, en 2022, une flambée des matières premières, des discussions ont eu lieu entre les producteurs, la laiterie et les adhérents de la marque pour réajuster le prix inscrit sur la brique de lait. « Tout le monde peut devenir sociétaire pour un euro symbolique, via le site cestquilepatron.com », signale Wilfried Paccaud. À la clé, des visites d’exploitations ou de fabricants partenaires, des invitations au salon de l’agriculture et, bien sûr, la possibilité de participer aux négociations.
En ce moment, les cours du lait s’établissent autour de 40 centimes le litre, pour un prix de revient de 45 à 50 centimes. En payant 54 centimes, la marque permet le renouvellement des générations dans les exploitations et, à travers une alimentation française, une meilleure qualité, un meilleur bilan carbone et des économies d’énergie. Aujourd’hui, cette approche a été étendue à 21 produits. La marque soutient ainsi plus de 2 500 familles.
Une ferme emblématique
« Quand Martial Darbon (l’ancien président de la coopérative Bresse Val de Saône, NDLR) a rencontré Nicolas Chabanne et qu’ils ont lancé la marque C’est qui le Patron ? !, nous ne savions pas trop où nous allions. Mais cela nous a très vite changé la vie », se souvient Séverine Prével, du Gaec de Verney (80 vêlages par an, 700 000 litres de lait). Une exploitation choisie pour accueillir le 10e anniversaire de la marque, en raison de son caractère représentatif.
« Nous avons pu améliorer le bien-être animal, en installant des ventilateurs, des brumisateurs et des brosses dans nos bâtiments, mais aussi remplacer du matériel agricole. Aujourd’hui, quand nous avons une panne, nous ne nous posons plus la question de réaliser ou non les travaux. » Surtout, Clovis, le fils des exploitants, peut désormais envisager de succéder à ses parents à la tête de l’exploitation, lorsqu’ils partiront à la retraite, dans une dizaine d’années.
Sébastien Jacquart








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