Jean Deguerry : « L’État décide, les collectivités paient »

par | 21 septembre 2022 à 8H26

Entre hausse des coûts de fonctionnement et hausse du coût de l’énergie, Jean Deguerry, président du département, s’agace devant l’ingérence et l’inaction de l’État.

Président du conseil départemental de l’Ain, vice-président de l’Assemblée des départements de France (ADF), aujourd’hui vous êtes en colère contre le gouvernement ?

Nous avons l’impression que l’État veut nous passer sous sa tutelle, tellement les décisions sont prises sans concertation. Pour ma part, je pense que celui qui commande doit payer. Or, force est de constater que l’État décide et que les collectivités se débrouillent à régler la facture. Certains départements sont très tendus financièrement et seront dans le rouge avec la hausse du coût de l’énergie peut-être dès l’année prochaine. Pour notre part, nous allons avoir des notes salées à payer sur l’électricité avec 41 collèges publics, 14 collèges privés et tous nos bâtiments disséminés aux quatre coins du département. Ces hausses d’énergie nous interrogent. Nous n’arriverons pas à tout faire seuls, il faut que l’État intervienne et nous aide. Dans les départements, nous n’avons plus de levier fiscal et le gouvernement décide énormément de choses sans concertation avec les conseils départementaux, mais à la seule charge de ces derniers.

Les revalorisations des salaires de nos agents, certes nécessaires, la hausse du RSA qui incombe directement au Département, les oubliés du Ségur, pour qui nous avons voulu faire quelque chose, nous imposent un surcoût de 19 millions d’euros, l’équivalent d’un collège neuf, chaque année.

Ces chiffres donnent le tournis car pour l’instant, rien n’est compensé. Avec l’ADF, il faut que nous soyons entendus, écoutés et compris. Les départements sont des amortisseurs face à la crise. Notre première compétence est celle du social, c’est très bien. Mais, un amortisseur a ses limites.

Dans l’Ain, heureusement nous avons pu diminuer nos frais de fonctionnement pour tenir car rien n’a jamais compensé les baisses de dotations de l’État. Depuis 2015, nous avons été privés de plus de 50 millions d’euros. Et aujourd’hui, on se retrouve avec une facture de près de 20 millions d’euros supplémentaires chaque année, sans compensation. Au bout d’un moment, je ne sais pas comment nous allons faire et la question est sur les lèvres de chaque président de département.

Il faut se souvenir de tous les efforts que nous avons fournis malgré les baisses de dotation de l’État. Je rappelle que nous avions refusé de signer le pacte de Cahors puisque justement nous avions fait des économies. Malgré tout, nous avons respecté nos engagements. Il faut laisser la responsabilité aux présidents des conseils départementaux de gérer leur territoire et que l’État arrête de nous mettre la tête sous l’eau et de nous faire payer les choses qu’il décide lui-même. C’est une position forte que nous tenons au sein d’ADF avec mes collègues, que nous soyons de droite ou de gauche : Il est hors de question que l’on nous impose un nouveau pacte de Cahors. Nous ne tenons pas à être placés sous tutelle et il faut que l’on nous donne les moyens de gérer nos départements. Le gouvernement doit être clair avec nous et nous dire s’il veut maintenir des élus dans les départements ou s’il veut tout gérer depuis Paris. On voudrait supprimer notre échelon que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Sur la hausse du coût de l’énergie justement, que prévoit le département ?

Les hausses du coût de l’énergie à venir sont conséquentes. Nous avons de nombreux établissements à gérer, aussi nous devons prendre des mesures. Pour l’hiver prochain, nous allons devoir reprendre l’habitude de mettre un pull entre le tee-shirt et la veste, comme nous le faisions avant.

Si nous souhaitons conserver notre marge de manœuvre, continuer à être un département qui investit et qui a des projets, nous serons obligés de faire des économies par ailleurs. Mais la plupart de ces économies relèvent du simple bon sens, comme le fait de baisser le chauffage d’un seul degré pour réaliser une économie de 7 % d’énergie. Une mesure que nous allons appliquer nous-mêmes, en baissant la température à 19 ° dans les établissements départementaux, dont les collèges, et que nous accompagnerons de consignes pour éteindre la lumière en sortant des pièces et autres petits gestes d’évidence. C’est une responsabilité collective.

Il ne faudra pas oublier non plus les entreprises, tout aussi impactées que les particuliers. De nombreux dirigeants m’ont interpellé car ils voient leurs factures d’énergie multipliées par trois ou quatre. L’État doit intervenir également à ce sujet.

Pour finir, vous quittez la présidence de Haut-Bugey Agglomération (HBA) ?

Si j’ai fait ce choix, c’est pour me consacrer davantage au Département. En effet, depuis un an, j’ai repris la présidence du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) mais également la vice-présidence de l’ADF et ces deux fonctions me chargent beaucoup. Je préfère donc me concentrer sur la politique départementale avec ces satellites que sont le Sdis et l’ADF, et laisser la présidence de HBA. Toutefois, je ne quitte pas le conseil communautaire, je souhaite pouvoir apporter toute mon expérience et mon soutien au futur ou à la future présidente qui prendra la relève.


Joséphine Jossermoz

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