Alain Veyret, la passion d’entreprendre

par | 8 Jan 2021

Le créateur d’« ÉCO » s’est éteint au soir du 1er janvier, terrassé subitement à son bureau personnel de Poisy, à l’âge de 74 ans. Les témoignages se multiplient pour saluer la mémoire d’un entrepreneur dans l’âme.

Haut-Savoyard jusqu’au bout des ongles, Alain Veyret était pourtant Lyonnais d’origine et avait effectué une partie de ses études à Paris, où il avait “fait” Mai 68, une aventure qu’il racontait avec plaisir mais sans nostalgie. Adhérent quelques mois du PSU, il quitta vite le mouvement de Michel Rocard pour rejoindre la famille centriste autour de Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud. Presse et politique : tout son destin est résumé ici.

Lorsqu’il décide de s’installer en province pour assouvir ces deux passions, il choisit assez naturellement la Haute-Savoie, où il passa des vacances de rêve à Manigod (compagnon de jeu d’un certain Marc Veyrat, aimait-il à rappeler). Il arrive à Annecy, se rapproche du président local du parti radical, René Dépollier, imprimeur et propriétaire d’un petit hebdomadaire, Le Républicain savoyard. Il commence à y collaborer, d’abord bénévolement, puis en tant qu’actionnaire du titre.

Il devra attendre 1987 pour en prendre le complet contrôle. En attendant, il multiplie les expériences dans la presse, collaborant notamment à Deltascope, une société de production vidéo lançant des télévisions éphémères, TV Lac dans le cadre de la Foire d’Annecy, TV Portes du Soleil dans celui du Festival d’Avoriaz du film fantastique. Parallèlement, il devient assistant parlementaire de Charles Bosson et, dès 1979, est élu conseiller général du canton d’Annecy nord-ouest, autour de son fief de Poisy. En 1987 donc, à la tête du Républicain savoyard, il comprend que le titre doit se choisir une niche pour exister. Ce pourrait être la culture, son autre grande passion ; ce sera l’économie, créneau plus porteur.

Très rapidement, l’originalité de ses analyses imposent le titre. Puis, c’est la montée en puissance. En 1995, il s’étend à la Savoie en acquérant Les Affaires savoyardes de Jacques Gaillard. Trois ans après, les deux titres fusionnent pour donner naissance à Éco des Pays de Savoie. Un choix de conviction pour celui qui milita pour la création d’une région Savoie, et qui ne cessa jamais de plaider pour le rapprochement de la Savoie et de la Haute-Savoie. Politique, journalisme : toujours ce jeu d’allers-retours entre deux passions.

En 2003, vice-président à la culture de la Haute-Savoie. Un mandat qui l’a passionné, un milieu qu’il a marqué de son empreinte.

Entre-temps, en 1990, il a ajouté le mensuel féminin Actives, aujourd’hui Activ’Mag, à son offre. Au début des années 2000, il transforme le trimestriel CNC Mag en Éco Méca, au service des industries mécaniques et des décolleteurs. Plus récemment, il a continué à étoffer son groupe de presse, rachetant successivement Le Courrier Économie de Bourg-en-Bresse (aujourd’hui Éco de l’Ain), Le Courrier Liberté (aujourd’hui Éco Nord-Isère), le magazine transfrontalier L’Extension. Au final, près de cinquante ans d’aventure professionnelle. Les plus anciens dans l’entreprise ont commencé à travailler… dans la villa même d’Alain Veyret, à Poisy, où le journal fut réalisé jusqu’au début des années 2000.

Le groupe compte aujourd’hui une cinquantaine de salariés. Une belle réussite entrepreneuriale, donc, mais au service des combats politiques qu’il souhaitait mener : le rapprochement des deux départements, les Jeux olympiques d’Albertville, le Lyon-Turin, le rapprochement avec Genève, plus récemment le projet des Jeux olympiques ou du centre de congrès d’Annecy… Il faisait de la presse pour prendre parti, pas pour se contenter de rendre compte, ce qui occasionna de longs débats au sein de la rédaction !

Ses éditos hebdomadaires étaient attendus, applaudis ou détestés, mais ne laissaient jamais indifférent. Sa carrière politique s’est interrompue en 2004, lorsqu’il perdit les élections départementales.

La face cachée d’Alain Veyret : en famille, avec sa fille Lara, qui dirige Activ’Mag.

Il fut vice-président à la culture lors de son dernier mandat, une responsabilité évidente pour ce passionné d’art, collectionneur dans l’âme, de trains miniatures, d’affiches anciennes, et, surtout, d’art africain, une véritable passion qui en faisait une référence dans ce domaine. Un de ses derniers combats, qu’il n’aura pu mener à bien, était de créer un musée pour valoriser une collection exceptionnelle, constituée au cours de nombreux voyages. Alain Veyret était également un amoureux de l’île de Madagascar, où il a souvent séjourné.

Avec sa disparition, toute l’équipe perd un grand patron, tout à la fois à l’écoute de chacun et ferme sur ses choix. Ce passionné ne s’est jamais résolu à prendre sa retraite et continuait à venir quotidiennement au journal pour sa revue de presse, pour échanger idées et points de vue sur l’actualité. À sa femme Jeannine, sa fille Lara, ses petits-enfants Néo et Tess, et à toute sa famille, nous présentons nos condoléances émues.

Un homme de presse

Le monde de la presse pleure l’un des siens. Le président du Grand Bivouac, journaliste et ex-président du club de la presse Guy Chaumereuil « garde la mémoire d’un confrère avec lequel nous partagions, je crois, les valeurs fondatrices de ce métier ». L’occasion de rappeler qu’Alain Veyret fut, avant 1992, au bureau du Club de la presse des Pays de Savoie.

Il a su, ensuite, fédérer 27 titres de la presse hebdomadaire régionale spécialisés dans l’économie au sein d’un RésoHebdoEco, « conscient que, par des temps de forte mutation en cours dans l’univers des médias, il était important que la presse économique hebdomadaire régionale essaye de se serrer les coudes pour être “plus forte ensemble” », rappelle Hélène Vermare, coordonnatrice des activités de ce réseau. Quant à Éric Lejeune, ancien président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale, il salue la mémoire d’un homme qui « sans relâche, a défendu la profession bec et ongles, avec la personnalité forte qu’on lui connaissait ».

1 La presse et l’audiovisuel, deux passions. 2 Avec Bernard Pellarin, président du conseil général de Haute- Savoie, sans doute dans les années quatre-vingt : un élu ancré dans le terroir haut-savoyard. 3 Le journaliste Alain Veyret interroge Bernard Tapie, qui vient de racheter le décorateur Paccard. Nous sommes en 1987.

Une avalanche de réactions

Les réactions attristées se multiplient depuis l’annonce de la disparition d’Alain Veyret. Le président du conseil départemental Christian Monteil salue « un homme de presse ouvert, un passionné de voyages au long cours » et, bien sûr, le conseiller départemental qu’il a été de 1979 à 2004 : « J’ai pu apprécier l’attachement fort qu’il avait pour les Savoie, au niveau politique comme au niveau entrepreneurial. » L’ancien maire et conseiller municipal d’Annecy Jean-Luc Rigaut se souvient « d’échanges et de bons souvenirs avec Alain comme collègue élu partageant sa vision politique… »

Quant à l’ancien directeur général du conseil général Roland Pascal, il le connut d’abord comme « un journaliste dont la perspicacité sur l’événement était évidente, voire redoutée ! ». « Il est ensuite devenu un compagnon de route attentif en tant qu’élu au conseil général », rappelle-t-il. « Il s’est alors impliqué dans l’organisation concrète de la décentralisation. Il avait une vision pluridisciplinaire : depuis la politique proprement dite, où son rôle s’était affirmé auprès de Bernard Bosson, jusqu’à l’économie, où il veillait scrupuleusement aux fondamentaux du dynamisme haut-savoyard. »

Les témoignages sont évidemment nombreux en provenance du monde de l’entreprise. Xavier Osternaud (Jeune chambre économique, Savoie Faire) salue « un grand homme de projet et de passion ». Thierry Terbins, secrétaire général de BTP 74, se souvient d’un homme « érudit, passionné, fine plume mais aussi visionnaire et ambitieux pour les Pays de Savoie ». Le secrétaire général de la CPME 74, André Falcomata, appréciait « un homme qui portait haut les valeurs savoyardes », avec « des idées pragmatiques qui se voulaient proches des citoyens du territoire ». Patrick Richiero, le président de la CPME Savoie, se souvient des éditos du Républicain Savoyard puis d’Éco des Pays de Savoie, qui ont « marqué le jeune homme que j’étais ».

4 Élu conseiller général à 32 ans. 5 Avec Raymond Barre, alors premier ministre. Un homme engagé dans tous les combats centristes. 6 Au service de la culture, toujours…

Par Philippe Claret.
Crédit photos archives : © Collection personnelle Alain Veyret.


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5 Commentaires

  1. Lara Veyret-Ketterer

    A mon père, cet homme si impressionnant, tant par sa taille que sa personnalité, ses passions, son intelligence et sa sensibilité dissimulée sour une montagne de pudeur. Une source d’inspiration et de fierté pour moi. Avec tout mon amour.

    Réponse
  2. Pernet-Mugnier PAtrice

    Nous apprécions beaucoup ces éditoriaux, paix à son âme

    Réponse
  3. CABINET JURIDIQUE ET FISCAL

    Sincères condoléances à la famille de M. VEYRET et à toute l’équipe de ECOMEDIA.

    Bien cordialement

    Réponse
  4. jean-yves riowal

    beaucoup de tristesse après 20 ans d’échanges, d’accords, de désaccords, avec cet acteur et entrepreneur passionné des Savoie, toujours dans la perspicacité, le respect, le vrai et la sincérité…
    Alain, sa vision, sa plume, sa verve, son humour vont manquer pour les années qui viennent…
    profondes condoléances à sa famille et à son journal

    Réponse
  5. REY Marie-Laure

    Alain VEYRET connaissait parfaitement le territoire des deux Savoie qu’il adorait tant, la lecture de ses éditos va nous manquer.
    Sincères condoléances à sa famille et à l’équipe d’ECO.

    Réponse

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