Organisé pour la première fois à Genève, l’événement a permis au département d’exposer ses savoir-faire en la matière.
Jusqu’alors organisées alternativement entre Dunkerque et Bordeaux, les Assises européennes de la transition énergétique se sont tenues pour la première fois sur le territoire du Grand Genève. L’occasion était trop belle pour les acteurs de l’Ain impliqués dans ladite transition. UTC (ex-Ciat), la Semcoda, la Compagnie Nationale du Rhône, le groupe Brunet et sa start-up Zest, le SIEA, Dynacité et l’Agence locale et du climat de l’Ain (Alec 01) ont donc fait stand commun (photo ci-dessus) autour du conseil départemental, pour participer à l’événement. « Notre territoire a deux sortes d’atouts, justifie Marie Alexandre, directrice d’Alec 01. Nous avons, d’une part, des ressources (de l’eau, du soleil, du vent et de la biomasse) qui peuvent permettre de varier les sources de production énergétique. Il a d’ailleurs beaucoup été question dans les assises, d’expériences citoyennes de production d’énergie à l’échelon local, en partenariat avec les collectivités, au travers des coopératives d’investissements, notamment en Allemagne et en Suisse. Et nous avons, d’autre part, des acteurs très impliqués : la CNR, évidemment, à travers l’énergie hydroélectrique, mais aussi ses efforts de développement du solaire et de l’éolien, UTC avec ses systèmes performants de traitement de l’air, Zest avec ses solutions de production d’énergie autonome et les bailleurs sociaux. Ces derniers sont des acteurs clés. Ils gèrent des parcs de logements importants et innovent pour les rendre plus performants, moins énergivores… La transition énergétique, ce n’est pas seulement des solutions techniques et technologiques. Il faut embarquer l’habitant, le consommateur. Il faut imaginer des modes de vie qui soient désirables pour tout un chacun. »
Tous concernés
Autre atout cité par la directrice d’Alec : les plateformes de rénovation de l’habitat. « À elle seule, celle de Bourg-en-Bresse a généré 6,6 M€ de travaux sur les deux dernières années », note-t-elle, soulignant le caractère gagnant-gagnant de la transition énergétique avec des économies pour les habitants, des marchés pour les entreprises du bâtiment et une meilleure performance de l’habitat pour l’environnement. Quant à la CNR, sa PDG, Élisabeth Ayrault a rappelé lors de la plénière des assises, combien le changement climatique impactait les activités de son entreprise. « Sous son effet, nous avons reçu 30 % d’eau en moins et connu 12 mois de sécheresse sur le Rhône en 2017, puis trois épisodes de crues depuis un mois. Il faut s’adapter et nous organiser pour gérer le Rhône de façon adéquate en fonction des usages et de façon concertée. » Une intervention qui a le mérite de situer le débat sur un autre terrain que celui de la fonte de la banquise ou de la hausse du niveau des mers et de permettre à chacun de se sentir concerné.

Entre autres actions pour la transition énergétique, la CNR a achevé son corridor de bornes de recharges pour véhicules électriques, du Léman à la Méditerranée.
Une opportunité pour les intercommunalités
En s’imposant à tous les EPCI de plus de 20 000 habitants, les plans climat permettent de repenser les territoires.
Les PCAET (Plans climat air énergie territoriaux) s’imposent à partir de janvier 2019 à toutes les intercommunalités de plus de 20 000 habitants, soit presque toutes les communautés de communes de l’Ain. L’agglomération de Bourg-en-Bresse, elle, est concernée depuis 2017 et a déjà mis en place le sien. Mais au-delà de l’obligation réglementaire, Marie Alexandre, directrice de l’Agence locale du climat et de l’énergie de l’Ain incite les élus à considérer cette démarche comme un vrai outil d’aménagement du territoire. « Il faut voir la transition énergétique comme une opportunité, plaide-t-elle. Si elle nécessite un certain nombre d’investissements et de dépenses, ne rien faire contre le réchauffement climatique coûterait bien plus cher et se chiffrerait en milliards d’euros. Un plan climat permet de préparer son territoire aux événements climatiques pour en réduire l’impact, mais aussi de se situer à la pointe de la transition. C’est un diagnostic des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre secteur par secteur (habitat, transport, industrie, agriculture…), suivi de l’élaboration d’un plan d’actions. Tout est imbriqué. Pour agir globalement, il faut donc intervenir à tous les échelons, notamment localement, et s’adresser à tous les publics. » Et celle-ci de citer, parmi les leviers de sensibilisation : la santé et la qualité de vie, le coût de l’énergie, mais aussi, pour certains, l’environnement.
Dans la mise en place des PCAET, les syndicats d’énergie ont pour mission d’organiser les commissions consultatives paritaires de l’énergie. « Celles-ci coordonnent les actions des intercommunalités d’un territoire, mettent en cohérence leurs politiques d’investissement et facilitent l’échange des données », explique-t-on au SIEA (Syndicat d’énergie et de e-communication de l’Ain). Celle de l’Ain rassemble 18 EPCI, les 15 intercommunalités du département et trois intercommunalités voisines qui comptent des communes de l’Ain en leur sein.

Cette carte de la mission Copernicus Sentinel-5P montre la répartition du dioxyde d’azote sur l’Europe, le 22 novembre 2017.
Pact’Air
Le Grand Genève et ses partenaires suisses et français, dont l’Ademe, la région Aura et le département de l’Ain, ont signé le 30 janvier, le protocole d’accord Pact’Air qui prévoit un plan de 14 actions transfrontalières concrètes et novatrices visant à diviser par deux les oxydes d’azote (NOX) et à diminuer les particules fines (PM10) de 18 % sur la période 2005-2030. Ces objectifs ambitieux ont été fixés par le projet de territoire 2016-2030. Cette signature constituerait, selon ses acteurs, une première européenne en matière de gouvernance transfrontalière et serait la marque de l’engagement des élus dans la dynamique du Grand Genève.
Par Sébastien Jacquart








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