Boris Galindo : « Chez Panthera, je suis en charge d’âmes »

par | 28 avril 2023 à 8H49

Boris Galindo, ancien capitaine de l’armée de terre, dirige la holding Panthera, à La Motte-Servolex (73), spécialisée dans la prévention des risques et le gardiennage des entreprises sur site… et bientôt en cybersécurité. Interview.

Comment êtes-vous arrivé à la tête de Panthera ?

J’ai passé douze ans dans l’Armée de terre. Je commandais des soldats dans des situations parfois complexes. Dans le monde civil, pour ma reconversion, mes aptitudes correspondaient au management d’équipe. On m’a orienté vers les métiers de service mais, rapidement, j’ai été rattrapé par le secteur de la sécurité. J’ai été recruté comme directeur adjoint du groupe DMH, en région parisienne. Lorsque ce dernier a fait l’acquisition de Panthera, en 2018, j’ai été nommé directeur général de cette entité.

Comment est organisé le groupe Panthera ?

La holding Panthera gère quatre filiales d’exploitation : Panthera Sécurité, qui fait de la surveillance humaine ; Panthera Technologies, pour l’installation des systèmes de sécurisation des sites ; Panthera Services, qui assure la sécurité pour l’événementiel et l’accueil en entreprises ; et Panthera Formation, qui, dans nos agences, assure la formation initiale et le maintien en compétence de nos agents. Depuis deux ans, nous avons ouvert un CFA au sein duquel sont délivrés des cursus en comptabilité et en ressources humaines, du niveau Bac à Bac+2, et bientôt une licence RH en alternance. Nous couvrons ainsi la totalité du spectre de la sécurité privée : des agents de sécurité pour des rondes d’intervention aux outils technologiques pour la prévention des risques dans les entreprises et chez des particuliers.

« J’ai repris la direction du groupe Panthera dans un contexte très particulier, alors que l’entreprise n’allait pas bien. J’ai vécu une aventure humaine formidable grâce à la confiance que mes collaborateurs m’ont accordée. Nous avons réussi, tous ensemble, à sortir de l’ornière et à monter des projets. Selon une expression militaire que j’affectionne, chez Panthera, je suis « en charge d’âmes ». »

Vous avez investi dans des locaux ultramodernes à La Motte-Servolex : c’est une nouvelle page qui s’ouvre ?

Nous sommes installés dans nos nouveaux bureaux depuis janvier. Cela représente un investissement d’environ 2,6 millions d’euros. Et, effectivement, c’est pour nous l’occasion de tourner une page. L’entreprise a été créée par Michel Ferrero sous le nom ETS SRA, il y a quarante ans. Aujourd’hui, j’ai la responsabilité de 450 salariés au niveau national, dont 150 en Savoie Mont-Blanc, pour un chiffre d’affaires de 20 M€ (8 M€ sur les deux départements). Notre savoir-faire est très particulier.

En quoi, précisément, votre savoir-faire est-il « particulier »  ?

Nous sommes là avant tout pour analyser les risques et appliquer des solutions en face. Nous ne nous contentons pas de tirer du câble pour brancher une caméra : les électriciens le font très bien et peut-être même mieux que nous. En revanche, apporter notre expertise sur le meilleur emplacement des caméras et du détecteur de volumétrie, paramétrer l’ensemble du système de vidéoprotection et le relier à un PC de surveillance qui prend en compte les consignes de nos clients, ceci relève de l’analyse de risque et c’est notre point fort.

Les mesures de téléprotection ne sont pas toujours accueillies favorablement par les salariés dans les entreprises : que répondez-vous à cela ?

Certaines personnes prennent bien souvent la présence de caméras sur le lieu de travail comme une forme d’intrusion. Il y a la crainte d’être observé par la hiérarchie, d’être “fliqué”. Mais ces pratiques, fort heureusement, sont interdites par la loi. Les individus sont protégés ; tout est très encadré. Dans chaque cas, le client doit respecter des règles strictes : désigner les personnes qui auront accès aux images, définir combien de temps les vidéos seront sauvegardées et dans quelles conditions, mais aussi l’usage qui peut en être fait. Les caméras ne servent qu’à la sécurité des sites et des outils de production. Il faut savoir l’expliquer au personnel. Il faut prendre le temps du dialogue. Souvent, le terme “vidéosurveillance” est utilisé à mauvais escient. Sur le plan réglementaire, nous parlons bien de “vidéoprotection”.

Quels sont les dangers qui peuvent être identifiés grâce à la vidéoprotection  ?

Les technologies que nous installons chez nos clients permettent d’identifier de nombreux risques en temps réel (voire par anticipation, grâce à certaines technologies comme l’IA, l’intelligence artificielle) : départ d’incendie, intrusion, vol, vandalisme, acte de malveillance… Sur certains sites de production, nous préconisons des caméras bispectre permettant, en plus d’une veille classique, une vision thermique indispensable pour les activités sujettes aux départs de feux. Grâce aux alarmes et aux caméras, nous faisons des levées de doute. Si un danger se confirme, nos agents déclenchent des procédures à distance : ils sont habilités à alerter directement les pompiers ou les forces de l’ordre sur des faits avérés. Notre PC fonctionne 24 heures sur 24, avec au minimum deux opérateurs en permanence devant les moniteurs.

Comment fonctionne votre PC de télésurveillance ?

C’est un véritable bunker. Les murs sont renforcés, les vitres sont occultées par des parois pare-balles. Notre PC ne doit souffrir aucune interruption de service, ce qui nous impose des redondances : nos fibres et nos serveurs sont doublés et sauvegardés et un second PC de télésurveillance délocalisé peut prendre le relais en cas d’incident. Notre groupe électrogène nous permet une autonomie électrique de 72 heures. Avec ce centre opérationnel, nous faisons un saut générationnel : nous avons intégré de nouvelles technologies telle que l’IA, nos capacités de traitement sont décuplées et l’ergonomie des postes de contrôle a été étudiée pour le confort de nos agents.

Comment envisagez-vous l’avenir de Panthera ?

Le monde évolue, les métiers aussi… Le spectre de la menace se déplace vers un nouveau champ, celui de la cybercriminalité. Nous allons donc prendre un nouveau virage : celui de la cybersécurité. Ce sera notre cheval de bataille dans les deux ans à venir. Nous allons recruter de nouvelles compétences, de nouveaux métiers liés à l’informatique. Dans une usine, un incendie provoque la perte immédiate d’exploitation ; le vol, pour un centre de R & D, est tout aussi critique… Mais le danger se déplace : une entreprise peut plus facilement être neutralisée ou piratée à distance. Nous devons intégrer ce risque à notre palette de services.

Finalement, avec tout cela, chez Panthera, vous êtes plutôt Minority report ou Bodyguard ?

(Rire) Historiquement, nous sommes plutôt Bodyguard : l’ADN de notre groupe, c’est la proximité avec nos clients. Cette proximité n’est pas forcément physique : avec notre PC de téléprotection, nos clients finissent par bien connaître nos agents et, lorsqu’ils nous rendent visite pour la première fois, ils sont émus de mettre un visage sur une voix. Alors, Bodyguard ou Minority report ? Probablement les deux, à ceci près que le but n’est pas d’espionner notre prochain mais d’assurer sa protection.

Vous gardez confiance en la nature humaine ?

Joker ! (rire) J’ai repris la direction du groupe Panthera dans un contexte très particulier, alors que l’entreprise n’allait pas bien. J’ai vécu une aventure humaine formidable grâce à la confiance que mes collaborateurs m’ont accordée. Nous avons réussi, tous ensemble, à sortir de l’ornière et à monter des projets. Selon une expression militaire que j’affectionne, chez Panthera, je suis « en charge d’âmes ».

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