Victime de plusieurs cambriolages et d’un braquage, Axe Group témoigne de son histoire sur sa plateforme logistique à la Boisse.
« En moins de six mois, nous avons eu trois incidents, deux en novembre 2020, un en mars 2021. » Les employés d’Axe Group parlent tous en même temps pour évoquer les événements qui se sont produits sur leur lieu de travail, une plateforme de logistique à la Boisse. « La particularité du groupe est de travailler sur les marchés de niche, mais nous avons une partie conséquente de l’entrepôt dédiée au e-commerce », commente Fabien Cavezzan, directeur commercial.
Vol à main armée
« Nous avons eu deux vols avec effraction et finalement un braquage sur huit employés. Par la suite nous avons eu d’autres tentatives d’intrusions, précise Jean-Dominique Poinat, président d’Axe Group. Si nos salariés ont le sentiment qu’en venant bosser ils risquent leur vie, c’est moins motivant. »
Sylvie Pelosse, directrice d’exploitation, était présente lors de l’attaque, elle raconte : « Ils sont arrivés dans mon dos, ils étaient trois. Nous étions à l’extérieur du dépôt car nous finissions de ranger les machines et de remettre les blocs de béton, déjà en place à l’époque. Ils nous ont attrapés, nous ont demandé de nous coucher à plat ventre. Puis, ils ont pris du matériel. Je crois qu’ils nous menaçaient avec des bombes lacrymo, mais je ne sais pas s’ils étaient armés autrement. Je n’ai pas eu le réflexe d’identifier ce qu’ils avaient car je suis rentrée quand ils sont arrivés, pour essayer d’activer le système de sécurité. Mais, ils m’ont attrapée. J’étais plutôt agacée, je leur ai dit ce que j’en pensais. Au grand dam de mes collègues qui m’ont dit que j’étais folle ! C’était très surprenant, ils étaient d’une zenitude exemplaire. Limite, ils étaient charmants, à s’excuser : “Pardonnez-nous, on vous a un petit peu bousculés tout à l’heure. Mais ne vous inquiétez pas, vous restez tranquilles et nous, on fait ce que l’on a à faire.” De mon côté, je n’ai pas eu peur. J’ai eu un contrecoup deux ou trois jours après, mais c’était avant tout la colère… de ne pas pouvoir agir, que cela se passe comme ça, qu’ils vous volent… » Et celle-ci de plaisanter : « Il ne faudrait pas qu’ils recommencent maintenant. Il fait froid. On n’a pas envie de se coucher sur le sol. »
Hélas, tous les salariés ne sont pas aussi résilients. « L’un d’eux fait encore l’objet d’un suivi psychologique. Les autres salariés vont globalement mieux », poursuit Jean-Dominique Poinat. Lors des précédentes effractions, un vigile s’était vu poser un pistolet Taser sur la tempe, avec la menace de recevoir une décharge dans le crâne s’il n’ouvrait pas le portail.
Face à ces effractions et ce braquage, l’entrepôt logistique a progressivement renforcé sa sécurité avec divers systèmes, dont la nature est tenue secrète. « L’implantation sur le site nous a coûté 500 000 euros, sécurité de base comprise. Par la suite, nous avons dû rajouter 500 000 euros pour renforcer la sécurité de nos employés et des marchandises », s’irrite Jean-Dominique Poinat. Le chef d’entreprise déplore ce sentiment d’insécurité et regrette que ce soit aux sociétés d’y remédier. Il souhaite une intervention de la collectivité, à l’échelle de la zone d’activité.
En chiffres
- 500 000 € : C’est la somme déboursée par Axe Group pour renforcer la sécurité de son site logistique.
- 12 : L’entreprise compte 12 sites en France.
- 1,2 million : Axe Group expédie 1,2 million de colis dans le monde chaque année.
Cenord, fin des cambriolages
Il y a plus d’une dizaine d’années, la zone d’activité Cenord, située à l’intérieur de Bourg-en-Bresse, avait connu de nombreux cambriolages. Après de multiples actions, la situation a fini par s’améliorer. « Avec le soutien de la mairie et de l’agglomération, nous avions pu mettre en place un système de surveillance par une société privée. Les rondes s’effectuaient de manière aléatoire ou lors de périodes propices à ce genre de désagrément. Puis, en discutant avec les collectivités et les forces de l’ordre, des caméras ont pu être installées sur la zone. Je pense qu’elles ont eu un effet dissuasif pour les malfaiteurs. Il y a quatre ou cinq ans, nous avons cessé ces rondes, entre-temps les entreprises s’étaient organisées soit pour financer elles-mêmes leur surveillance, soit pour installer des caméras ou des systèmes d’alarmes. Cela a fini par porter ses fruits sur ce secteur », explique Philippe Joseph, président de l’association Acenord.
Cinq conseils pour sécuriser votre entreprise
Présente auprès des entreprises, la cellule sécurité économique de la gendarmerie de Rhône-Alpes donne des conseils pour sécuriser les sites.
Un cambrioleur est avant tout un opportuniste qui cherchera à obtenir un maximum de gains en un minimum de temps. Pour le dissuader, rien de tel que de lui rendre le travail plus difficile.
- Les abords extérieurs : poser une clôture et un portail est un premier élément dissuasif pour les voleurs. L’ajout d’un plot permet, quant à lui, d’éviter l’approche de véhicules à proximité des bâtiments. L’éclairage diminue également la possibilité d’aborder un bâtiment discrètement tout en apportant un sentiment de sécurité aux usagers. Bien sûr, des détecteurs périphériques peuvent également signaler une présence avant même qu’il n’y ait effraction. Enfin, la végétation ne doit ni autoriser la dissimulation, ni faciliter l’escalade d’un mur.
- La protection électronique : dès le début d’une intrusion, celle-ci permet une transmission d’information rapide et fiable. Les systèmes de détection de chocs sur les différentes ouvertures du bâtiment complètent la traditionnelle détection volumétrique. Un éclairage automatisé surprend l’intrus, améliore la qualité des images vidéo, essentielles pour une enquête, mais facilite aussi l’intervention des forces de l’ordre. Un système dissuasif d’aspersion peut également être installé.
- La protection mécanique : rideau de fer, grilles, barreaux et volets, sont autant d’éléments qui peuvent empêcher une effraction. Attention toutefois à la solidité des murs sur lesquels ils sont posés.
- La gestion des flux : les accès aux zones sensibles de l’entreprise doivent être réglementés de sorte que les personnes extérieures à l’établissement ne puissent y accéder sans être accompagnées.
- Du bon sens : en parallèle, il est préférable de ne pas donner les dates de fermeture par mail ou répondeur, sauf bien sûr aux forces de l’ordre pour une surveillance accrue des lieux. Il ne faut pas non plus laisser les matières premières et l’outillage accessibles à l’extérieur. En intérieur, il est important de relever les marques et les numéros de série des différents appareils, ranger le matériel portable, verrouiller les ordinateurs et mettre les documents sensibles sous clé.
Si malgré tous ces conseils, vos locaux sont quand même cambriolés, les premiers réflexes à avoir sont d’interdire l’accès aux lieux visités en attendant l’arrivée des forces de l’ordre, mais également de déposer plainte rapidement.
Joséphine Jossermoz








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