Les efforts réalisés par le BTP pour susciter des vocations commencent à porter leurs fruits. Alors qu’ils peinaient, il y a quelques années, à remplir certaines sections, les établissements enregistrent un sursaut des inscriptions de jeunes mais aussi d’adultes en reconversion. Les entreprises sont également au rendez-vous.
Les métiers du BTP boudés par les jeunes et leurs familles ? De moins en moins à en croire les responsables d’établissements qui se félicitent d’une recrudescence des vocations. « Nous bénéficions d’un fort engouement pour les métiers du bâtiment avec, par exemple, une hausse de 8 à 10 % des jeunes choisissant les métiers de la charpente et de la menuiserie. La demande des entreprises, confrontées à une pénurie de main-d’oeuvre et conscientes de la nécessité de former leurs recrues de demain, est importante également », observe Jean-Luc Mathieu, le directeur de la Fédération compagnonnique d’Annecy Pays de Savoie.
Entre 300 et 350 apprentis
Implanté à Seynod, l’établissement accueille chaque année entre 300 et 350 apprentis pour des formations longues et diplômantes ainsi que des personnes en formation continue. Adossé à un foyer d’hébergement d’une soixantaine de places, il figure au sein d’un réseau comptant 15 centres sur l’ensemble du territoire français, 3 en Auvergne Rhône-Alpes (avec Lyon et Échirolles). Il bénéficie de l’attractivité des Compagnons du tour de France. « Venus pour passer un CAP classique, certains jeunes décident ensuite d’intégrer le parcours du compagnonnage et d’apprendre le métier en voyageant, de ville en ville, durant 5 à 10 ans. C’est un cheminement qui implique de travailler en entreprise en journée et de se former le soir et les week-ends. Reconnus pour leur connaissance du métier et la perfection de leur geste, les compagnons sont des profils très recherchés au niveau mondial », poursuit Jean-Luc Mathieu. La Fédération compagnonnique d’Annecy Pays de Savoie qui forme environ 80 % de 15-25 ans a ouvert l’année dernière un niveau 5 (bac +2) correspondant à des postes de coordination et d’encadrement pour des personnes appelées, par exemple, à orchestrer les interventions des différents corps de métier sur un chantier. Il mise par ailleurs sur le développement de passerelles entre les métiers (par exemple charpente et couverture) et le contenu de formation avec de plus en plus de modules en lien avec l’informatique, la modélisation de données, les machines à commandes numériques.
32 000 heures de formation pour le GEIQ BTP
La Base RU, la plateforme de formation du groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) BTP Pays de Savoie – Ain, tourne également à plein régime. En 2020, elle a réalisé 32 000 heures de formation représentant 740 jours de stage et environ 1 200 stagiaires accueillis. Essentiellement des adultes venus dans le cadre de projets de reconversion, requalification ou cursus réglementaire. « Nous avons de plus en plus de demandes pour des salariés qui prennent des responsabilités au sein de leur entreprise et ont besoin de se former sur des postures d’encadrement sur le terrain », précise Séverine Duclos, sa responsable.
Recrutement régional et national
Lancée il y a presque dix ans à Rumilly, la plateforme emploie six permanents pour près de 100 apprenants accueillis en pleine saison, entre novembre et mars. Son recrutement est interdépartemental pour 4 de ses 5 filières techniques : travaux publics, maçonnerie et gros œuvre, génie civil, étanchéité. La 5e, caténaires ferroviaires, rayonne au niveau national. « Créé et pensé pour répondre aux attentes du terrain, notre plateau technique évolue constamment. Il permet des approches très spécifiques comme le béton projeté très utilisé sur les grands chantiers en région parisienne ou sur la liaison ferroviaire Lyon-Turin. Nous enregistrons aussi d’importants besoins pour des métiers comme coffreur bancheur », poursuit Séverine Duclos. Pour la responsable de la base RU, 2021 confirme comme 2020, le besoin des entreprises de développer les compétences de leurs équipes pour parer aux difficultés de recrutement et aux prochains départs en retraite : « la formation peut également être un levier utile pour faire face à la fluctuation des carnets de commandes », ajoute-t-elle.
Des outils pour mieux faire
La dynamique dont bénéficient les métiers du bâtiment et des travaux publics est liée à différents facteurs comme la réforme de l’apprentissage de 2018, les multiples actions conduites en direction des jeunes et des familles pour mieux se faire connaître, les niveaux de rémunération (40 % du Smic pour un apprenti au lieu de 25 % dans d’autres branches) ou encore l’attrait pour des métiers porteurs de sens. Elle vient rompre avec les difficultés rencontrées dans le passé pour susciter des vocations mais la formation reste un sujet clé pour la filière. L’offre déployée sur les territoires est extrêmement variée : aux 80 diplômes de l’Éducation nationale (du CAP au BTS en passant par le BEP, la mention complémentaire et le bac pro) s’ajoutent une soixantaine de titres professionnels et 46 certificats de qualification professionnelle. Elle permet d’accueillir, en 2019, 73 000 apprentis et 85 000 jeunes formés par la voie scolaire et universitaire. « Malgré cet effort considérable de formation et malgré les actions de communication de la profession pour informer sur la réalité des métiers, les entreprises peinent encore à recruter et à trouver du personnel avec la qualification professionnelle qui convient », constatait la Fédération française du bâtiment (FFB), en juin dernier, lors des états généraux de la construction.
Propositions
Conduite durant un an avec les professionnels, la démarche a débouché sur une série de propositions visant à répondre aux grands enjeux sociétaux. Parmi celles-ci, la nécessité de repenser l’organisation de la formation pour décloisonner les métiers et trouver des tâches communes. Ou aller aux devants de nouveaux publics comme les salariés en reconversion pour lesquels la formation se focalise sur l’apprentissage des gestes techniques et dont le fort potentiel constitue un atout pour l’encadrement des entreprises. Ou les réfugiés : « fidèle à sa culture d’intégration, le secteur du bâtiment forme et embauche sur le long terme ces salariés souvent très motivés et ayant la volonté d’une intégration par le travail », estime la FFB en demandant que les coûts cachés de la formation (moyens, disponibilité…) puissent être intégrés dans les marges.
Crédit photo : E. Perdu /CFA de Saint-Alban-Leysse
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Des effectifs béton pour les centres de formation des apprentis
Dans les centres de formation des apprentis (CFA) dédiés au bâtiment et aux travaux publics, l’activité est bien orientée. Au CFA du BTP de l’Ain, les effectifs débordent, au point de devoir refuser du monde dans les métiers de l’énergie (plomberie et chauffage), des travaux publics et du gros œuvre. À l’inverse, l’établissement n’aura cette année qu’une classe de carreleur au lieu de deux et s’interroge sur une évolution de la formation de fabrication de menuiserie. L’idée serait de réduire la fabrication (de plus en plus délocalisée hors du territoire national) et le montage pour axer l’enseignement sur la pose. Même tendance au CFA du BTP de Saint-Alban-Leysse qui rayonne sur les deux Savoie. « Pour la première fois, nous sommes restés ouverts tout l’été et durant ce laps de temps nous avons reçu des appels téléphoniques de jeunes, de parents, d’entreprises. Les demandes sont importantes dans beaucoup de métiers et nous parvenons à boucler nos sections », se réjouit Bruno Picq, son directeur. Avec un effectif de 700 apprentis, en hausse de 14 % par rapport à l’année dernière, la rentrée 2021 atteint des niveaux inégalés.
Le niveau de formation s’élève
Le centre savoyard ouvrira fin septembre 2021 un titre professionnel de couverture zinguerie qui n’existait pas en Savoie. Cette formation en un an qui répond à une demande des entreprises s’adresse à des jeunes qui ont déjà un diplôme de charpente ainsi qu’à des salariés souhaitant se reconvertir ou monter en compétences. « Nous avons de plus en plus d’inscrits au niveau du brevet professionnel car les gens ont bien compris que plus le niveau de formation est élevé, plus l’insertion et l’évolution professionnelles sont facilitées », poursuit Bruno Picq. Le responsable constate par ailleurs une évolution des publics accueillis : aux collégiens sortant de 3e se mêlent de plus en plus d’autres profils comme des diplômés de l’enseignement supérieur en reconversion.
Parcours individualisés
Des parcours individualisés axés sur la pratique et le geste et souvent réduits dans la durée leur sont proposés. S’ajoutent aussi les mineurs non accompagnés, venant pour beaucoup d’Afrique subsaharienne. Ils sont environ une centaine accueillie en Pays de Savoie dans des foyers avec là aussi des parcours spécifiques. Une enseignante spécialisée issue du BTP a par exemple été recrutée pour enseigner le français langue étrangère. L’établissement s’attache par ailleurs à lever les freins qui se posent en termes de mobilité avec, en particulier, une aide financière au permis de conduire et la mise en place d’une navette qui effectue des liaisons quotidiennes entre le centre et la gare.
S.B. et S.J.
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« Notre challenge sera de sensibiliser les jeunes aux métiers du BTP »
Au BTP CFA Isère, cette rentrée 2021-2022 se fait sur la même dynamique que la précédente rentrée. « Nous avions déjà eu une bonne surprise sur l’année 2020-2021 avec une hausse de 9 % de nos effectifs, soit 653 apprentis (dont une dizaine de filles). Pour cette rentrée, nous avons le même nombre d’apprentis et c’est déjà une très bonne nouvelle », précise Nelly Tirard-Gattel, sa directrice. Pour sa sixième rentrée, elle apporte un éclairage sur l’année écoulée, notamment dans l’aménagement du distanciel dans la formation : « Nous avons clôturé une année compliquée avec la nécessité de déployer de nouveaux modes de formation ; néanmoins, nous affichons un taux de réussite global de 81,72 %. L’apprentissage est un vrai passeport pour l’emploi et de cette crise il en ressort aussi une intégration plus évidente du numérique dans nos pratiques. Nous avons passé un cap et il sera difficile de revenir en arrière aujourd’hui. Pour nous, maintenant, le challenge sera de sensibiliser les jeunes des collèges à l’intérêt des métiers du BTP en termes de rémunération, de sécurité de l’emploi », poursuit-elle. Parmi les 21 formations diplômantes proposées par l’établissement, la plomberie et l’électricité ont la cote du fait d’une rapide intégration vers l’emploi. En charpente, les classes se remplissent moins rapidement. « C’est pourtant un beau métier et il y a encore de la place. Nous n’avons pas beaucoup de demande de jeunes », note Nelly Tirard-Gattel, en précisant que huit entreprises sur dix embauchent les jeunes à la fin de leur formation et ce, dans l’intégralité des métiers du BTP. Dans les nouveautés, le CFA développe un CAP sur 3 ans de formation pour les porteurs de handicap.
C.M.
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« Un engouement pour l’apprentissage »
« Je suis surprise du nombre de jeunes qui viennent nous voir avec déjà un contrat de l’entreprise en poche. Cette notion de transmission du métier est très forte dans le bâtiment et les travaux publics », souligne Sophie Queyron, la toute nouvelle directrice de la Maison familiale rurale de la Semine. Fondé en 1987 à Franclens dans le Genevois, l’établissement dispose d’une capacité d’accueil de 150 apprenants. Destinées à des jeunes et des adultes, ces formations en alternance vont du CAP au bac pro et brevet professionnel dans les métiers du bâtiment (peintres, maçonnerie, organisation et gros œuvre, maintenance technique des bâtiments collectifs) et des travaux publics (canalisations). Pour Sophie Queyron, la réforme de l’apprentissage explique l’engouement observé mais la directrice a bien l’intention de maintenir les liens noués avec les professionnels pour susciter des vocations : « Depuis plusieurs années, la fédération BTP 74 travaille en lien avec les établissements scolaires et les centres de formation pour faire connaître, aux jeunes et aux familles, la diversité des métiers offerts par le secteur. C’est un travail qui porte ses fruits. »
S.B.
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Les entreprises habituées de l’apprentissage très sollicitées
Entreprise de plomberie, chauffage et ventilation à Bourg-en-Bresse, Brachet-Comtet a toujours eu recours à des apprentis. « Entre un et trois selon les années, les renouvellements de contrat et le désir des jeunes de poursuivre ou non leurs études, précise Loïc Mathieu, chargé d’études de cette société de 32 personnes pour un chiffre d’affaires d’un peu moins de 5 millions d’euros. Philippe Brachet, le dirigeant, est lui-même issu de l’apprentissage. D’ailleurs, si tout se passe bien et si le besoin est là, nous n’hésitons pas à embaucher à l’issue de la formation. Parmi nos personnels de chantier, nous avons trois salariés qui ont été formés chez nous. » Actuellement, l’entreprise compte deux élèves en première année de connexe (ex-BEP), un troisième en deuxième année de BP, tous inscrits dans la filière chauffage. Une spécialité commune à la plupart des apprentis accueillis chez Brachet-Comtet. « Comme nous avons une petite activité en électricité, pour le raccordement de certains équipements, nous avons eu un jeune qui, après un CAP, un connexe et un BP en plomberie, a refait un CAP en un an, en électricité », se souvient toutefois Loïc Mathieu. Et le chargé d’études de confirmer un surcroît d’intérêt des jeunes pour les métiers de l’énergie. « Nous avons reçu en 2021, deux fois plus de demandes qu’en 2020 et 2019. Sachant que nous sommes connus pour recruter régulièrement des apprentis et que les jeunes s’adressent facilement à nous, notamment pour leur spécialisation en chauffage après un parcours dans des structures plus modestes que la nôtre, qui ne sont pas en mesure de leur apporter le cadre nécessaire à leur poursuite d’études. » L’entreprise n’envisage cependant pas d’en embaucher davantage. « Il n’est pas donné à tout le monde d’être maître d’apprentissage, justifie Loïc Mathieu. Cela ne peut se faire que sur la base du volontariat. »
S.J








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