BTP : les matériaux biosourcés gagnent du terrain

par | 26 Jan 2026

Au cœur des filières qui mettent en avant les circuits courts, les alternatives naturelles aux matières premières classiques commencent à s’imposer.

Forts d’une maturité technique répondant aux réglementations les plus exigeantes, les matériaux biosourcés ont fortement progressé depuis quinze ans. Selon le premier baromètre des matériaux de construction biosourcés publié en mars 2025 par l’Association des industriels de la construction biosourcée (AICB) les isolants ont représenté un chiffre d’affaires de 91,6 millions d’euros en France, soit une croissance de 55 % par rapport à 2016 (59 millions d’euros de chiffre d’affaires).

Les mètres carrés mis en oeuvre sont passés sur la période de 15 à 28 millions. « Au-delà de l’aspect réglementaire, les maîtrises d’ouvrage sont de plus en plus sensibles à l’impact carbone des matériaux. Les partenariats noués avec la filière bois et la construction hors site facilitent également les changements d’habitudes nécessaires pour la mise en oeuvre de produits alternatifs à ceux utilisés traditionnellement », observe Vincent Hannecard, le président de l’AICB.

Utilisés pour la fabrication de murs extérieurs, les bétons biosourcés qui n’apparaissaient pas dans les statistiques en 2016 représentent désormais 2 % du marché des biosourcés. Les 98 % restant se répartissent entre différentes catégories d’isolants : vrac, semi-rigides et rigides.

Les filières se structurent

Depuis 2020, les industriels de la construction biosourcée ont investi près de 150 millions d’euros et se sont structurés sur l’ensemble du territoire. Leurs 19 unités de production (dont trois en Auvergne-Rhône-Alpes) représentent déjà 4 000 emplois directs et indirects. Elles seraient déjà en capacité de répondre à une hausse de la demande et de doubler la part de marché des biosourcés. La filière bois se charpente également au fil des années.

Selon l’enquête nationale de la construction bois, publiée en avril 2025 par France bois forêt et le Codifab, celle-ci représentait, en 2024 en Aura, un chiffre d’affaires de 365 millions d’euros HT soit 49 % de l’activité des 341 entreprises et 4 900 salariés du secteur. La construction bois détient dans la région 7,5 % de parts de marché dans le domaine du logement, 31 % pour les bâtiments agricoles, 16,4 % pour les locaux industriels et artisanaux.

« Nous sommes à la première place nationale au regard du nombre d’entreprises de construction et de transformation du bois mais aussi de la ressource en volume sur pied », souligne Marinette Feuillade, déléguée générale de Fibois Aura en observant une tendance à la hausse.

Le réemploi encore anecdotique

Comme les matériaux biosourcés et géosourcés, la réutilisation directe des portes, cloisons, sanitaires et autres éléments de second oeuvre contribue à la préservation des ressources. Faute de filières structurées, elle demeure pour l’instant marginale.

Julien Delaunay, président d’Aster Habitat

Quel regard portez-vous sur le réemploi ?

Il constitue un levier important pour anticiper le volet carbone des réglementations environnementales. Il répond aussi à un intérêt croissant des maîtres d’ouvrage. Les retours d’expérience sont encore modestes mais nous avons la volonté de faire évoluer nos opérations. Nous contactons par exemple la Bois’cyclerie à Faverges quand nous trouvons du bois en bon état sur un chantier de démolition. A Nernier où nous avons livré un programme de six logements en bail réel solidaire, notre électricien a posé des éléments comme des interrupteurs issus du réemploi ou d’opérations de déstockage. Sur la résidence Résilience inaugurée en septembre 2025 à Sillingy, 20 m² de caissettes végétales provenant du démantèlement de la toiture de la Caisse d’allocations familiales à Chambéry ont été utilisées pour la couverture du local à vélo. L’opération qui a été rendue possible grâce à la mobilisation du maître d’ouvrage et de différents acteurs (associations Solucir et Popex, entreprise Phida) a tout de même posé des difficultés.

Lesquelles ?

La disponibilité des matériaux en quantité et en qualité en est une ainsi que la temporalité d’usage. Il faut que ces critères puissent s’aligner. Néanmoins, nous sommes attentifs aux diagnostics PEMD (produits, équipements, matériaux, déchets) réalisés dans les démolitions de manière à récupérer ce qui peut potentiellement l’être. Si les phases de déconstruction sont bien étudiées et que le réemploi est intégré dès la conception, des économies sont possibles. Mais la méthodologie est déterminante

Jane-Marie Sanson, responsable de programmes immobilier chez Imotis

Quelle est votre expérience du réemploi ?

Nous avons ouvert en octobre un chantier où nous mettons en oeuvre des matériaux de réemploi. Cette opération fait suite au retour d’expérience que nous avons eu dans le cadre de la démolition de l’hôtel Le Flamboyant à Annecy, il y a deux ans. Cet établissement disposait d’équipements en bon état. Alors que nous n’avions pas encore d’obligations légales de le faire, nous avons réalisé un diagnostic PEMD (produits, équipements, matériaux, déchets) qui nous a permis d’identifier les matériels qui pouvaient être sauvés et de quantifier la démolition.

Sur le terrain, comment les choses se sont-elles déroulées ?

Le mobilier restant a été récupéré par des organismes comme Bazar sans frontière. Les autres éléments ont été déposés les uns après les autres pour être renvoyés vers des filières dédiées. Certains devaient être reconditionnés et vendus en l’état mais nous n’avons pas toujours su anticiper.

Quel bilan faites-vous de l’opération ?

Son bilan financier est neutre et l’énergie déployée est grande mais la démarche a grandement facilité le tri et nous offre un retour d’expérience très intéressant avec des pistes concrètes pour les programmes à venir. Sur de prochaines démolitions, nous pourrons mieux guider les entreprises avec lesquelles nous travaillons. C’est aussi par de petites démonstrations que nous parviendrons à sensibiliser les clients. Actuellement ils achètent du neuf et veulent du neuf.


Sophie Boutrelle
Photo à la une : ©LA MAISON AUTONHOME.


Cet article est issu de notre magazine hors-série Panorama économique du BTP 2026, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.


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