Bugey Sud veut rouler plus vert

Bugey Sud veut rouler plus vert

La communauté de communes Bugey Sud envisage la création d’une station polyénergie, gaz naturel et hydrogène. Pour mobiliser les entrepreneurs locaux, la collectivité a fait témoigner différents acteurs.

La Communauté de communes Bugey Sud organisait avec Bugey Développement, le 16 mai, une rencontre sur la thématique : “Rouler au gaz naturel ou à l’hydrogène, pourquoi pas ?” Celle-ci visait à fédérer les entreprises autour du projet, voté en juillet dernier, de développer une plateforme polyénergie associant gaz naturel et hydrogène sur le territoire. La collectivité entend s’inscrire dans une dynamique à l’œuvre chez ses voisines. Profitant d’un dispositif de soutien mis en place par le Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, la direction régionale de l’Ademe et GRDF, deux projets de stations GNV sont en effet à l’étude sur Annecy et Chambéry, tandis que l’agglomération Grand Chambéry a été choisie comme collectivité pilote du plan “Zero emission valley” porté par la Région. Une station de recharge est censée être opérationnelle dès septembre vers la zone des Landiers, avec 35 véhicules qui rouleront à l’hydrogène sur le bassin chambérien.

Cette rencontre a fait témoigner plusieurs acteurs investis dans la mobilité verte, à commencer par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) qui aménage une station polyénergie (photo ci-dessus) sur le port Édouard Herriot, à Lyon. « Le Quai des Énergies est d’abord développé pour répondre aux besoins des 70 entreprises implantées sur le port. En plus de la borne hydrogène déjà existante, il sera équipé de deux bornes de recharge en hydrogène vert, l’une pour les poids lourds, l’autre pour les voitures, de deux bornes GNV, l’une en gaz naturel compressé, l’autre en biogaz compressé, d’une borne de recharge électrique rapide et d’une borne de recharge ultrarapide, a décrit Dimitri Coulon, délégué territorial de la CNR. L’investissement représente une somme conséquente que l’Europe a financée à hauteur de 800 000 euros. Nous sommes dans une phase d’expérimentation, sur un marché émergent. L’objectif est de susciter la demande et de répondre à la nécessité de la transition énergétique. Nous avons sur une station, trois installations classées pour la protection de l’environnement (IPCE), ce qui impose des contraintes réglementaires fortes, notamment sur le plan foncier. Le dimensionnement des équipements est également un enjeu important, en particulier pour un territoire comme Bugey Sud. Faut-il choisir une station hydrogène à 350 ou à 700 bars ? La solution pourrait résider dans la location des bornes de recharge. Cela permet d’investir à moindre coût, le temps de voir comment le marché réagit. »

Hydrogène et électricité

À Belley, le groupe Volvo travaille depuis plusieurs années sur une excavatrice électrique. Une première mondiale ! Le site — qui emploie 350 personnes — est moteur, au niveau du groupe, pour les solutions vertes. L’entreprise y développe une gamme de 1,5 à 2,5 tonnes. « Nous misons sur la pelle compacte car le besoin en solutions zéro émissions s’exprime essentiellement en ville, a souligné Ahcène Medjimi, ingénieur responsable des systèmes électriques et électroniques chez Volvo. La France a annoncé qu’elle cesserait la vente de véhicules diesel en 2040. Paris veut bannir ce type de motorisations dès 2020. Partout en Europe, des décisions similaires sont prises. Et il n’y a pas de raison qu’une pelle puisse polluer là où les véhicules au gasoil sont interdits. » Et l’ingénieur de détailler les avantages du moteur électrique : le silence, la possibilité d’un pilotage à distance par smartphone et un rendement supérieur à 50 % contre 10 % pour un moteur thermique, une autonomie de six heures théoriquement suffisante pour couvrir les besoins d’une journée de travail et, en plus, la possibilité de rajouter une deuxième batterie ou une pile à combustible pour améliorer ce dernier paramètre. « Belley est d’ailleurs équipé d’une station à hydrogène, pour les besoins de l’expérimentation », a-t-il noté.L’électricité n’a évidemment pas que des avantages. « L’aspect vert du véhicule dépend de la source d’énergie. Avec l’hydroélectricité, on est à 4 grammes de CO2 par kilowattheure, avec le charbon, à plus de 900 grammes, a reconnu Ahcène Medjimi. De plus, les batteries sont produites en Asie, raison pour laquelle la France et l’Allemagne veulent développer un “Airbus de la batterie”. »

Gaz et biogaz

Du côté de GRDF, on estime avoir pour mission de favoriser l’émergence de stations GNV sur tous les territoires. D’où le souhait d’accompagner Bugey Sud dans sa démarche. « Des projets territoriaux peuvent être mis en place à partir de trois ou quatre véhicules, a assuré Philippe Gillon, ingénieur d’affaires de l’entreprise. Y associer le biogaz permet de surcroît d’écrire une belle histoire de mobilité en circuit court. Le bioGNV est une solution mature, immédiatement disponible pour la transition énergétique. » Une immédiateté qui intéresse particulièrement le secteur du transport. « Cette solution peut en plus être génératrice d’activité pour nos citerniers. Ils pourraient avoir à amener le gaz jusqu’aux stations », s’est enthousiasmé Jean-Christophe Gautheron, secrétaire général de l’Organisation des transports routiers (OTRE).

500 000

Pourquoi rouler plus vert ? La pollution atmosphérique serait responsable de 500 000 morts par an, en Europe.

73 %

C’est le rendement d’une voiture électrique. À comparer avec celui d’une voiture thermique : 13 %.

Le Syndicat mixte Nord Dauphiné adopte le GNV

Deux bennes fonctionnant au gaz ont été achetées pour la collecte des ordures ménagères.

Débat GNV Hydrogène Bugey Sud
Eric Aspord, directeur technique du Syndicat mixte Nord Dauphiné, Philippe Gillon, ingénieur d’affaires de GRDF, et Jean-Christophe Gautheron, secrétaire général de l’Organisation des transports routiers (OTRE).

Le Syndicat mixte Nord Dauphiné couvre 69 communes pour une population de 200 000 habitants. Il exploite deux sites pour la collecte et le traitement des ordures ménagères et gère une vingtaine de déchetteries et points d’apport volontaire. Sa flotte de véhicules, qui compte une soixantaine de poids lourds et une vingtaine de voitures et d’utilitaires, s’est enrichie dernièrement de deux bennes de collecte fonctionnant au gaz naturel. « Ce choix correspond à une volonté politique, a expliqué Éric Aspord, directeur technique. Notre siège se trouve à Heyrieux et nous avons un site à Bourgoin. Nous nous situons à proximité du Grand Lyon qui a imposé les motorisations gaz dans ses appels d’offres pour la collecte des ordures ménagères. Notre territoire héberge de surcroît un grand pôle logistique. Nous voulions donc montrer l’exemple. Et nous avions l’opportunité de créer une station GNV. Nous avons donc intégré les solutions gaz, dans nos appels d’offres. »

Retour d’expérience

Les bennes ont été achetées pour 217 000 euros, soit 40 000 euros de plus par rapport à une motorisation diesel (175 000 euros). « L’exploitation, démarrée en juillet 2018, fait ressortir une économie de 14 euros par kilomètre, qui ne permettra pas d’amortir ce surcoût, a observé le directeur technique. Parmi les critères que nous avons étudiés, figurent la nécessité d’une station à proximité et celles de parcours de collecte adaptés à l’autonomie des véhicules. Mais, cela n’a pas posé de problème. À l’usage, il est apparu essentiel de bien évaluer la puissance nécessaire au fonctionnement de la benne. Des problèmes de ralenti au démarrage auraient nui à l’acceptabilité de cette technologie par les chauffeurs. »

Détail amusant, au départ, les agents de collecte ont jugé ces nouvelles bennes plus bruyantes. En fait, il est apparu que les motorisations au gaz, plus silencieuses que les motorisations diesel, couvraient moins le bruit des bennes.

Rassurer

L’un des freins au développement de solutions à l’hydrogène réside dans les craintes associées à ce gaz, faussement réputé explosif. Les débats avec la salle, lors de la rencontre, les ont d’ailleurs assez rapidement fait remonter. Le dirigeant du site Ugivis de Belley a rassuré tout le monde en expliquant que l’usine utilisait l’hydrogène depuis 10 ans, pour le traitement thermique de certaines pièces, sans que cela ne pose aucun problème.

Rouler à l’hydrogène, c’est déjà possible

Véhicule hydrogène

Le groupe Jean Lain Automobiles clôturait cette rencontre thématique, avec la présentation d’un véhicule roulant à l’hydrogène, d’ores et déjà disponible sur le marché : la Hyundai Nexo. Son réservoir de 6,6 kilogrammes, qui se recharge en trois minutes, lui confère une autonomie de 660 kilomètres. Et la pile à combustible ne rejette que de l’eau.

Connaissant les réticences que peut rencontrer ce gaz, Brice Lavignasse, conseiller-expert des produits Hyundai et Toyota a précisé que le réservoir en carbone, chargé à 700 bars, avait une capacité de résistance de 10 000 bars et intégrait une soupape d’évacuation. Reste la question de la production de l’hydrogène. Pour Dimitri Coulon, délégué territorial de la CNR, la solution d’avenir réside dans l’électrolyse de l’eau à partir d’électricité verte.


Par Sébastien Jacquart

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