Les campus connectés accueillent leurs premiers étudiants et apprenants à Bourg-Saint-Maurice, Évian et Faverges-Seythenex, avec des ambitions propres à chaque territoire.
Deux jours par semaine, Charlotte vient travailler au campus connecté des Sources du lac d’Annecy, à Faverges-Seythenex. « J’apprécie l’encadrement apporté, le relationnel et la bonne humeur des lieux. Sans cela, je serais toujours seule », explique cette jeune Albertvilloise, en BTS “collaborateur juriste notarial” avec le Centre national d’enseignement à distance (Cned) de Poitiers.
Installé dans l’espace La Clé dédié à l’emploi et l’économie, le campus a ouvert ses portes en septembre 2021, après une gestation assez compliquée. Initié par la précédente municipalité, il devait, à l’origine, se déployer dans un tiers-lieu culturel, La Forge, créé dans l’ancienne usine Bourgeois. L’équipe municipale élue en 2020 a souhaité que le campus connecté soit porté par la communauté de communes et qu’il s’installe sur un autre site, le projet de La Forge étant abandonné.
« L’année 2021 a été celle du lancement, avec sept ou huit élèves et beaucoup de formations courtes pour un public adulte. Parmi la quinzaine de personnes que nous accueillons depuis cette deuxième rentrée, la moitié sont des jeunes en formation constituant, pour beaucoup, un “public empêché”, c’est-à-dire confronté à des difficultés sociales, médicales, financières, compliquant l’accès à un cursus classique », explique Karine Bouchet, coordonnatrice.
Le campus, qui dispose cette année d’un budget de fonctionnement de 83 000 euros, s’attache à développer des liens avec les lycées et professionnels chargés d’accompagner les jeunes dans leur orientation. Il se rapproche aussi des entreprises du territoire pour faciliter les stages, alternances, voire l’accueil en formation de leurs salariés.
À Évian, les effectifs sont passés de neuf étudiants la première année à quatorze pour la rentrée 2022-2023. « Mais nous ne comptabilisons que ceux suivant une formation supérieure. Nous accueillons aussi des personnes en formation continue ou inscrits à des Mooc. Notre lieu et nos outils numériques sont par ailleurs à la disposition des lycées du territoire, pour des projets ponctuels », précise Nadège Ponthet, coordonnatrice des activités du campus.
50 : ce sont les effectifs qui devraient, à terme, être accueillis sur chaque campus connecté. L’État, qui a fixé le ratio d’un tuteur pédagogique pour vingt étudiants, a pour objectif d’atteindre les 5 000 inscrits sur l’ensemble du territoire national.
Profils très divers
Les profils sont très divers (sportifs de haut niveau, adultes en reconversion, formation continue) au niveau des âges (la plus jeune est une Ukrainienne de 17 ans suivant les cours de l’université de Kiev) et des cursus suivis (data analyse, informatique, architecture, design, gestion et protection de la nature, diététique, etc.). « L’ambition de notre campus et du cluster Eau lémanique Évian, qui en assure le pilotage opérationnel, est, à terme, de mettre en avant les métiers touchant à l’environnement et au développement durable », précise Bertrand Cousin, le directeur du cluster.
Porté par la communauté de communes du Pays d’Évian – vallée d’Abondance (CCPEVA), le campus bénéficie des synergies développées avec l’écosystème du cluster, avec à la clé un taux de réussite qui frise les 100 %.

L’USMB, université de proximité
Les trois campus connectés créés sur les départements savoyards sont rattachés à l’Université Savoie Mont Blanc, qui apporte différents services aux étudiants.
Instaurés par la loi Ore (Orientation et réussite des étudiants) de 2018, les campus connectés ont été expérimentés de manière plutôt discrète, sur une douzaine de sites, avant de faire l’objet, en 2019, d’un appel à projets national auprès de collectivités intéressées. Ils se déploient actuellement sur 86 sites en France, dont 11 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes avec un cofinancement de l’État de 300 000 euros sur cinq ans.

« L’idée est de proposer un moyen d’accéder à l’enseignement supérieur à des jeunes vivant sur des territoires un peu éloignés, et/ou qui n’ont pas la possibilité de rejoindre des campus physiques pour des raisons qui peuvent être sociales, financières, médicales… », résume Lionel Valet, chargé de mission “campus connectés” à l’Université Savoie Mont Blanc (USMB).
Les étudiants qui sont inscrits aux campus connectés sont rattachés administrativement à l’USMB – qui intervient en tant qu’université de proximité – et peuvent bénéficier de ses différents services : aide à l’orientation, services médicaux, accompagnement social, animation de la vie étudiante, prêt d’ouvrages via les médiathèques implantées à proximité, visites de campus physiques, etc.
L’accompagnement sur mesure proposé répond aux besoins d’un public très hétérogène, qui peinerait à s’inscrire dans un parcours classique. « Les campus connectés offrent une flexibilité pour passer des examens ou étudier, à distance, lorsque des étudiants font face à des contraintes plus ou moins temporaires qui les empêchent d’être présents sur leur campus », ajoute Lionel Valet.
S’il monte progressivement en puissance, le dispositif reste conditionné aux offres de formation à distance, encore rares malgré l’impulsion donnée par la crise sanitaire. Et par le soutien des collectivités porteuses, amenées à mettre davantage la main à la poche une fois l’aide de l’État arrivée à échéance.
L’une des voies explorées pour assurer, dans le temps, la pérennité des campus connectés est de développer les activités liées à la formation continue ; ce qui répondrait, en particulier, aux besoins des entreprises du territoire.
Bourg joue la carte alpine

Bourg-Saint-Maurice accueille le seul campus connecté savoyard, et l’un des rares en France implantés en altitude. Lauréat de la troisième vague d’appel à projets national, il a ouvert ses portes en septembre 2022, dans le quartier des Alpins. Pour sa première année de fonctionnement, il compte dix-neuf inscrits, aux profils très variés.
« Ils sont issus de l’ensemble de la Haute-Tarentaise, mais nous accueillons aussi des étudiants extérieurs au territoire souhaitant s’établir ici pour des questions de cadre de vie et/ou de pratiques sportives », souligne Sylvain Cachat, son coordonnateur.
Installé dans des locaux soigneusement pensés pour faciliter les apprentissages, le campus alpin tisse des liens avec les acteurs locaux (lycée, mission locale, entreprises, clubs de ski, exploitant de domaine skiable…) afin de faciliter les collaborations. Les partenariats, qui concernent principalement les activités touristiques, ont vocation à s’élargir à d’autres secteurs.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Emilie Gallerey – campus alpin de Bourg-Saint-Maurice








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