Un préavis de grève illimitée a été déposé, le 3 juillet, par l’intersyndicale FO et CGT de la régie du train du Montenvers, à Chamonix. Ce jeudi, le petit train rouge reprend du service mais pour combien de temps ?
Le train à crémaillère, qui relie Chamonix à la Mer de Glace, avait cessé de circuler le 3 juillet (hors week-end), suite au mouvement social initié par le syndicat FO rejoint par la CGT… jusqu’à ce jeudi 9.
Dégradation des conditions de travail
Depuis la reprise de son exploitation, en novembre 2024, par le Département de la Haute-Savoie, sous forme de régie publique, les représentants du personnel dénoncent « un dialogue social inexistant », des « pressions quotidiennes », des « conditions de travail délétères avec des changements de planning constants », des heures de travail non comptabilisées… Le mal-être des salariés s’aggrave, entraînant des arrêts de travail à répétition pour burn-out, harcèlement, malaise psychologique… voire des démissions.
« Cette grève est un cas de force majeure et le seul moyen de nous faire entendre et de faire respecter nos droits », tempête Samuel Mareschal, représentant syndical Force ouvrière RMDS et conducteur de train au Montenvers depuis 23 ans.
Il évoque une « guerre d’usure de la part de la direction, dont c’est devenu la stratégie ». Les chiffres avancés font état de 445 jours d’arrêts maladie entre novembre 2024 et septembre 2025 et la situation ne fait qu’empirer. « Du jamais vu depuis la mise en service du train il y a 120 ans ! »
Des pertes chiffrées à 100 000 € par jour
Des accusations que le Département a réfutées, par voie de communiqué, se disant « très surpris » par ce mouvement social.
« Ces revendications n’ont aucun fondement puisque la Régie n’a rien changé, ni remis en cause », indique la direction.
Elle pointe également « certains comportements d’un autre âge et d’un autre temps pratiqués par des salariés ». Une plainte a d’ailleurs été déposée et plusieurs enquêtes administratives et judiciaires sont en cours.

Cette grève n’est pas sans conséquences financières. Les pertes générées chaque jour s’élèveraient au bas mot à 100 000 euros, incluant le train, la télécabine de la Mer de Glace, l’hôtel et le restaurant situés à 1913 m. « Ce train, c’est une affaire qui roule (13,5 M€ de CA 2025, 48 salariés ETP) », assure Samuel Mareschal, mettant en avant 3 000 à 4 000 passages/jour en juillet et jusqu’à 6 000 les quinze premiers jours d’août (jusqu’à 60 trains par jour en haute saison).
Un accord très attendu
Ce jeudi matin, la majorité des salariés ont repris le travail, après les négociations qui se sont tenues la veille avec le Département.
« Mais pour combien de temps, s’interroge Samuel Mareschal, après le mépris et l’indifférence totale dont nous avons fait l’objet. Des propositions doivent nous être faites aujourd’hui (après notre bouclage, NDLR). La seule véritable avancée que nous ayons obtenue, c’est sur les contrats de travail des saisonniers qui seront désormais notifiés comme tels ».
Et le représentant FO de rappeler que le préavis de grève court toujours.
Sollicité par Eco, le président de la régie, Daniel Déplante, réagit : « Nous sommes heureux que les représentants du personnel nous aient enfin demandé un rendez-vous. Comme signifié lors de cette réunion, nous ferons un retour aux revendications point par point dans la journée ».
Il assure que plusieurs d’entre elles ont déjà reçu une réponse et reconnaît notamment des difficultés concernant le décompte des heures de travail dûes au logiciel, qui sera remplacé en septembre. D’ici là, une mise à jour sera effectuée. Au sujet des erreurs constatées sur les fiches de paie, un audit est également prévu. « Toutefois, certaines demandes ne pourront pas aboutir comme le paiement des jours de grève ou encore la levée du « rappel à l’ordre » de certains salariés qui ne respectent pas les consignes, comme le port de l’équipement de protection individuelle », conclut-il. Quant au CSE, créé fin 2025, il sera doté d’un budget de fonctionnement rétroactif de 50 000 euros.
De son côté, la Compagnie du Mont-Blanc, qui exploite le site du Montenvers à 1913 mètres d’altitude, souhaite « qu’une solution soit trouvée dans les meilleurs délais ». Mathieu Dechavanne, son président, regrette « cette situation inacceptable qui pénalise les visiteurs, dont certains viennent de très loin pour aller sur la Mer de Glace, mais aussi l’ensemble des acteurs économiques de la vallée ».
Patricia Rey
Photo Une : Les salariés manifestent devant la gare du train du Montenvers à Chamonix – crédit FO/CGT








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