Santé : comme un souffle d’air intérieur

par | 11 mai 2023

Publié le 7 mai 2021, le 4e plan national santé environnemental (PNSE 4) vise à réduire les impacts des facteurs environnementaux sur la santé, notamment autour de la qualité de l’air intérieur.

« Nous passons plus de 80 % de notre temps dans les environnements clos comme le domicile, les transports, le lieu de travail, de commerce, de salles de sport, d’espaces culturels. La qualité de l’air intérieur est importante pour la vie, le bien-être de tous », argumentait le directeur de la Direction départementale des territoires (DDT), Vincent Patriarca, lors de la 24e rencontre des Ainterpros qui s’est tenue le 4 mai dernier sur le thème de la qualité de l’air intérieur, enjeu de santé et de qualité des bâtiments.

C’est à ce titre « qu’avec les élus locaux et les partenaires du réseau, notamment le CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement), nous avons choisi le chantier de la crèche l’Arche des bambins, à Neuville-les-Dames, pour montrer l’exemplarité de la construction », a-t-il ajouté. Organisé par le Département et la DDT 01, ce rendez-vous venait à point nommé pour aborder les étapes du dispositif révisé de surveillance réglementaire de la qualité de l’air intérieur dans certains établissements recevant du public (lire l’encadré ci-dessous).

« Je suis heureux qu’un projet aussi pointu que celui de la crèche soit donné en exemple », renchérissait Michel Chalayer, maire de Neuville-les-Dames. Un projet novateur que la Communauté de communes de la Dombes « voulait tourné vers l’avenir, tant par les matériaux utilisés que par les procédés de construction », se plaisait à dire la présidente Isabelle Dubois.

Un environnement sain

« Il s’avère que la crise sanitaire et le temps de confinement ont remis dans l’actualité le sujet de la qualité de l’air intérieur », indiquait Damien Thomassin de la DDT 01 en introduction à la table ronde qui suivait la visite de chantier. « Nous avons répercuté les recommandations du ministère de la Santé pendant la période Covid qui était de renouveler l’air, un besoin vital et permanent. Nous nous sommes aperçus que l’air intérieur est 5 à 10 fois plus pollués que l’air extérieur du fait du manque d’aération, mais aussi des polluants pouvant provenir des matériaux de construction, du mobilier ou des produits d’entretien. La solution est de favoriser l’aération et non pas de jouer uniquement sur les systèmes de ventilation qui peuvent être insuffisants pour assurer ce renouvellement d’air », expliquait Jeannine Gil-Vailler, cheffe de la cellule santé et aménagement (SAT) de la délégation territoriale de l’Ain de l’ARS au côté de Dorothée Bayard-Genaudy, chargée de mission petite enfance au service accueil du jeune enfant (DGAS de l’Ain).

A contrario, une bonne qualité de l’air à l’intérieur d’un bâtiment a un effet positif démontré sur le bien-être des occupants ainsi que sur la concentration et l’apprentissage des enfants. Des aspects, plus techniques, étaient évoqués par Cyril Pouvesle, chargé de mission qualité de la construction et filières vertes de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et Julien Boxberger, expert en ventilation de la société Aérology basée à Bourg-en-Bresse. Ils ont imagé les bonnes pratiques à adopter pour améliorer la qualité de l’air intérieur des établissements visés.

15 : En moyenne, c’est le nombre de mètres cubes que nous respirons par jour dont 12 m3 sont de l’air intérieur (potentiellement pollué ou contaminé).

Un enjeu de santé publique

Aujourd’hui, en France, d’après l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (QAI), le coût annuel de la mauvaise QAI est estimé à 19 milliards d’euros. D’où l’importance de la mise en œuvre de la surveillance de la QAI.

Depuis le 1er janvier 2023, sont soumis au nouveau dispositif de surveillance réglementaire, les établissements accueillant des enfants de moins de 6 ans tels que les crèches, haltes-garderies, etc., mais également les établissements d’enseignement ou de formation professionnelle du premier et du second degré (écoles maternelles, écoles élémentaires, collèges, lycées d’enseignement général, technologique ou professionnel) et les centres de loisirs.

Les autres établissements, à savoir les structures sociales et médico-sociales, les structures de soins de longue durée rattachées aux établissements de santé, ainsi que les établissements pénitentiaires recevant des mineurs seront soumis à la réglementation au 1er janvier 2025.

10 : Été comme hiver, il est préconisé d’ouvrir les fenêtres en grand au moins 10 minutes par jour pour renouveler l’air des espaces clos.

Matériaux biosourcés pour l’Arche des bambins

Créée en 1981, cette crèche – qui serait la première de France en milieu rural – se déplace de quelques mètres. Si elle reste sur la commune de Neuville-les-Dames, son berceau, elle est tournée vers l’avenir en termes de matériaux de construction.

Projet issu d’un concours porté par la Communauté de communes de la Dombes, la construction de l’Arche des bambins avance semaine après semaine. « L’agence a été désignée lauréate en mai 2021 et immédiatement un défi s’offrait à nous. Lorsque nous avons réalisé l’esquisse, le projet était marqué par une ambition forte. Nous visions le niveau de performance E3C1 énergie et bas carbone élevé. Le pari était de réaliser une ossature en bois avec un remplissage paille. Cela reste novateur même si, heureusement, nous ne sommes pas les premiers à le faire. À mon sens, d’ailleurs, ce mode de construction va être de plus en plus utilisé. Et c’est une très bonne chose », a affirmé Frédéric Guichard, architecte du projet chez Bel Air Architectures, lors de la visite du chantier organisée dans le cadre de la 24e rencontre des Ainterpros du bâtiment durable.

Si l’aspect environnemental a guidé le projet dans sa conception, cette ambition forte de la maîtrise d’ouvrage a interpellé les usagers. « Nous avons pu avoir des échanges constructifs, riches, francs. Cela a été appréciable. L’autre réussite, c’est le choix des entreprises par la communauté de communes. Des sociétés locales et de qualité. Nous avons fait le choix d’une conception simple et compacte, sans que cela soit contradictoire avec un parti urbanistique, architectural et paysager affirmé », a ajouté l’architecte.

Le projet de deux unités de vie de 12 berceaux (soit 24 places, avec la possibilité d’aller jusqu’à 28) et dortoirs associés devrait accueillir, dès l’automne, des enfants âgés de 2 mois à 6 ans. Débutés en juillet 2022, les travaux du bâtiment, d’environ 400 m², s’élèvent à 1,065 M€ HT, financés avec le soutien de la CAF et de la MSA de l’Ain, du Département et de l’État. Une attention particulière est portée au choix des matériaux biosourcés.

L’ensemble des murs de façade est en paille et enduit à la chaux. Un matériau isolant sain, confortable et durable qui contribue à une qualité d’air intérieur. « En termes de bâti, nous sommes sur une grosse maison avec un toit unique, ce qui est cohérent avec l’architecture du village et la région », précise Frédéric Guichard. Un toit qui verra la pose de 20 panneaux photovoltaïque pour une surface de 34 m², tandis que le chauffage se fera par pompe à chaleur (PAC) air-eau.


Carole Muet

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