Conjoncture : ce qui attend les entreprises de l’Ain en 2024

par | 22 février 2024

De la conjoncture internationale aux tendances régionales, voire locales, en passant par le national, la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ain et la Banque de France ont réalisé un tour d’horizon complet.

«Crise énergétique, inflation… Nous connaissons nos forces, mais les menaces ne manquent pas. Le ralentissement mondial a été moins fort que prévu en 2023, mais il devrait se prolonger en 2024 », devait relever Patrice Fontenat, président de la CCI de l’Ain, en ouverture de la conférence conjointe entre la chambre consulaire et la Banque de France, sur la conjoncture 2024, mardi 13 février.

Un rendez-vous désormais traditionnel, mais dont le casting a changé cette année, avec Thierry Métayer, nouveau directeur départemental de la Banque de France, et Pierre Bérat, directeur des études et de l’information économique pour la CCI Auvergne-Rhône-Alpes.

L’environnement international est marqué par le retour de tensions sur les chaînes d’approvisionnement. « Les attaques des houthis en mer Rouge conduisent les bateaux de commerce à se détourner du canal de Suez, ce qui implique des temps d’acheminement plus longs », a relevé le premier.

« Le conflit au Moyen-Orient a également amené des tensions sur le pétrole, tandis que l’on observe une détente sur les métaux, avec une demande moins dynamique en Chine. » Et celui-ci d’enchaîner sur l’inflation, qui semble vouloir marquer le pas (2,9 % en zone euro, en décembre).

« Les hausses de taux directeurs de la Banque centrale européennes ont porté leurs fruits. Ils se maintiennent à présent à un niveau élevé, mais une baisse est attendue en 2024, si l’inflation se stabilise autour de 2 %. L’objectif pour 2025 est 2,6 %. » Sauf nouveau choc conjoncturel, bien entendu.

Consommation et épargne

Côté France, la croissance a été revue légèrement à la baisse pour 2023 (0,8 % au lieu de 0,9). Les prévisions restent inchangées pour 2024 et 2025 (0,9 %, puis 1,3). « Cette année, la croissance devrait être tirée par la consommation des ménages et une réduction de l’épargne, qui devrait se situer à un niveau proche de 16 %, encore supérieur à ce qu’il était avant covid. L’an prochain serait en plus marqué par un retour de l’investissement privé », estime le directeur.

La consommation, elle, serait dopée par une hausse du pouvoir d’achat, du fait d’un décalage entre hausse des salaires et inflation.

« Après une année 2023 marquée par un ralentissement des créations d’emploi nettes, le chômage devrait continuer à croître jusqu’en 2025, puis recommencer à baisser en 2026 », note encore Thierry Métayer, alors qu’après le creux des années de pandémie, le nombre de défaillances d’entreprises se rapproche de la moyenne de la période 2010-2019 (7 000 en région, 60 000 en France).

À l’échelle régionale, l’année passée a connu un ralentissement, sans récession. Les chiffres d’affaires ont baissé de 1,2 % en volume, mais progressé de 2,2 % en valeur pour l’industrie, augmenté respectivement de 0,7 % et 5,2 % pour les services marchands, diminué de 0,4 %, mais monté de 4,8 % pour la construction.

Les entreprises ont répercuté les hausses de coûts, mais l’activité se réduit partout. « L’effet prix est positif mais insuffisant pour compenser la baisse des carnets de commandes dans la construction, en particulier dans le gros œuvre », constate notamment le directeur de la Banque de France.

« Un niveau élevé de contraintes continue de peser sur le développement des entreprises », a complété Pierre Bérat, fort d’études régulières conduites auprès de 500 TPE et PME régionales.

« Trois facteurs les mettent en particulier sous pression, les difficultés de recrutement (43 %), le manque de vigueur de l’activité (38 %) et la hausse des prix des intrants (35 %). Ce dernier point a connu une chute importante, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine où il était au plus haut, mais il reste élevé. Les prix de l’énergie sont un problème majeur pour 53 % des entreprises, d’autant que toutes ne sont pas en situation de les répercuter sur leurs marges. » Seul le frein des difficultés d’approvisionnement, apparaît à la baisse. Il n’est cité que par 7 % des dirigeants interrogés.

Parmi les 39 % de TPE-PME qui se disent freinées dans la réalisation de gains de productivité, 42 % l’expliquent par le manque de compétences et 35 % par un engagement insuffisant de certains collaborateurs.

« Avec les tensions sur le recrutement, les entreprises sont conduites à embaucher des profils qui ne correspondent pas pleinement à leur recherche », décrypte Pierre Bérat. « Un turn-over excessif est souvent évoqué, également. » Les contraintes administratives et réglementaires sont par ailleurs citées par 37 % des répondants, l’insuffisance de capacités financières pour investir par 31 %.

Dans ce contexte difficile, les chefs d’entreprise ne se laissent pas aller. Ils sont 43 % à envisager de conquérir de nouveaux marchés en France, 30 % de diversifier leur activité (« Un levier en progression depuis l’été », relève Pierre Bérat), 29 % de moderniser leur boîte et autant d’innover.

« Certains segments restent dynamiques, d’où cette volonté de diversification ou encore, d’innovation », observe le directeur des études et de l’information économique. Un volontarisme encore plus marqué pour les TPE-PME exportatrices.

Avec 12,468 milliards d’euros à l’export, l’Ain figure au troisième rang en Auvergne-Rhône-Alpes. Cette performance à l’international permet au département d’afficher un excédent commercial de 2,246 milliards, qui le situe au quatrième rang national.

Filières d’excellence

Sur elles « repose le dynamisme de notre territoire », dixit Patrice Fontenat, le président de la CCI de l’Ain. Plasturgie et composites, métallurgie et mécanique, bois et ameublement, aéraulique, frigorifique et thermique, équipements électriques et électroniques, automotive, agroalimentaire… La chambre a identifié sept filières d’excellence, auxquelles s’ajoutent deux filières émergentes (nucléaire et aéronautique) et deux filières socles (transport-logistique et BTP).

Cette diversité est un vrai atout, certains secteurs tirant l’activité industrielle quand d’autres sont davantage à la peine (+19 % en 2023, en région, pour l’électronique et l’optique, +14 % pour les matériels de transport, +11 % pour la production de machines et équipements, mais -12 % pour le bois et -20 % pour la chimie). Afin de mettre en valeur ces filières, la CCI avait organisé le 27 novembre, un forum : “L’Ain, terre d’excellence industrielle”. L’événement sera reconduit en 2024, a annoncé le président.


Sébastien Jacquart

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez également :

Édito | Le déficit et la guerre

« On a une stratégie claire : baisser les impôts, pour relocaliser, être le pays le plus attractif en Europe et réindustrialiser. C’est ce que nous sommes en train de faire. […] La réindustrialisation, c’est bon pour l’emploi », a déclaré Emmanuel Macron, le 11...

LIRE LA SUITE

Industrie : SAV France, une entreprise magnétique

SAV France, à Montmélian, filiale française du groupe allemand SAV, est spécialisée dans le magnétisme industriel. Créée en 2013, elle présente la particularité d’être détenue à 67 % par ses deux cogérants savoyards. SAV France, créée en 2013 par Vincenzo...

LIRE LA SUITE

ZAC Vetrotex : dans le “triangle d’or” de Chambéry

À Chambéry, les trois ZAC du centre nord : Grand Verger, Vetrotex et La Cassine forment un “triangle d’or” en pleine mutation. Sur la friche industrielle Vetrotex, plus de 800 logements sortent de terre… Le périmètre des trois Zac (zones d’aménagement concerté)...

LIRE LA SUITE

Publicité