Conjoncture : quel contexte pour l’Ain en 2019 ?

Conjoncture : quel contexte pour l’Ain en 2019 ?

La CCI et la Banque de France se sont penchées de concert sur les données de conjoncture locales. Après une année relativement satisfaisante, les prévisions sont encore optimistes.

La Chambre de commerce et d’industrie et la Banque de France se sont associées pour la deuxième fois, afin de proposer aux entreprises et acteurs économiques locaux, un point sur la conjoncture départementale, jeudi 14 février. « Avec internet et les réseaux sociaux, il est possible de trouver beaucoup de données. Notre volonté est de leur donner du sens et du relief, de permettre une comparaison avec nos voisins de la grande région et au-delà, notamment », a expliqué Patrice Fontenat, président de la CCI de l’Ain. Et Patrick Croissandeau, directeur local de la Banque de France, de confirmer ce désir de donner de la couleur à l’information, ainsi que de rendre ce rendez-vous plus régulier. Celui-ci a ensuite fait le point sur le contexte national et global (lire en bas de page 7), avant de dresser, avec Chantal Rovri, responsable de l’observatoire économique de la CCI, le panorama de l’Ain.

Le département bénéficie, entre autres atouts, d’un tissu économique dense de 24 000 établissements qui maillent l’ensemble de son territoire. Un tissu en croissance de surcroît, avec un taux de renouvellement (i. e. la différence entre radiations et créations) de +6,2 % en 2018, le meilleur depuis 10 ans. Le nombre d’entreprises a crû de 25 % sur la période. Une progression portée par les services et le BTP.

Poids de l’industrie en baisse

D’ailleurs, cette croissance des services explique, pour partie, que le territoire, sixième employeur régional, a perdu son rang de premier département industriel de France à proportion du nombre d’emplois dans le total de la population, pour basculer à la troisième place. L’autre explication réside dans les difficultés que rencontrent les industriels à recruter des personnels qualifiés. Sur la décennie, l’industrie a perdu des établissements et quelque 6 000 emplois (-12,7 %, contre -10,4 % pour la région). « Tous les secteurs d’activité sont impactés, à l’exception de la production d’énergie, observe Chantal Rovri. En revanche, les chiffres trimestriels de l’emploi indiquent une légère remontée en 2018. Les secteurs qui ont progressé sont la plasturgie, le travail des métaux et les autres industries manufacturières. » L’industrie continue cependant à peser lourd dans le département. Elle représente 2 248 établissements et 41 936 salariés, soit 28,3 % de l’emploi total dans l’Ain et 9,3 % de l’emploi de la région. À 50 %, les établissements de plus de 50 personnes sont des établissements industriels. Les services, eux, représentent 50 % des établissements (12 040) et 46 % des emplois (68 980), en progression de 16,5 % sur dix ans. Une hausse supérieure à celle enregistrée dans la région (+14,7 %) et au national (+10,2 %). Quant au BTP, il pèse 11,7 % des établissements (2 800) en hausse de 28 % sur 10 ans et 8,3 % des effectifs (12 419 emplois) en baisse de 13,7 % sur la même période, mais avec un rebond depuis 2015.

Cinquième taux de chômage le plus bas de France (deuxième de la région), l’Ain a connu une récente baisse de l’emploi salarié sur la fin 2018, mais celui-ci avait progressé de 2,8 % sur 10 ans, à fin 2017. Ambérieu-en-Bugey est le territoire qui a enregistré la plus forte croissance régionale sur un an. Une croissance surtout marquée sur le premier trimestre, puis qui s’est ralentie pour passer sous la barre de la progression régionale (+0,4 %) et nationale (+0,5 %), avec + 0,2 %.

En termes d’export, le département, qui occupe le troisième rang régional avec 9,7 milliards d’euros de produits exportés (15,1 % du total régional), a enregistré une progression de 6,8 % en 2018 par rapport à 2017 et même de 64 % depuis 2002. Une dynamique supérieure à celle de la région, en hausse de 50 % sur la même période.

Croissance robuste

À ces différents chiffres, Patrick Croissandeau ajoute un indicateur supplémentaire, celui des évaluations de la Banque de France. « Les entreprises de l’Ain sont cotées favorablement pour 71 % d’entre elles, ce qui témoigne d’une capacité évidente à investir et, si besoin, à résister aux chocs. » Et celui-ci de commenter à propos de l’industrie, sur la base des enquêtes de conjoncture conduites auprès des entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes : « La croissance 2018 a été irrégulière. Elle se termine sur une hausse inférieure aux attendus, mais tout de même robuste. À l’échelon régional, le chiffre d’affaires de l’industrie progresse de 3,2 %, le chiffre d’affaires à l’export de 2,7 % et les effectifs de 2,3 %. Le niveau des investissements reste plutôt stable, avec un taux d’utilisation des capacités de production qui tend à passer sous sa moyenne de long terme. Dans l’industrie comme dans les services, la rentabilité apparaît stable pour 37 % des chefs d’entreprises interrogés et en hausse pour 38 %. » Pour l’année 2019, les perspectives se situent à +3,5 % pour l’industrie par rapport à 2018, +3,8 % pour les services et +2,4 % pour le BTP, avec des effectifs en hausse de, respectivement, 1,4 %, 2,9 % et 1 %. « Comparé aux autres départements, l’Ain s’inscrit dans une dynamique similaire sur l’industrie et les services, mais se distingue sur la partie construction où la progression attendue est meilleure », conclut Patrick Croissandeau.

Conjoncture Banque de France-CCI, Patrick Croissandeau et Chantal Rovri.
Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain, et Chantal Rovri, responsable de l’observatoire économique de la CCI 01, réunis pour un point de conjoncture.

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L’Ain, qui se situe dans la deuxième région économique française, se place au deuxième rang régional pour l’indépendance décisionnelle de son tissu économique, comme pour la part des établissements de 50 salariés dans l’ensemble du tissu économique.

4 500

Le département a gagné 4 500 établissements en dix ans, mais le nombre d’établissements industriels est resté stable.

Un monde d’incertitudes

Le directeur de la Banque de France dans l’Ain a dépeint la conjoncture générale.

Tentations protectionnistes, tensions géopolitiques, Brexit… Les facteurs d’incertitudes ne manquent pas, dans la conjoncture 2019. « Deux zones nous interpellent, note Patrick Croissandeau, directeur de la Banque de France dans l’Ain. Aux États-Unis, les marchés ont décroché en octobre, en réaction à la dernière remontée des taux. Leurs craintes portent sur le risque pensant sur les entreprises, non pas à cause de leur niveau d’endettement (46 % du PIB, 1 100 milliards, NDLR), mais du fait de prêts à effet de levier assez risqués et qui ont été titrisées, comme les subprimes. On n’attend pas de nouvelle hausse des taux en 2019. Ce n’est donc pas un risque immédiat, mais un facteur de déstabilisation. »

L’autre zone est la Chine, dont le PMI (indice manufacturier) est annonciateur de récession. « C’est une volonté des dirigeants chinois que de réorienter leur économie, relativise Patrick Croissandeau. Seulement, l’exercice se révèle plus périlleux dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis. Les négociations entre les deux pays butent sur de nombreux désaccords, notamment sur la protection de la propriété intellectuelle. On se dirige sans doute vers un report de l’échéance du 2 mars, tandis que Washington menace d’imposer de nouveaux droits de douane de 20 % sur 200 milliards de produits. »

En Europe, les craintes sur la conjoncture concernent l’Allemagne et l’Italie, dont les PIB sont en recul de 0,2 et 0,1 %. La première en lien avec la contraction du commerce mondial, la deuxième davantage pour des raisons internes. Quant au Brexit, il pourrait selon les scénarios, avoir un impact de -2 à -9 % sur le PIB anglais. En France, si le mouvement des gilets jaunes semble avoir impacté le PIB 2018 de 0,1 %, les mesures d’urgence annoncées par le Gouvernement pourraient avoir un effet de +0,1 à +0,2 % sur 2019. L’emploi devrait rester soutenu, avec 130 000 créations nettes dans le secteur marchand, la croissance se maintenir autour de 1,5 %, l’indice des prix à la consommation hors énergie et alimentation s’établir à +1,3 %.

Démographie

L’un des atouts majeurs du département réside dans une démographie dont la croissance rapide devrait encore se poursuivre sur les 20 prochaines années. L’Ain, qui comptait 638 000 habitants en 2015, devrait en dénombrer 200 000 de plus d’ici là. C’est la 3e plus forte croissance nationale projetée sur 2013-2050.

Politique monétaire

Le directeur de la Banque de France dans l’Ain ne pouvait pas intervenir sur la conjoncture sans parler des politiques monétaires. « La fin des achats d’actifs par la Banque Centrale Européenne ne signifie pas la fin des politiques accommodantes, a-t-il tenu à rassurer. Les 2 600 milliards d’actifs achetés continueront d’être stockés, c’est-à-dire que ceux qui arrivent à échéance seront remplacés. Les marchés ont compris ce modèle et anticipent son maintien pour au moins trois ans. Et s’il le fallait, nous n’hésiterions pas à mettre en place de nouvelles mesures d’assouplissement. »

Il faut dire que le niveau d’incertitude a progressé sur les trois à six derniers mois. Et certains s’interrogent sur la possibilité d’un nouveau retournement, d’une fin de cycle. « L’indice PMI s’inscrit effectivement à la baisse et de façon persistante sur les aspects manufacturiers. Mais, même si celle-ci a ralenti, nous restons en croissance. Le commerce mondial s’est certes contracté en 2018, mais pour s’établir à +3,7 % », tempère encore Patrick Croissandeau.


Par Sébastien Jacquart

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