Depuis 1960, la coopérative laitière de Yenne (73) brasse des millions de litres de lait par an. Elle affiche un chiffre d’affaires 2022 de 30 M€, avec un objectif 2023 volontariste, à 40 M€.
La coopérative laitière de Yenne emploie 65 collaborateurs pour produire huit fromages d’appellation estampillés « La Dent du Chat » : cinq AOP (reblochon, tome des Bauges, beaufort, abondance et chevrotin) et trois IGP (tomme, raclette et emmental de Savoie).

La coopérative affiche une croissance de 30 % sur les quatre dernières années, et le prix du lait est au cœur de sa politique économique… Mais le marché s’emballe en ce début d’année 2023. « Cela équivaut à une augmentation du prix du fromage autour de 9 %… C’est de l’inflation inflationniste », s’indigne Loïc Bertrand, le président de la coopérative. « Nous préférons rester sur une trajectoire plus lente et régulière de 3 % d’augmentation par an. »

L’un des avantages d’appartenir à une coopérative en gestion directe, c’est que les producteurs gardent la maîtrise du prix de leur propre lait et, donc, de leur rémunération : « Toutes les entreprises ont le souci de réduire leurs charges. Nous, c’est le contraire ! Nous aspirons à ce que notre charge principale – le prix d’achat du lait – soit la plus élevée possible, pour garantir la rétribution de nos producteurs », explique Loïc Bertrand, avant d’ajouter : « L’exercice 2022 nous permet d’appliquer une augmentation, payable sur le mois d’avril. Nous passons de 595 euros, prix moyen payé au producteur en 2021, à 635 euros en 2022, soit 90 euros par 1 000 litres de plus que les autres zones de production IGP en Savoie. »
15,80 M€ d’investissements en deux ans
La coopérative de Yenne collecte le lait de 48 fermes regroupant cent agriculteurs savoyards, pour un volume de 21 millions de litres de lait traités chaque année. La Dent du Chat annexe même une part de mont Blanc : « Deux acteurs haut-savoyards nous ont rejoints : la coopérative des fermiers de Haute-Savoie et celle de Massingy, qui nous livrent chacune environ 4,5 millions de litres de lait par an. »
Ces nouvelles collaborations sont rendues possibles grâce à d’importants investissements consentis depuis 2021 pour accompagner la croissance de la coopérative. « Notre programme d’investissement comprenait une première tranche de 14 M€ pour moderniser notre outil de fabrication et agrandir notre zone d’expédition », détaille Loïc Bertrand. La coopérative a bénéficié pour cela d’une subvention de la Région de 600 000 € et de 300 000 € du Département et des intercommunalités du canton.

Une deuxième tranche d’1,8 M € de travaux (dont 600 000 € supplémentaires de la Région) a débuté fin 2022, pour la réalisation d’une cave d’affinage à raclette. « Nous devons faire en sorte que notre atelier ne s’arrête jamais. Il fonctionne depuis deux ans : nous sommes passés de 20 M€ de chiffre d’affaires en 2021 à 30 M€. Nous visons les 40 M€ en 2023 mais cela est soumis à l’incertitude de la consommation. Pour l’instant, elle reste bonne ».
La gamme bio cède du terrain…
La coopérative développe une filière bio depuis 1995, emboîtant alors le pas aux premières conversions agricoles. Jusqu’en 2021, l’offre était inférieure à la demande. Puis, les producteurs sont passés en surnombre, tandis que le marché faiblissait. Le volume de lait bio représente 4,5 millions de litres en 2022 pour la coopérative.
« Nous sommes environ à -12 % de consommation de fromages bio en 2022 par rapport à 2021, alors que les volumes de lait bio ont augmenté de 800 000 litres. C’est dommage. On subit un phénomène inattendu. Pour autant, nous ne désespérons pas », relativise le président, Loïc Bertrand, car « la part non valorisée du bio ne passe pas à perte. Le marché a débuté à 195 € les 1 000 litres en 1995. En 2022, le coût moyen du lait bio s’élevait à 780 € les 1 000 litres, contre 430 € prix national. »








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