Les DCF au chevet de la santé des commerciaux

par | 15 juin 2017

L’association de dirigeants des fonctions commerciales est partenaire de l’observatoire Amarok et de Malakoff Médéric.

Pour leur congrès régional, organisé le 8 juin à Oyonnax par la section des Pays de l’Ain, les Dirigeants commerciaux de France (DCF) avaient retenu deux thèmes : la planète et l’environnement (lire l’article en bas de page), d’une part, la santé des commerciaux au travail, d’autre part. Cette dernière thématique coulait de source. Les DCF sont des partenaires de la première heure de l’observatoire Amarok de la santé des dirigeants — dont le fondateur, Olivier Torres, intervenait évidemment sur ce congrès — et de Malkoff Médéric, qui a conduit l’année dernière, une enquête de santé auprès de 800 adhérents de l’association. Ce 8 juin a d’ailleurs été le prétexte d’une enquête flash dont les résultats ont été restitués le jour même.

« On s’intéresse depuis longtemps à la santé des salariés. Les premières études remontent à 1840. Si ce travail était nécessaire, il n’existait rien sur la santé des dirigeants. On incite les gens à entreprendre, à se lancer sur le champ de bataille de l’économie mondiale, mais a-t-on seulement pensé à l’infirmerie ? s’interroge Olivier Torres qui suit depuis maintenant près de 10 ans, un millier de chefs d’entreprise volontaires. La phrase type du dirigeant, c’est : « je n’ai pas le temps d’être malade ». Le leadership stimule, mais il interdit d’exprimer la moindre souffrance. Il crée un tabou. »

Risques

Or, les études conduites par Amarok sur les chefs d’entreprise montrent que ceux-ci cumulent un certain nombre de risques pathogènes avérés : le stress, la charge de travail (autour de 55 heures par semaine), l’incertitude, la solitude. « Certains ont fait du stress un moteur, mais il pose un vrai problème s’il devient permanent, note le professeur. Si le travail est salvateur — les taux de morbidités les plus élevés se trouvent chez les chômeurs de longue durée —, son excès est nuisible. Mon message aux dirigeants est donc d’être à l’écoute de leur corps, de leur état de fatigue. Trop souvent, vous vous oubliez. Un dirigeant fatigué est plus agressif, moins imaginatif et moins anticipatif. Vivez le sommeil comme un capital : dormir plus pour entreprendre mieux. Les Français dorment en moyenne 7 h 05, les chefs d’entreprise 6 h 30. »

Nonobstant ce cumul de risques pathogènes, les chefs d’entreprise ne tombent pas comme des mouches. Ceci grâce à un certain de nombre de facteurs que le professeur Olivier Torres qualifie de « salutogènes » : sentiment de maîtrise de sa destinée, endurance, optimisme ou encore, passion. « Un homme, une femme qui crée est porté par son projet. C’est une forme de transcendance. » Amarok détient aujourd’hui la preuve qu’entreprendre est bon pour la santé. « Mais si les dirigeants, en moyenne, se portent mieux que les autres, les écarts types (burn-out, dépression…) sont également plus importants », alerte Olivier Torres qui réitère son appel à la vigilance.

Bénéfices

Deux chefs d’entreprise sont ensuite venus compléter les propos du professeur par leurs retours d’expérience, Joël Viry et Yvan Rivat. Analysant son parcours, le premier a noté qu’il avait peut-être connu davantage d’échecs que de réussites. « Entreprendre, c’est bon pour la santé, tant que l’optimisme est là, tant que les échecs sont l’occasion de rebondir, en conclut-il. Si le pessimisme prend le dessus, il faut arrêter. » Issu d’un grand groupe avant de reprendre une PME de 40 personnes, le deuxième a comparé les deux situations. Incertitude, difficulté à trouver du sens et vecteurs de pression mal identifiés lui paraissent constituer les facteurs pathogènes dans un grand groupe, la pression des clients, la gestion des périodes de moindre activité et la vision de court terme, ceux de la PME. « Les facteurs salutogènes sont la personnalisation du résultat, la maîtrise des règles du jeu et une plus grande facilité à imaginer un avenir positif. Alors, entreprenez, c’est effectivement bon pour la santé. Mais faites le jeune. À 40 ans, votre boîte à outils est pleine. Lancez-vous ! »


À propos des DCF

Les Dirigeants commerciaux de France comptent 80 associations en France, pour un total de 2 500 adhérents, dont 300 en Rhône-Alpes.


Comment se portent les commerciaux ?

Soixante-neuf participants au congrès régional des DCF ont répondu à l’enquête flash de Malakoff Médéric. Parmi eux, 71 % sont fiers de leur entreprise, un bon niveau d’engagement, mais inférieur à celui des répondants à l’enquête nationale menée auprès des DCF en 2016 (84 %). S’ils sont 87 % à s’estimer en bonne santé, 66 % pensent ne pas pouvoir s’arrêter malgré une prescription de leur médecin (contre 68 % au national). Ils sont 58 % à faire du sport au moins une fois par semaine (vs 51 %), 73 % à faire attention à leur équilibre alimentaire (83 %), 29 % à boire quotidiennement de l’alcool (27 %), 79 % à trouver leur travail nerveusement fatigant (70 %), 30 % à juger leur métier éprouvant physiquement (40 %) et 62 % à penser pouvoir continuer au même rythme encore 10 ans. Seuls 19 % souffrent de troubles du sommeil (contre 34 %) et 46 % ont du mal à concilier vie personnelle et vie professionnelle (contre 54 %).


Bourg en finale du concours de la commercialisation

Concours national de la commercialisation

Quentin Rouquette et Claudie Chardeyron, lauréats régionaux du Concours national de la commercialisation.

Quelque 10 000 étudiants issus de 3 250 écoles ont participé en mars au concours national de la commercialisation. Deux copies ont été retenues à l’échelon régional pour participer à la finale, celle de Claudie Chardeyron de l’EGC de Valence, chez les bac+2-bac+3, et celle de Quentin Rouquette de l’IAE Lyon III campus de Bourg-en-Bresse, chez les bac+4-bac+5. Tous deux ont donc été récompensés à l’occasion du congrès régional des DCF (photo).

Les élèves ont planché sur le cas d’une coopérative hôtelière de 560 établissements (Inter-hôtel) qui, face à l’ubérisation de l’économie et à la multiplication des plateformes de réservation, doit trouver des solutions pour permettre à ses hôteliers indépendants de gagner en visibilité et fidéliser la clientèle.


Environnement : les entreprises en première ligne

Romain Ferrari a témoigné de l’intérêt d’une démarche RSE, aux côtés de l’explorateur Jean-Louis Étienne

Congrès régional DCF Rhône-Alpes, Romain Ferrari, Jean-Louis Etienne, Louis-Rémy Pinault.

Romain Ferrari, Jean-Louis Etienne, Louis-Rémy Pinault ont débattu des enjeux de la RSE dans l’entreprise.

« Une entreprise a un engagement moral face aux questions environnementales », considère Romain Ferrari, directeur général du groupe Serge Ferrari, fabricant de toiles composites, invité par les DCF à débattre d’environnement, pour ce congrès régional. Ce n’est pourtant même pas le moteur qui a conduit sa société à se lancer, très tôt, dans des solutions constructives légères et des solutions de recyclage. « C’est une volonté de nous différencier », explique-t-il. La démarche est-elle profitable ? « Une enquête conduite en 2011 auprès de plus de 1 000 entreprises, sur une analyse de la performance RSE et de la performance financière, a donné une courbe en U. Il faut donc soit s’en moquer complètement, soit s’engager pleinement. En fait, vous devez être capables de vendre la valeur étendue de votre offre. Pour les commerciaux d’un fabricant de gobelets réutilisables, par exemple, c’est démarcher non seulement les organisateurs d’événements, mais aussi les prescripteurs comme les collectivités gestionnaires des déchets. Vous vendez des valeurs que votre client va pouvoir s’approprier. »

Pour le médecin-explorateur Jean-Louis Étienne, le groupe Serge Ferrari fait la démonstration que l’action environnementale est déjà en marche dans l’entreprise. « La RSE est une valeur fédératrice », considère-t-il. Et il y a urgence. « Quand on explore les régions polaires, on est témoin de l’impact des activités humaines sur l’environnement. Sécheresses, inondations, cyclones… ont des coûts très importants. Et l’inertie du climat est importante. »

Chez Generalli, on a bien compris ces enjeux. « Depuis une dizaine d’années, nous encourageons les entreprises à adopter des démarches de développement durable, par des remises sur leurs contrats, note Louis-Rémy Pinault, manager à la souscription des risques. Les entreprises qui intègrent la RSE s’inscrivent dans une dynamique vertueuse pour une performance globale. » Quant à convaincre le reste de la population, « la société civile attend de la pédagogie », considère Jean-Louis Étienne.


Par Sébastien Jacquart

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