La rencontre des deux structures, d’univers pourtant différents, a donné lieu à une coopération inédite et de plus en plus foisonnante.
Une collaboration entre des entreprises “classiques” et des entreprises en économie sociale et solidaire est-elle possible ? Voilà une question à laquelle Part’Innov avait tenté de répondre le jeudi 3 octobre 2019. L’enquête avait été menée par le Creso, le centre de recherches en entrepreneuriat social de l’Ucly (Université catholique de Lyon). Près de quarante entretiens ont été réalisés dans différentes structures. Des dirigeants, des managers, des salariés et des représentants du personnel avaient été alors interrogés. Le projet, implanté sur la région Auvergne-Rhône-Alpes étudie de près les partenariats innovants. Des chercheurs, spécialisés notamment en management et en ressources humaines, sont allés à la rencontre des entreprises participantes. Parmi elles, un partenariat en particulier avec des acteurs locaux a été mis en avant, celui de l’association Tremplin (Bourg-en-Bresse) avec le siège français de Mondial Tissu.
Une envie de changement
À l’origine, ce partenariat a débuté grâce à une salariée de l’entreprise qui était également bénévole de l’association, avec l’idée d’effectuer des dons de tissus pour les ateliers de confection de Tremplin. « Nous sommes les leaders de la vente de tissu en France et nos clients sont majoritairement des femmes, comme d’ailleurs l’essentiel de nos équipes. En conséquence, nous avons essayé de trouver un partenariat avec une association qui s’intéresse à ces dernières et qui leur permet de se resocialiser. Finalement, il y a près de quatre ans, nous nous sommes mis en relation avec Tremplin qui possède un atelier de confection, occupant une douzaine de salariés en insertion. Nous avons commencé assez facilement avec du don de produits. Nous possédons en effet des lots impropres à la vente car défectueux pour nos catalogues, mais neufs. Avec ces rouleaux de tissus, il y a eu une vraie création de valeur », témoigne Sophie Montintin, directrice des ressources humaines à Mondial Tissu France. Devant cette réussite et la qualité du travail, l’entreprise n’a pas hésité à renouveler cette collaboration. L’entreprise a alors fait confectionner à l’association toutes les silhouettes pour les mannequins des différentes collections.
Une relation épanouie
« Les chercheurs trouvent ce type de partenariat complexe et foisonnant entre une structure d’économie sociale et solidaire et une entreprise comme Mondial Tissu France. De notre côté, on ne s’attendait pas à ce que Mondial Tissu France ait à ce point envie et besoin de réfléchir à son modèle de management. Le désir également d’un partenariat avec Tremplin. Nous avons finalement découvert que l’on se ressemble beaucoup plus qu’on ne le pensait. Cela permet de décloisonner un peu cette idée, erronée, selon laquelle les associations seraient très différentes des entreprises. Nous avons finalement beaucoup à apprendre de l’autre. La communication entre nous permet de continuer à innover et d’hybrider des modèles », explique Martial Do, directeur de Tremplin. Entre les deux entités, les échanges sont devenus nombreux. « Les employés du service RH vont venir entraîner à l’entretien d’embauche des salariés en insertion. Le responsable marketing a appris à des salariés travaillant dans les magasins de Tremplin, comment aménager l’espace de vente. Nous bénéficions donc de formations ou de mécénats de compétence. » Mondial Tissu prépare également des profils de poste selon leur besoin de sorte à ce que Tremplin puisse proposer des personnes en recherche d’emploi. Pourtant, lors du premier essai, l’embauche avait été un échec. Mais devant les précédents succès, Mondial Tissu n’a pas hésité à retenter l’expérience, avec réussite. L’entreprise organise chaque année sa journée de solidarité dans les jardins de Tremplin. Ainsi, les managers de Mondial Tissu France se font chapeauter toute la journée par des jardiniers de l’association. Une occasion de changer son point de vue, sur les techniques de management comme sur le travail de chef d’équipe. « Notre partenariat fonctionne, car nous possédons des intérêts réciproques. Nous n’avons pas besoin de faire d’efforts dans cet échange, finalement. Même si, parfois, cela ne fonctionne pas, nous en tirons quelque chose », se réjouit Sophie Montintin.

39 %
La dynamique partenariale entre ESS et entreprises dites classiques est variable d’une région à l’autre. La Région Auvergne-Rhône-Alpes est particulièrement bonne élève, puisque son taux de pratique des partenariats des entreprises est de 39 %. En France, celui-ci fluctue entre 23 % et 45 %.
74 %
Les partenariats se situent à 74 % au niveau local. A contrario, au niveau national, les partenariats n’existent qu’à 25 % et 15 % pour l’international.
Investissement
« Avec cette recherche, il s’agissait pour nous de savoir en quoi les partenariats sont des occasions pour les organisations de renouveler leurs pratiques de gestion des ressources humaines. Découvrir si ce partenariat à des incidences, autant pour les entreprises classiques que les entreprises en ESS, est essentiel. Les salariés qui participent à ce genre de projet montrent une meilleure adhésion à l’entreprise qui affiche des politiques RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et qui met en œuvre ces valeurs. Ce genre de mécénat permet également de révéler des compétences cachées ou insoupçonnées chez les employés, qui pourront être utilisés dans le cadre du travail. En parallèle, si de tels partenariats permettent de donner du sens au travail, ils cassent également la routine », développe Nathalie Tessier, chercheuse.
Amitié
Entre Mondial Tissu et Tremplin, l’histoire ressemble de plus en plus à une nouvelle forme d’amitié. Affection, respect et bienveillance marquent ce partenariat qui semble être une totale réussite.
Coopération mode d’emploi
L’enquête du Creso fait ressortir la coopération au cœur des échanges.

Particulièrement riche, le projet mené par le Creso a mis en avant des résultats inattendus. Pour réaliser cette étude, les chercheurs se sont intéressés à deux principes en particulier : le noyau central et le noyau périphérique. Le premier concerne les valeurs les plus profondes, difficilement modifiables. Le second concerne des normes qui sont plus changeantes et qui peuvent être un peu plus adaptable en fonction de la réalité. Pour transposer cela à la question des partenariats entre les entreprises “classiques” et l’ESS, les chercheurs ont posé systématiquement les mêmes questions en début d’entretien avec des entreprises, à savoir quel était le premier mot qui leur venait à l’esprit en pensant à l’ESS, puis ce qui venait ensuite.
« Quatre grands thèmes sont ressortis alors de l’étude, explique Nathalie Tessier, enseignante et chercheuse en gestion des ressources humaines à l’Université catholique de Lyon. Le premier est celui de la coopération/échange/relation. Ces mots sont très largement ressortis avec les différents partenaires mais principalement ceux de l’ESS. Selon moi, l’échange représenterait donc le noyau central de ce type d’économie. Le deuxième thème, sur le mot aide, a été spontanément évoqué par les salariés des entreprises “classiques”, mais beaucoup moins par les salariés de l’ESS. Finalement, ça nous renvoie aux stéréotypes que l’entreprise peut avoir sur l’économie sociale et solidaire. Le troisième thème porte sur l’opportunité. Ce dernier est mentionné à parts égales par les deux parties. Le dernier parle d’insertion professionnelle et a été abordé uniquement par les participants de l’ESS. Lors de ces échanges, il est finalement apparu que pour les entreprises “classiques”, le noyau central porte plutôt sur des notions d’aide et d’altruisme. Du côté de l’ESS, il s’agirait plus d’un échange et d’une relation primordiale au cœur du partenariat. » Des résultats qui démontrent des attentes certes différentes, mais qui, finalement, tendent vers un même but : la coopération. « Cette étude permet finalement de mettre du sens derrière les attentes des différents participants dans ces échanges. Ainsi, il est possible de mettre en place des outils adéquats pour répondre à leurs besoins. »
Par Joséphine Jossermoz








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