Entre le rôle du Département et les priorités portées par l’État, élus et institutions ont réaffirmé leur volonté de travailler ensemble pour répondre aux enjeux du territoire, dans un contexte de fortes contraintes budgétaires.
« Rien, dans ce département, ne se fera sans confiance entre l’État et les élus. Rien. » Le message est clair pour Louis‑Xavier Thirode, préfet de l’Ain, lors des 3es États généraux organisés mercredi 17 juin à Ainterexpo, à Bourg‑en‑Bresse. Ce rendez-vous a rassemblé plus de 650 participants – maires, adjoints, conseillers municipaux et présidents d’intercommunalités – autour d’un objectif commun : renforcer le dialogue entre les collectivités et réfléchir au rayonnement du territoire.
De son côté, Jean Deguerry, président du Conseil départemental, a replacé ces États généraux dans une logique de dialogue et de cohésion territoriale. Il a salué la forte mobilisation des élus, notamment les 176 nouveaux maires, rappelé l’engagement du Département comme « premier partenaire de proximité » des communes et défendu sa capacité à accompagner les territoires, ainsi qu’une action « au cœur du quotidien ». Le président a enfin réaffirmé la volonté de maintenir les soutiens financiers aux muncipalités et de renforcer les partenariats avec les intercommunalités.
Devant un public marqué par le renouvellement des équipes, le préfet a posé un cadre : privilégier l’efficacité. « Notre responsabilité n’est pas de produire des dossiers, mais des résultats », a-t-il insisté, appelant à des réponses plus rapides, des procédures simplifiées et une action publique plus concrète. Dans l’Ain, il dit avoir trouvé « une chose rare » : une capacité à dialoguer au-delà des sensibilités. « Ce pragmatisme est une force », a-t-il souligné. « Les niveaux ne se substituent pas, ils s’articulent. Et quand l’articulation fonctionne, ce sont les Aindinois qui gagnent. »
Des priorités affirmées
Sur le fond, plusieurs priorités ont été détaillées. En premier lieu, le logement, face à un déficit appelé à s’accentuer avec les grands projets à venir. Une nouvelle méthode sera mise en place, avec des objectifs définis territoire par territoire et l’organisation d’assises dédiées, à l’automne.
L’industrie constitue un autre enjeu majeur, notamment autour de la Plaine de l’Ain. Si le préfet évoque « une chance historique », il n’élude pas les inquiétudes, en particulier dans la plasturgie, et appelle à renforcer les liens entre entreprises, formation et emploi.
La question de l’eau s’impose également, dans un contexte de tensions récurrentes autour de la ressource. « Ce n’est plus un sujet de demain, mais d’aujourd’hui », a-t-il averti, appelant à mieux partager les usages.
L’agriculture et la sécurité complètent ce panorama, avec une volonté affichée de simplification pour les exploitants et de fermeté face aux nouvelles formes de délinquance, y compris en milieu rural. Enfin, le préfet n’a pas éludé la contrainte budgétaire, appelant à davantage de sélectivité dans les projets. « Gouverner aujourd’hui, c’est accepter de hiérarchiser plutôt que de promettre », a-t-il conclu.
2 300 : C’est le nombre d’agents du Département,dont 1 600 sur le terrain,pour 81 métiers différents.

Le pouls des élus
« Le président Jean Deguerry a souhaité que nous sondions l’état d’esprit des élus au moment de préparer ces 3es États généraux de l’Ain », explique Laurent Tissot, directeur de la communication et de l’attractivité du Département. Menée entre le 29 avril et le 6 juin auprès des maires et adjoints, cette enquête visait à évaluer la relation partenariale avec le Conseil départemental et à identifier les attentes pour les deux prochaines années. Au total, 247 réponses ont été recueillies, principalement issues de communes rurales ou périurbaines, offrant un retour jugé crédible. Les élus, âgés de 51 à 70 ans, ont placé en tête de leurs priorités l’aménagement du territoire, la transition écologique, les services de proximité et les mobilités. Des orientations en phase avec les politiques départementales. Pour Jean Deguerry, ces résultats confirment la nécessité de poursuivre les aides aux projets locaux, notamment pour accompagner la transition énergétique des collectivités.
46 : C’est le nombre de conseillers départementaux.

Un équilibre de plus en plus fragile
« Les départements ne veulent pas simplement devenir un guichet des prestations sociales. Nous avons autre chose à faire », insiste Jean Deguerry, président du Département de l’Ain et porte‑parole de Départements de France. À travers l’exemple aindinois, l’élu alerte sur les difficultés croissantes rencontrées par cet échelon, confronté à un cadre budgétaire de plus en plus contraint et à un manque d’autonomie financière. « On ne peut plus lever l’impôt », rappelle-t-il, évoquant une dépendance accrue aux dotations de l’État et aux droits de mutation, en net recul depuis la période post‑Covid. Dans ce contexte, construire un budget devient « un exercice d’équilibriste », alors même que les dépenses, notamment sociales, progressent.
Le président plaide pour davantage de liberté d’action et un retour de la clause de compétence générale, notamment pour soutenir l’économie locale. Il rappelle qu’au moment de la crise sanitaire, 32 millions d’euros avaient été mobilisés. Il demande aussi le respect de l’article 40 de la Constitution. « Sinon, nous ne pourrons plus suivre. »
Sur le terrain, les enjeux restent considérables. « Autonomie, handicap et enfance » structurent l’action départementale, rappelle Martine Tabouret. Le plan enfance répond à une pression accrue : +4 % d’enfants placés en cinq ans et une baisse du nombre de familles d’accueil. Parallèlement, de nouveaux phénomènes émergent, tandis que le vieillissement de la population impose d’anticiper les besoins.
Sur un autre front, Damien Abad, vice‑président en charge de la démographie médicale et de la santé, a également souligné les fortes tensions sur l’accès aux soins, sur un territoire confronté à un déficit de professionnels. Face à ces défis, le Département revendique une ligne claire : contenir les dépenses de fonctionnement pour préserver l’investissement. « C’est notre ADN politique », souligne Pierre Lurin. Malgré la baisse des recettes, l’Ain affirme maintenir un haut niveau d’investissement. Mais l’alerte est posée. « Nous sommes au bout d’un système », résume Jean Deguerry. Une analyse partagée par David Lafont, président de l’association des Maires de l’Ain (AMF 01), qui évoque « des contraintes communes » et rappelle le rôle central du bloc communal, « premier maillon » au plus près des habitants.
Carole Muet











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