Les entreprises de la Plastics Vallée modèles de R&D

Les entreprises de la Plastics Vallée modèles de R&D

Oyonnax a accueilli une étape du Tour de France de l’innovation organisé par l’institut InnoVEN-TE, faisant témoigner Industriels et entreprises de services.

L’Insa, partie prenante du Tour de France de l’innovation en tant qu’établissement d’enseignement supérieur et de recherche, a choisi la Plastics Vallée pour la tenue des échanges, compte tenu du tissu industriel local. Oyonnax accueillait donc le 1er octobre, un débat organisé pour l’institut InnovENT-E. Cette fondation, désireuse de promouvoir le développement des compétences en innovation et à l’international des PME-PMI, a en effet voulu interroger ces dernières à travers une série d’ateliers dans une quarantaine de villes étapes, sur la problématique de la R & D et de l’export dans le contexte spécifique des territoires d’industrie. Des échanges dont la synthèse doit permettre d’établir un livre blanc.

Les témoins oyonnaxiens invités à débattre – Georges Pernoud, dirigeant du Groupe Pernoud, fabricant de moules pour la plasturgie, les composites et la fonderie sous pression (100 personnes, 9 millions d’euros de chiffre d’affaires), Christophe Jacquemet, président du groupe Jacquemet, producteur de pièces en fils métalliques et en ressorts (100 personnes, 15 millions d’euros de CA), et Gaëlle Perrony, directrice de l’agence Manpower de la Plastics Vallée – ont illustré différents volets de l’innovation. Ainsi, sur le volet produit, le groupe Pernoud travaille depuis trois ans sur son e-Tooling. « Il s’agit d’apporter de l’intelligence à nos outillages, de leur permettre de communiquer avec l’exploitant comme avec nous, pour faire de la maintenance prédictive. Cela répond aux exigences de productivité de nos clients, de mise à disposition des outils dans un délai plus court et surtout, avec des temps d’arrêt réduits », explique Gilles Pernoud. Il s’agit là d’un modèle d’innovation qui ne peut s’appliquer au groupe Jacquemet, sous-traitant. Ce dernier peut en revanche travailler sur ses process. « Si nous ne le faisons pas, nous sommes soumis du fait de la concurrence, à une pression sur les prix et menacés de disparaître. Nous devons proposer une qualité irréprochable et raccourcir nos délais pour rester compétitifs. Pour répondre à ces enjeux, nous sommes intervenus sur deux axes : la robotisation et la numérisation. »

Numérisation

Pour des raisons très similaires, le groupe Pernoud a fait de même. « Pour faire face à la concurrence asiatique, il nous fallait trouver 25 % de productivité. Nous avons donc robotisé nos moyens industriels et poursuivi cette politique, en numérisant entièrement l’entreprise pour parvenir au zéro papier. » Et la société est allée encore plus loin, en travaillant cette fois, sur son organisation. « Nous faisons partie depuis 18 ans du groupement AGP, qui rassemble trois entreprises moulistes : Georges Pernoud, JP Grosfilley et Collomb Mécanique. Ensemble, nous représentons 250 personnes pour un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros, soit la taille d’une ETI. L’idée est de nous renforcer mutuellement et de chasser en meute. Nous avons mis en commun toutes les fonctions supports : administration, informatique, achats, bureau d’études, solutions de transport… Nous avons même une unité de production commune, AGP Fil, dont 50 % de l’activité est liée aux entreprises membres. Et nous partageons non seulement des services, mais un certain nombre de salariés, un ajusteur, un polisseur… » Pour Gilles Pernoud, ce type de groupements est une solution d’avenir pour l’industrie française, composée de nombreuses PME.

Services

Chez Manpower aussi, on innove. L’entreprise a depuis une bonne décennie, élargi son champ d’action du travail temporaire vers le conseil et le recrutement. Au-delà de ses quatre agences sur la Plastics Vallée et une partie du Jura, Saint-Claude et Moirans-en-Montagne, elle comptera bientôt cinq solutions d’assistance sur site. « Il s’agit d’agences hébergées chez de gros clients industriels, pour les accompagner dans la gestion de leur flexibilité et leurs recrutements et faire évoluer nos salariés intérimaires sur les mêmes sujets que pour les permanents », décrit la directrice.

Une porte d’entrée vers l’export

Pour Gilles Pernoud, c’est une évidence. C’est grâce à l’innovation que son entreprise a pu se lancer à l’export. « Elle nous a permis d’être reconnus, d’apporter quelque chose de différent, explique-t-il. Nous sommes présents à Détroit, aux États-Unis, centre de développement des constructeurs automobiles. Et c’est par l’innovation que nous y sommes parvenus. Si vous allez à l’étranger pour vendre à vos prospects ce qu’ils ont déjà chez eux, vous avez peu de chance d’y arriver, en particulier dans des pays comme celui-là, très protectionnistes. Si vous voulez les convaincre d’acheter européen, il faut leur apporter quelque chose de différent. Nous faisons aujourd’hui presque 30 % de notre CA à l’international. C’est une source de développement. Pour nous armer à l’export, nous avons formé l’ensemble de notre personnel à la langue anglaise. »

Georges Pernoud E-Tooling + EBOX+logo MOD
Le e-Tooling, dernière innovation produit développée par le groupe Pernoud.

Innover ?

Pour le Pr Hugues Benoit-Cattin, directeur adjoint de l’Insa de Lyon, le terme «innovation» recouvre la notion d’idée nouvelle, mais ce n’est pas sa seule caractéristique. Cette idée doit être implantée dans la vraie vie, être non seulement réalisée, mais adoptée et exploitée. De surcroît, une innovation a une durée de vie et une localisation.

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Le Tour de France de l’innovation de l’institut InnoVEN-TE fait étape dans une quarantaine de villes de France. Démarré le 5 juin à Pithiviers, en région Centre-Val de Loire, il doit s’achever en cette mi-octobre, en région Hauts-de-France.

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Une trentaine d’établissements d’enseignement supérieur sont mobilisés pour accompagner cette initiative, dont l’Insa de Lyon.


La formation, nerf de la guerre

Les entreprises sont unanimes : impossible d’innover sans les établissements d’enseignement et de recherche.

Oyonnax Table ronde InnoVENT-E
De gauche à droite, Christophe Jacquemet, Gaëlle Perrony et Gilles Pernoud.

« Avant d’avoir des contacts avec Grenoble INP et l’Insa, on ne savait comment avoir accès à des ingénieurs, se souvient Christophe Jacquemet, dirigeant du groupe Jacquemet. C’est grâce à l’UIMM que nous avons pu les rencontrer. Étonnamment, beaucoup de jeunes veulent rejoindre les PME. Accueillir des étudiants nous a permis d’intégrer notre premier robot, de même que les méthodes de lean management. Pour des PME, avoir accès à des ingénieurs en alternance ou en projet de fin d’études constitue une richesse énorme. »

L’entreprise Georges Pernoud compte trois personnes dédiées à la R&D, dont l’une a commencé par faire son stage d’ingénieur chez elle. Elle aussi a rencontré les ingénieurs de Grenoble INP, par l’entremise de l’UIMM. Elle a alors conduit un projet d’intégration de robots. « Une très bonne expérience, que nous avons renouvelée pour travailler sur le lean, l’industrie 4.0 et la connexion entre nos différents logiciels, raconte Georges Pernoud. Le dernier jeune ingénieur que nous avons accueilli, Valentin, est entré dans l’entreprise pour développer notre e-Tooling. Il a ensuite souhaité rester pour accompagner l’industrialisation du produit. »

Chez Manpower également, la formation relève d’un enjeu majeur. Très sollicitée sur les métiers en tension, l’entreprise a confié à chaque membre de son personnel, un portefeuille de salariés, intérimaires classiques ou CDI intérimaires. « Nous capitalisons sur eux et leur proposons des parcours de formation en partenariat et en cofinancement avec nos entreprises clientes », explique Gaëlle Perrony.

Mais les écoles ne sauraient constituer les seuls partenaires de l’innovation. Le groupe Jacquemet travaille en plus avec les intégrateurs de robots et des free-lances, le groupe Pernoud avec le Centre des études appliquées (CEA), le Centre technique industriel de la plasturgie et des composites (IPC), le fabricant de presses Billion, ou encore le groupe chimiste Solvay. Quant à Manpower, c’est un partenaire régulier de Pôle emploi, des Acteurs économiques de la Plastics Vallée, d’Allizé Plasturgie, ou encore du Groupement d’employeurs de la plasturgie.


Par Sébastien Jacquart

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